LITTÉRATURE ANGLAISE
vont lancer la littérature dans un courant nouveau. C'est ce qu'on a appelé l'âge d'Elisabeth.
La fille d'Henry VIII et d'Anna de Boleyn, si elle n'était ni belle ni plaisante, était du moins spirituelle et savante. Une lecture grecque ou latine ne reffra3^ait pas, et son goût pour la flatterie aidant, elle trouva son poète en Edmond Spencer à qui Sackeville, Sydney, Bacon font un cortège digne de sa Reine des fées. Lyly convertissait en même temps la cour et les courtisans à VEuphuïsme^ ce gongorisme anglais, si vigoureusement attaqué chez nous par Henri Estienne. Spencer, Raleigh, Bacon, Hooker et Burtonétaientles contemporains de Shakespeare, de Marlowe, de Ben Jonson, qui ont inspiré à M. Filon quelques-unes de ses meilleures pages. « Il y a, dit-il à propos des fades imitations de Ducis et de Vigny, quelque chose de plus ridicule qu'un Allemand qui commente Shakespeare : c'est un Français qui l'imite. Notre scène tragique a donné plusieurs fois à l'Europe le spectacle de Shakespeare muselé et conduit en laisse par un académicien, » J'ai cité ces quelques lignes parce qu'elles suffisent à marquer l'esprit du jugement porté par M. Filon sur le grand dramaturge.
C'est à propos de Milton surtout que M. Filon est intéressant à lire : en quelques lignes brèves, il fait justice des légendes que l'on a entassées autour de l'auteur du Paraais perdu. Peut-être eût-il pu cependant insister davantage sur l'enfance du poète et sur ses essais de poésie latine à l'université d'Oxford ; peut-être n'cût-il pas
lyo LES ETAPES D UN NATURALISTE.
été inutile de nous rappeler que sa famille paternelle passait pour catholique fervente (bigoted papist\ ce qui serait une explication de son mariage avec Mary Powell, d'une famille de Cavaliers.
Après Milton, il faut aller jusqu'à She'ridan pour trouver un e'crivain anglais vraiment grand. M. Filon le pense comme nous, mais quand il abrège les remarquables pages de M. de Grisy sur la Comédie an xvn^ siècle ou qu'il e'tudie Dryden, bien que ses goûts ne le portent point à la sympathie pour cette littérature libertine et fade, il semble n'oser point la qualifier et la fle'trir de quelques-uns de ces traits simples et rapides qui donnent à son livre une valeur si grande. Addison, Swift, Pope, les grands historiens du xvni* siècle, Goldsmith, Foe', Fielding, Richardson, Johnson sont le sujet de chapitres bien pense's et de'licatement e'crits, mais j'ai hâte d'arriver aux Lakistes et à Byron : c'est-à dire de sortir du passe' et d'entrer dans l'arène litte'raire d'hier. Dans aucune langue, je n'aime ce que les Espagnols appellent les afrance-ados : le goût français, si pur et si raffiné, n'est savoureux que chez des Français, mais alors que chez les étrangers, il devient une manière, une conquête artificielle de l'étude, il est aussitôt la cause d'un ennui à peine égalé par celui qui s'exhale de la littérature du premier Empire.
Lorsqu'il traite de ces maîtres qui ont précédé les poètes de notre temps, Walter Scott, Southey, Byron, Moore, Burns, Cowper, Grabbe, M. Filon est si judicieux, si prudent qu'on regrette doublement qu'il ait hésité à s'aventurer sur le terrain brûlant de la littérature contemi^oraine, car, après Wordsworth en poésie,