MANET ET SON ZOILE
L'École des Beaux-Arts est, en ce moment, le the'âtre d'un scandale, à coup sûr inoubliable dans nos annales artistiques.
Un galopin, tranchons le mot, un ganiisaire^ mort, il est vrai, depuis tout près d'un an, en a franchi le seuil de par l'autorité' d'un ministre ami, et ses toiles, ses cent cinquante toiles, s'e'talent, proh pudor ! le long des murailles, couvrant de leur ombre les immortels chefsd'œuvre des Prix de Rome illustres dont nul ne saura jamais le nom.
La foule qui, si elle est injuste pour les vivants, sait ge'ne'reusement compenser ses injustices passe'es, par son admiration pour les maîtres morts, la foule se presse devant ces oeuvres qu'elle bafoua, les applaudit maintenant que son e'ducation est faite, et PhiUppe à jeun déchire le verdict de Philippe saoul.
L'e'difice en tremble encore sur ses solides assises.
L'Ecole appelle la Seine débordante pour balayer ces ordures^ ces morceaux de vrai et de re'el qui donnent des nausées. L'Institut bondit:
(i) Celui-ci n'a pas même pu recevoir l'hospitalité de Hyèresjournal.
des cheveux repoussent sur les crânes de'nude's, afin de se he'risser d'horreur. L'abomination de la de'solation règne sous les sacre's portiques.
Pauvre Ecole, pauvre sanctuaire profané, souillé, sacrilègement livré à l'impie ! O muse des David et des Gérard, toi qui inspiras ces beaux Sabins faisant de l'équilibre au milieu de la mêlée, le bouclier d'un bras et la jambe gauche soulevée en arrière à hauteur des reins, muse des Amours mièvres et des Psychés fadasses, voile-toi le visage et pleure sur les destins du grand art !
Non certes, il ne s'agit pas ici d'honorer un de CQS aî^tistes qui ont fait de lem^ mieux pour prendre rang parîni les Maîtres et qui n'y ont point réussi. Oh ! alors, vous applaudiriez tous aux plates et serviles créations de l'élève incapable, suivant naïvement les errements de ses anciens, sans originaUté, sans recherche du vrai, sacrifiant aux conventions, ne voyant pas la nature avec ses yeux, mais avec son imagination, comme l'ont vue les autres.
Que non pas ! Il s'agit, cette fois, d'un Maître, d'un vrai maître qui, tâtonnant, cherchant, bronchant souvent, allant de l'avant toujours, en dehors des traditions de l'école, mais non pas des traditions du génie, en s'efforçant de voir par lui-même, trouva un sillon à creuser, auquel nul n'avait songé, s'assit en face de la nature, en plein air, et peignit hardiment, d'impression, non sans retouches, — regrettables quelquefois, il se peut, — les objets ou les êtres, tels qu'ils étaient colorés, dessinés pour sa rétine.
Voilà le grief qui motive ce que le vulgaire appellera des cris de paon, le spectateur sceptique les chants des oies du Capitole. Voilà ce
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qui indigne les Maîtres officiels de nos ateliers, protestant contre l'intrusion injurieuse, au quai Malaquais, des œuvres de ce ^arnisaire qu'on renvoie, avec l'ordinaire courtoisie acade'mique, à Bullier et aux Folies-Bergères.
C'est à faire crever de rire, n'est-ce pas ? Car, ici, il ne s'agit plus de sectes artistiques ; on nous montre l'œuvre d'un mort, en nous disant consciencieusement, franchement :
« Voyez et jugez. Cet homme me'ritait-il vos railleries ? Son œuvre justifie-t-elle le pilori auquel l'ont voué, de son vivant, petits et grands journaux ? »
Alors le Chœur ge'mit :
« Si l'on regarde, tout est perdu. Si l'on appre'cie, la cause naturaliste est gagne'e. Pas d'examen î Clamons, clamons encore ; nions, il restera toujours quelque chose de notre ne'gation. La jeunesse artistique serait prise au premier coup d'œil, empoigne'e par ce faire magistral, par la hardiesse, la puissance de ce Zola du pinceau, comme notre jeunesse litte'raire est tout entière dans le respect, le respect qui discute et blâme parfois, devant l'œuvre du Maître prosateur. Empêchons la jeunesse de voir l'œuvre de Manet. Frappons nos amis politiques, bousculons nos gouvernants qui n'en peuvent mais. La haine de l'Art excuse tout. Faisons interdire à nos e'ièves l'entre'e à l'Ecole des Beaux-Arts tant qu'elle ne sera pas de'blaye'e des produits de ce pauvre Manet ! »
Pauvre Manet, n'est-ce pas ? Pauvre Manet qui, tout mort qu'il est, vous fait encore trembler, excite vos fureurs, de'chaîne vos rages ! Pauvre Manet qui, mourant, laisse sur cent peintres soixante qui, sans bruit, sans éclat,
sans le dire, souvent en criant bien fort contre l'initiateur, profitent de ses trouvailles, empruntent ses procéde's, glanent parmi ses de'couvertes. Pauvre Manet qui ne fut rien, pas même académicien ! Pauvre Manet qui n'a tenu en main que la bannière du vrai et du re'el, sans défaillir jamais que devant la mort, — cette Impitoyable, que ni talent ni génie n'arrêtent dans sa marche ! Pauvre Manet, qui savait voir et voulait voir ! Ou plutôt, non ! Pauvres petits grands hommes qui en êtes réduits à crier, pour qu'en ne vous écoutant pas, le public, du moins, vous entende; pauvres petits grands hommes, qui refusez de prendre le chemin de Damas si fleuri pour les critiques; surtout pauvres petits grands hommes dans cinquante ans d'ici !
Janvier 1884,
JE ne dirai pas que le livre de M. Charles Buet est un chef-d'œuvre. Non pas, ce serait maladroit et quelque peu naïf, vu les re'serves trop nombreuses, hëlas ! que j'aurais à faire, tôt après l'avoir ainsi vante'. Ce que je puis dire, en toute since'rite', c'est que ce livre est l'un des plus inte'ressants de ce temps-ci.
Le talent de l'auteur n'a certes pas besoin d'être indique' aux lecteurs de Feu Follet : ils savent quel art moderniste M. Charles Buet emploie à vêtir de brillantes draperies le vieux squelette du roman historique qui, grâce à lui et à quelques autres esprits très littéraires de notre temps, fait encore illusion et paraît vivant à un public d'e'lite. Ils savent quel styliste, quel polémiste habile est l'auteur du Prêtre. Or, ni l'habileté de ce polémiste, ni l'art admirable de cette plume qui fait vivre les morts, ne peuvent prêter une seconde de vraisemblance à la mauvaise, à la détestable cause soutenue dans son Coligny.
(i) Étude insérée dans le Feu Follet, à propos de l'étude historique de M. Charles Buet.
2o6 LES ÉTAPES d'uN NATURALISTE.
J'ai exposé une fois, à propos même d'un livre de M. BuET, ce que je pensais du roman, tel que le martyrisent les e'diteurs dits catholiques, qui prennent l'e'tude de mœurs pour un candidat chantre à la chapelle Sixtine et la traitent comme on pense. Or, le Coligtif de M. Charles Buet, dans le genre historique, est pre'cise'ment ce que sont, dans le genre roman, ceux auxquels je viens de faire allusion. La faute n'en est pas à M. Buet qui a prouve' sa foice en s'acquittant d'autres besognes : elle incombe tout entière aux ide'es dont il s'est fâcheusement inspire'.
Le sympathique e'crivain a traverse', depuis trop d'années, ces milieux malsains et délétères pour l'esprit, où l'on professe le négation de l'Art avec toute l'ardeur du prosélytisme le plus farouche, pour n'être point peu ou prou contaminé, malgré sa résistance raisonnée, par leur trop fréquent contact.
Il court par les maisons catholiques de librairie de singulières idées sur la manière d'écrire l'histoire. L'une de ces idées est de faire d'elle, avec des mots, à défaut de documents et de preuves, un terrain de défense à outrance de tout ce qui touche ou paraît toucher à l'Eglise. Premier dissentiment, car je tiens qu'il nous convient de laisser ces procédés verbeux aux Léo Taxil et autres folliculaires de la basse presse, et que lorsqu'on a, comme nous, l'honneur de défendre une cause que l'on croit juste, il ne la faut défendre cju'avec des armes invincibles. Cette manie batailleuse de toute la librairie catholique est cause que les livres qu'elle publie n'ont jamais convaincu ni un adversaire, ni un indifférent, n'ont jamais été lus ni par l'un ni par l'autre, et s'adressent uniquement à un public de gens
convertis d'avance et qui ont, ancre' tout au fond de l'âme, le culte et l'adoration des ide'es toutes faites en histoire et en critique. Ce sont peutêtre des œuvres de vente : je ne verrai jamais là des oeuvres de combat, ou plutôt, oui, ce sont des œuvres de combat, mais de combat stérile, sans victoire possible.
Une seconde ide'e, plus lumineuse encore, de la librairie catholique, c'est la fièvre peu chrétienne de renverser toutes les gloires françaises ou étrangères q^ui ne sont pas absolument, intactement, si j'osais dire, catholiques.
Dans son Coligny^ M. Charles Buet s'est fait, je le crains fort, l'écho de cette Ecole. Pour juger Coligny, il part de ce principe que ne pas accepter le Credo catholique est un crime.^ crime moral, intellectuel, pour lequel il ne réclame, je le reconnais volontiers, nulle pendaison, nul bûcher, mais enfin, crime — alors qu'on doit y voir plutôt un malheur, une cause de pitié. Fort heureusement, son livre n'est pas employé à prouver cet axiome qui est le premier article du Symbole de l'Ecole qu'il traverse ou a traversée. Notre confrère a beaucoup trop détalent et d'esprit pour se plaire à enfoncer les portes ouvertes, et peut-être d'ailleurs, dans l'intérêt même de la cause qu'il sert, eût-il valu mieux laisser celle-ci fermée et se borner à faire de l'histoire sans épithète.
La thèse du nouvel historien de Coligny est donc indépendante de l'axiome que je viens de citer : il s'agit pour lui de montrer dans le chef des protestants qu'il tient pour hypocrite d'auste'rité^ — l'austérité est connue, en effet, et à louer, par ce temps de mignons et de cours galantes ; l'hypocrisie est à prouver, ce que n'a point tenté
de faire M. Buet, — de montrer, dis-je, dans Coligny un traître à la patrie et au roi.
Tout l'effort de l'écrivain porte donc sur la de'monstration de ce fait que Coligny recevait des subsidesdel'Angleterre, comme les Ligueurs, si chers à M. de Chalembert, l'inspirateur de beaucoup des ide'es historiques de M. Buet, comme Condé et Turenne après eux en ont reçu de l'Espagne, comme les Vende'ens en ont accepté plus tard encore de la, même Angleterre.
Eh bien ! le fait est exact. Voici donc Coligny, cet ambitieux Coligny, convaincu d'avoir trahi la France et la Royauté : la France, en acceptant l'or anglais pour soutenir la cause protestante ; la Royauté, en menant contre les armées royales les bandes huguenotes.
Je pourrais, rappelant un mot fameux, objecter qu'en temps de guerre civile le difficile pour l'homme de cœur n'est pas de faire son devoir mais de connaître ce que le devoir commande. A quoi bon ? le fait allégué par M. Buet est vrai et cela suffit. Seulement Coligny ne me paraît pas placé en si mauvaise compagnie. Et je me permets de le dire en passant, de tous ces traîtres à la patrie — ce grand mot n'est pas de moi et je le tiens pour quelque peu exagéré, les seuls vraiment excusables sont encore les Ligueurs et Coligny qui, de bonne foi et dans des camps opposés, se battaient pour la plus sacrée de toutes les libertés, la liberté de leur conscience. Sans le pacte, en effet, qui résulta de la conversion de Henri IV à la religion nationale des Français et de la promulgation de l'Edit de Nantes, il y eut eu oppression soit par les catholiques, soit par les protestants, car la tolérance est une chose ignorée du seizième et du dix-sep-
l'amiral de coltgny. 209
tième siècle, et il a fallu, paraît-il, le scepticisme de notre temps pour l'engendrer.
Cette tole'rance, I'Ecole que repre'sente momentane'ment M. Buet, I'Ecole ne l'a certes point. « Elle n'admet point V impartialité de Vhistoj^ien^ — d'abord parce quelle est inutile^
— ensuite parce quelle est dangereuse, — surtout parce quelle est impossible. » Aussi fuit-elle avec soin la lecture des œuvres d'origine protestante relatives à Coligny. C'est ainsi -que M. Buet n'a consulté, ni le livre considérable du COMTE de La Borde, ni l'étude de M. Bersier sur la Jeunesse de Coligny^ si attrayante nialgré le style terne qui est le cachet du Calvinisme, ni V Histoire de la Réformation de Merle d'Aubigné, ni même certaines publications de l'école historique libérale, comme l'édition de la Correspondance de Catherine de Médicis'^ du comte de La Perrière, le Philippe II de M. Forneron, etc.,
— tous ouvrages qui l'eussent parfois indigné, parfois assoupi d'ennui, mais parfois aussi singulièrement éclairé.
A quoi bon, en effet, puisque M. Buet ne se leurrait point du désir d'être impartial, saluait son maître en M. de Chalkmbert, l'apologiste de la Ligue, se refusant à admettre que toutes les charges qu'il accumule contre Coligny et qu'il accumule avec quelques fondements, retomberaient bien facilement sur la descendance du Balafré, encore plus égotiste que Coligny et pas plus patriote à coup sûr !
Il est vrai que, s'il les avait lus et s'il tenait à être impartial, M. Buet n'eût pas écrit le portrait étrangement idéalisé ciuel'on va lire et dans lequel l'original ne se fût jamais, entendez-vous bien? jamais reconnu :
« Libéral^ confiant^ quoique circonspect, plein « de droituj'e et de loyauté ^bienveillant et majes- « tueux, sachant respecter en lui-même le monar- « que du droit divin, î^épîHmant des passions foU' « gueuses^ ambitieux, pleiji de respect pour les « autres^ se'vère, juste, spirituel et sage, profond « penseur, habile politique, — tel nous apparaît « Philippe IL »
Ici je n'aurais plus qu'à me taire, ayant e'puisé ma provision de griefs contre M. Charles Buet, mais, maintenant que j'ai entame' l'e'tude des proce'de's de cette Ecole historique que je combats, en prenant comme type pour la discussion le livre de M. Buet, il me faut achever la de'monstration entreprise, en montrant à l'œuvre cette Ecole sur un point d'histoire assez de'licat.
Poltrot de Me're', arrête' le surlendemain de son crime, s'adonna au passe-temps que les gredins de notre temps appellent projnener l'instructioneyi bateau. Il avoua, nomma des complices, se rétracta, les nom.ma de nouveau, bref, mit en jeu tous les subterfuges qu'il est d'usage d'employer pour sauver sa tête lorsqu'on ne la sent plus très solide sur ses e'paules. L'ambassadeur anglais, Smith, faisant part à sa souveraine des bruits qui couraient à la cour, lui e'crivait de Blois : « L'assassin est âgé de dix-neuf ans, natif de Saintonge ; il est venu dans le dessein de tuer le duc, à l'instigation de Soubise, actuellement à Lyon. C'est Soubise qui l'a adressé à l'amiral, avant qu'il passât en Normandie ; l'amiral lui a remis trois cents écus.
On dit encore qu'il a été confirmé dans son dessein par Théodore de Bèze. »
Chantonnay, ambassadeur d'Espagne, surenchérissait sur ces affirmations dans une lettre à Philippe II : « Il vous faut donc entendre qu'il y avait plusieurs jours que ce malheureux suivait M. de Guise pour venir à bout de ladicte entreprise, de laquelle il se repentit ; et fut devers l'amiral deChastillon et de Bèze, et leur dit qu'il ne pouvait faire ce qu'il leur avait promis ; Bèze se mit à le prêcher de telle sorte, en lui disant que s'il tuait ledict sieur, il gagnerait le paradis, car il ôterait de ce monde le persécuteur des réformés. »
« Il (Poltrot) avoua, lit-on dans le Journal du Concile de Trente, rédigé par les ambassadeurs vénitiens qui y notaient les bruits tels qu'ils leur parvenaient, il avoua n'avoir agi qu'à l'instigation des Ghâtillon et de M. de Soubise, que Théodore de Bèze avait persuadés, en disant que leur religion ne pourrait jamais prospérer tant qu'ils n'auraient pas mis à mort le dit duc, le Roi, la Reine, et tous les chefs catholiques. »
Poltrot avait en effet nommé Coligny parmi les instigateurs de son crime.
Et puis voilà tout. Remarquez, je vous prie, que Smith n'était pas très au courant de la procédure suivie puisqu'il donnait 19 ans à Poltrot qui en avait 26, le faisait naître en Saintonge alors qu'il était de l'Angoumois, que Chantonnay ne fait absolument qu'analyser la déposition de l'assassin, que les ambassadeurs vénitiens à Trente ne sont que des témoins de seconde main, que, pour eux, Bèze a persuadé non pas Poltrot, mais Coligny et Soubise, Soubise qui, d'après Smith, était alors à Lyon.
Pas une ligne déplus chez les contemporains en e'tat de juger la question. Avouez que ces trois preuves n'en constituent même pas une de quelque poids. Pas un aveu dans le camp protestant, pas un mot dans les correspondances du temps qui implique d'une manière indiscutable la culpabilité' de Coligny. Rien que les deux lettres de lui que je vais citer : celle où il écrit à la reine d'Angleterre {iour lui annoncer la mort de son rival et la qualifie de chose d'importance ; celle qu'il e'crit à Catherine, avec la hauteur de l'honnête homme, qui n'a pas à se justifier des accusations porte'es contre lui par un assassin : « Je dis qu'il ne se trouvera point que j'aye jamais recherche' cettuy-là, ni d'autre, pour faire un tel acte ; au contraire, j'ai toujours empêche' de tout mon pouvoir que telles entreprises ne se missent à exe'cution. Et cela en ay-je plusieurs fois tenu propos à M. le cardinal de Lorraine et à M"'** de Guise, et à Votre Majesté, laquelle se peut souvenir combien j'ai été contrariant à cela, réservé depuis cinq ou six mois en ça, que je n'ai fort contesté contre ceux qui montroient avoir telle volonté. Et ce a été depuis qu'il est venu des personnes que je nommerai quand il sera temps, qui disoient avoir été pratiquées pour me venir tuer, comme il plaira à votre dite Majesté se souvenir que je lui dis à Paris, en sortant du moulin où se faisait le parlement, ce que j'ai aussi dit à M. le Connétable. Et néanmoins puis-je dire avec vérité que de moi-même je n'ai jamais recherché, sollicité, ni pratiqué personne pour tel effet ; et m'en rapporterois bien à tous ceux qui ont vu mettre telles entreprises en avant devant moi, combien je m'en suis moqué... Et cependant ne pensez pas que ce que j'en dis soit
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par regret que j'ay à la mort de M. de Guise, car j'estime que ce soit le plus grand bien qui pouvoit advenir à ce royaume, et à l'Eglise de Dieu, et particulièrement à moi et à toute ma maison ; et aussi que, s'il plaît à Votre Majesté', ce sera le moyen pour mettre ce royaume en repos. »
C'est du cynisme, s'écrie l'auteur du Coligny: je suis de'solé de ne pas voir la chose avec les mêmes yeux. Le cynisme pour moi est ailleurs : je dirai tout à l'heure où.
Voici donc les documents qui manquent à l'EcoLE que j'ai dite, voici le bon sens qui se re'volte, doute de l'inte'rèt que pouvait avoir pour Coligny la mort de Guise, l'accablant de l'impopularité' de l'assassinat, lui attirant plus que jamais la haine des catholiques et d'une partie des royaux, jetant peut-être Catherine dans les bras de l'Espagne. Croyez-vous que cette Ecole se tait, et, après avoir expose' les faits qui sont contraires plus que favorables à sa thèse, s'abstient de conclure, de conclure surtout par une condamnation, par un verdict absolu ? Que non pas ! Elle fait mieux. Infligeant à tous les rcforme's de tous les temps la même injure, elle repète une phrase honteuse de Rohrbacher, les accusant en bloc et en de'tail de prêcher l'utilité' et la justice de l'assassinat, accusation impudente,qui frelate, incoasciemment peut-être, mais pas moins criminellement pour cela, les vraies doctrines morales du protestantisme, les seules qui soient des doctrines dans cette religion qui n'est qu'une morale.
Cette phrase qu'il ne fallait ni penser, ni écrire, M. BuET en la copiant, — ce qui est d'ailleurs la clouer au pilori, car en lui, et le caractère et
la probité de son œuvre protestent contre une adhésion possible à cette vilenie, — M. Buet eût dû l'accompagner de la flétrissure qu'elle exigeait. Si le paradoxe est quelquefois de bon ton, la calomnie est un délit en histoire, et les meilleures causes sont ternies par de semblables moyens employés pour les défendre.
La librairie dite catholique travaille à tuer le Catholicisme, qui ne peut survivre à de tels pavés d'ours que par la divinité de son origine et les souveraines garanties d'éternité que lui donne la parole du Maître.
N'est-il pas temps seulement, grandement temps peut-être, de chasser, fouet en main, les vendeurs du Temple, et avec les vendeurs les pharisiens, beaux champions de la moralité et grands contempteurs de l'Art ?
Qu'en pense l'auteur du Prêtre ?
Mars 1884.
Cet article a motivé deux réponses de M. Charles Buet : l'une adressée à M. Fiancis Maratuech, directeur du Feu Follet, qui avait inséré mon article, en le faisant sien par une note où il s'associait à mes vues, l'autre à l'auteur de cet article, sous le titre, Les Vendeurs du Temple.
ET