LA FAUSTIN
EN lisant sur une affiche, il y a quelques six mois, le titre du dernier roman du survivant des frères de Concourt, on rêvait quelque chose comme un Charles Demailly fe'minin, une de cese'tudesphysio-psychologiques dans lesquelles triomphaient les auteurs de Manette Salomon et de Madame Cervaisais. Le rêve e'tait très loin de la réalite', — très loin au-dessous, il faut bien le dire.
Notre littérature romanesque, si puissante et si riche depuis un siècle, cprouverait-elle un peu de lassitude, après sa fe'condite re'cente ? Si cela e'tait, il le faudrait constater, sans inquie'tude ni pour le pre'sent, qu'assurent des réputations faites et appuye'es de talents dignes d'elles, ni pour l'avenir, qui pre'pare, glorieux et grand autant que le passe, une pléiade vaillante de jeunes plumes : Ceorges Ohnet (i), Camille
;r(i) J'écrivais ceci après lecture de Serge Panine, — c'est-à-dire avant Agésilas et Aiiila.
Fistié, Gu}^ de Maupassant et Camille Lemonnier. D'ailleurs, je ne crois point à la ve'rite' de cette affirmation, maigre' les de'clarations re'ite'rces de Zola, malgré les observations que d'aucuns ont faites sur le dernier roman de Daudet :
NUMA ROUMESTAN
Il y a plutôt e'nervement que faiblesse re'elle dans le roman français : l'étude de la vie, la recherche des moyens de rendre la pensée si multiple et si ondo3^ante ont développé chez nos écrivains, dans leur tempérament ph3^sique, et dès lors dans leur tempérament littéraire, artistique, je ne sais quelle acuité de vision, quelle impressionnabilité, quelle vibratilité qui dégénère en névrose : névrose de corps et névrose de l'intelligence, du style et des idées qu'il revêt. Telle est, cro3^ons-nous, la crise générale dont nous trouvons l'influence visible chez Edmond de Concourt et dans La Faustin, sa dernière oeuvre.
Il ne faut pas le dissimuler, la mort a décapité ce talent dicéphale des frères de Concourt, et rompant la collaboration de Jules et d'Edmond, a rompu la pondération mutuelle de leurs deux pensées. C'est ainsi que de Cerminie Lacerteux nous sommes descendus à La Fille Elisa, et de Sœur Philomène à La Faustin.
Il n'y a jamais eu chez les de Concourt les éléments d'un succès populaire.
Aristocrates de naissance et de goûts ; trop artistes pour voir dans les documents qu'ils collectionnaient autre chose que des documents; pénétrés de l'idée que les basses classes, sujet