FREDERIC MISTRAL. 1 1 I
laume au court-ne'; (i). Et le poète est double' d'un linguiste : le Trésor^ mené' à son terme, vaudra le Dictionnaire étj'mologique de la lau' gue française, et si Littre' est entré à l'Acade'mie comme linguiste, bien que philosophe, Mistral peut y entrer, la tête haute, comme poète et comme linguiste, car il est, lui, croyant, dont l'œuvre admirable est inattaquable et au point de vue de la foi et au point de vue de la morale.
Mistral n'habite point Paris ? Ceci fait sourire. M. Dufaure n'e'tait pas académicien, parce qu'il habitait Rueil. Monseigneur le duc d'Aumale ne perdait aucune de ses prérogatives quand il commandait à Besançon ou chassait dans ses terres de Chantilly.
Et d'ailleurs, Victor Hugo excepté, qui représente la poésie à l'Académie ? Les poètes français — et parmi eux nul n'a le souffle de Mistral ; il a trouvé et les autres n'ont que redit : ce sont des zéphirs auprès de ce simoun de la Camargue ; des rossignols à côté de cet aigle, — sont-ils à l'Académie ? Théodore de Banville, André Theuriet, François Coppée, Sull}'- Prud'homme, Leconte de Lisle occupent encore le quarante et unième fauteuil. Ceux qui y siègent sont des vieillards qui représentent le mouvement de i83o : il faut à l'Académie une place à l'élément jeune, sinon elle méritera l'insulte que lui adresse Emile Zola en l'appelant « une prétendue tête de notre littérature, dont l'influence est radicalement nulle, et dont le rôle de dangereuse inutilité serait comique, s'il n'était lamentable. »
(i) Ce Guillaume n'a et ne sera peut-être jamais écrit. Nerto l'a remplacé duns l'œuvre du maître.
C'est à la presse du Midi, tout entière et sans exception de parti, qu'il incombe de mener cette campagne, dont nous ne sommes point la sentinelle perdue, et dont nous n'avons aucun droit de nous dire l'initiateur, car elle est dans le cœur de tous.
Il nous faut Frédéric Mistral a l'Académie Française.
Août 1884.