LITTÉRATURE ANGLAISE. I
la mort en face, sonder l'obscur au-delà et y placer une re'compense ou un châtiment, lede'but d'une existence nouvelle. Parlant une langue si riche que l'anglais et l'allemand re'unis fournissent à peine les mots-racines, imagination colorc'e, les poètes anonymes de l'époque ante'rieure au christianisme chantent les voyages lointains et fabuleux, l'âpre mêle'e où les coups s'e'chan-. gent et enfin la première des e'pope'es chevaleresques, dont le he'ros Be'owulf n'est surpasse' en ge'ne'rosite' et en hardiesse ni par Lancelot ni par Roland.
Converti presque sans peine, d'Ang-lc devenu ange^ selon le mot d'un pape, le Saxon est un théologien et un érudit merveilleux. Bède le Ve'ne'rable, Alcuin, Aldhelm sont, avant tout, des Latins, et seul, le dernier, par ses chants profanes et populaires, pieuse supercherie qui avait pour but d'amener la foule à venir entendre la parole divine, rappelle l'œuvre de Cœdman qui, comme un animal pur, e'crivait Bède, ruminait les versets de la Vulgatc et les mettait en vers très doux.
Sous le roi Alfred, cette litte'rature latinosaxonne brilla de son plus vif e'clat pour subir bientôt une de'cadence, puis un silence de plusieurs siècles.
Invasion normande, francisation du royaume, culture du clergé normand si supe'rieur à l'ancien clergé national, rien ne put cependant tuer la langue et l'esprit saxons. Ni Roger Bacon qui, le premier, avant le chancelier Bacon, étonnant précurseur de M. Emile Zola, trouva la méthode expérimentale, ni les chroniqueurs Guillaume de Malmesbury, Henry de Huntingdon, Orderic Vital, ni Geoffroy de Monmouth, le fabuleux
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romancier, ni Robert Wace, son traducteur dans la langue de The'rould, ni Mandeviîle le voyageur, n'empêchèrent les bardes gallois de conserver leur popularité. Remanie' par eux, le mythe d'Arthur christianise' envahit lentement le terrain littéraire avec le goût du merveilleux et de la fantaisie.
C'est à ce moment (début du xv^ siècle), que la langue des vaincus se trouve soudain la langue des vainqueurs : l'anglo-saxon est devenu l'anglais : Wiclef le réformateur et Chaucer, imitateur des auteurs du Roman de la Rose et conteur original dans ses Taies of Canlerhiiry^ l'exploitent en maîtres : un ami du dernier, le poète Gower, l'ennuyeux Gower, comme le qualifie M. Filon, compose en anglais la Confessio amantis^ fade imitation d'Ovide. « Le siècle qui suit la mort de Chaucer est une époque de stérilité et de tristesse. Un critique éminent trouve, dans les poètes chétifs qui succèdent à l'auteur des Contes de Canterbiiry^ les signes de la décadence : exubérance parasite, faiblesse d'mvention, faux goût, stylé outré. C'est une littérature, une école tout au moins, qui expire. Il faut passer la Tweed pour trouver une certaine activité littéraire. »
C'esten effet le temps de Jaques P^ qui, poète lui-même et aimant les lettres, protégea VVilliam Dombar, le mendiant, Harry, le ménestrel, Robert Henryson, auteur d'une douce pastorale. Skelton, le dernier des satiriques du moyen-âge, lié avec Erasme et ennemi acharné du cardinal Wolsey, lance, sans être inquiété, ses flèches les plus hardies contre le pouvoir. L'imprimerie qui se généralise en Angleterre, les prédications de réforme et les polémiques religieuses du schisme