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LITTÉRATURE ANGLAISE

DEPUIS la publication de l'importante //z'^^o/rc^ de la Littérature anglaise de M. Taine, bien des ouvrages traitant des questions de de'tail avaient e'te' e'diteschez nous et à l'e'tranger. A côte' des belles études de M. Me'zières, de l'Acade'mie française, sur Shakespeare et ses émules, se sont successivement range'es la brillante traduction du poète de Strafford-sur-Avon de M. Monte'gut, Les Origines du théâtre en Angleterre^ de M. Jusserand ; L'histoire de la Comédie anglaise au xvn° siècle^ de M. de Grisy ; Le Public et les Hommes de lettres en Angleterre au wni° siècle, de M. Beljame. N'y avait-il pas lieu de refaire, d'après ces histoires fragmentaires, d'après aussi les publications allemandes et anglaises, l'histoire ge'nérale de la littérature anglaise ? M. Augustin Filon l'a pensé et nous avons tout lieu de nous en féliciter.

(i) Histoire de la littùratute anglaise depuis ses origines jusqu'à nos Jours, par Augustin P'ii.on.

l66 LES ÉTAPES d'un NATURALISTE.

D'aspect et de forme se'vère, son livre est fait pour devenir classique ; on y sent ce je ne sais quoi de froid quire'vèle le normalien et l'universitaire en littérature, mais ce défaut est bien racheté par ce qu'il y a de consciencieux, de méthodique et de profond sans pédanterie dans l'étude de M. Filon. Réflexions fines, vues ingénieuses, qui sont bien à lui et de lui, sont à noter dans chaque chapitre.

Point de préface. M. Filon nous lance de prime abord en pleine barbarie cimmérienne, en pleine théorie philologique sur la différence du gaélique et du C3^mrique. Quoi qu'il en soit de cesdifficilesquestionsde linguistique, les annales des lettres en Angleterre ne sauraient remonter plus haut qu'auxbardes du vi^ siècle ; et là encore on se heurte à cette difficulté que les manuscrits bardiques ne sont pas antérieurs au xi'' siècle et ont pu, dès lors, subir des altérations sans nombre, alors que les chants dont ils se composent se conservaient par tradition orale. C'est néanmoins sur ces textes, dont les plus célèbres sont attribués à Taliesin et Llywarch-Hen, qu'il faut juger ce qu'était le génie du peuple celte, élément si important de l'esprit britannique que, sans les Celtes, disent plusieurs critiques d'outre-Manche, l'Angleterre n'eût eu ni Shakespeare, ni Swift, ni Burke, ni Shéridan, ni Burns, ni Byron, ni Moore, ni O'Connell.

A cette race poétique qui, si elle n'avait pas produit des poètes, avait produit la poésie ellemême, vint se surajouter un jour l'élément saxon. Le Saxon, seul des peuples anciens, osa regarder

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