‹ Les étapes d'un volontaire (volume 3)Chapitre 11 sur 24 · CHAPITRE XXXVIll · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIll

Il me serait impossible de faire comprendre au lecteur l'iuipression extraordinaire et bizarre que j'éprouvai en me retrouvant dans la rue ; la vue du soleil, succédant brusquement pour moi à la

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demi-obscurité qui régnait dans la chambre que je venais de quitter, me causa un cblouissement étrange; il me fallut employer toute ma force de volonté pour ne pas céder aux hallucinations qui pesaient sur ma raison et l'obscurcissaient; dans mon trouble, je fus au moment de pousser de grands cris et d'appeler au secours.

Ce fut à un sentiment égoïste, a l'instinct de la conservation, que je dus de recouvrer mon sang-froid.

Un détachement de troupes révolutionnaires, qui déboucha en ce moment au bout de la rue, me rappela, par la peur,

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à l'appréciation de ma position. Je me vis arrêté, condamné a mort comme le complice du comte de L***, et je m'empressai de m'éloigner a grands pas dans la direction de mon holel.

En arrivant a l'auberge du !\iveau- Êgalitaire, je m'enfermai dans ma chambre, car il m'avait semblé que pendant le trajet plusieurs personnes m'avaient regardé avec étonnement; je tenais à consulter ma glace pourvoir si véritablement ma figure se ressentait, au point d'appeler l'attention, des émotions de la matinée.

Un morceau d'une glace brisée et a

moitié dépolie, suspendu au mur de mon taudis, me présenta, lorsque je me plaçai devant, un visage d'une telle pâleur et des traits si décomposés que j'eus peur de moi-même.

Je me jetai sur mon lit et je parvins, ainsi que me l'apprit ma montre lorsque je me relevai, àdormir pendant une demiheure.

Ce sommeil réparateur me remit complètement dans mon état normal, et je crus pouvoir aller, sans danger d'éveiller les soupçons, faire viser ma feuille de roule au district.

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Je ne puis toutefois cKpriiner les angoisses que j'éprouvais intérieurement en songeant au jeune comte et a sa cou- *

sine.

Cette pauvre victime avait-elle succom-bé a la violence du poison ? Gaston s'était-il tué? Qu'était devenu le citoyen Durand?

Quel devait être le dénoiiment définitif de ce terrible drame ? Telles étaient les questions que je m'adressais tout en marchant, et qui plongeaient mon esprit dans une perplexité profonde.

Grâce à la rencontre que j'avais faite d'un honnête et complaisant bourgeois

qui s'offrit a me servir de guide, j'arri^ ri bientôt au district.

Comme dans quelques années d'ici , personne de la génération nouvelle ne saura peut-être plus en France ce que c'était, en l'an II de la République, qu'un district, je consigne avec la plus grande exaclitude, sur mes lablettes de voyage, ce que je vis et j'entendis dans celui de Saint-Flour.

Après avoir monté un escalier de pierre en forme de vis, j'entrai, avec mon complaisant cicérone qui connaissait, m'avait-il dit, et les bureaux et les administrateurs , dans une vaste salle a peine

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éclairée par d'étroiles fenêtres en ogive.

Dans le fond de cette salle, assis devant une petite table entourée par cinq à six. paysans, a qui il semblait donner audience, se tenait un gros homme vêtu d'un habit noir râpé. .

Cet administrateur, malgré le pauvre état de sa toilette, ne manque pas de dignité, dis-je a demi-voix a mon cicérone; il pèche même peut-être par un peu de morûue...

— Ce irros homme n'est nullement un

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administrateur, me répondit-il sur le même ion : c'est tout bonnement l'huissier du district. Jamais plus fin compère que lui n'a existé : il sait tirer un parti admirable de la modeste position qu'il occupe. Tâchons, si cela est possible, de ne pas nous adresser a son obligeance, car il n'oblige qu'argent comptant. Il n'est ni novice ni honteux, et il prend de toutes mains.

— Vous voulez dire qu'il vole de toutes mains, car son pouvoir doit être trop minime pour qu'il puisse rendre des services réels a ceux dont il surprend la crédulité.

— Détrompez-vous. Cet huissier, qui ne

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quitte jamais les bureaux du district, reçoit par conséquent toutes les jeunes citoyennes qui viennent solliciter pour leurs parents détenus; il prends leur adresse, leur promet d'intéresser en leur faveur quelque administrateur influent , puis se fait valoir ensuite auprès de ceuxci en les adressant aux jeunes solliciteuses. Par ce moyen, il est arrivé a posséder un crédit réel. Hélas ! nous vivons dans une triste époque, où les ambitieux, depuis les plus élevés jusqu'aux plus subalternes, tirent parti a qui mieux mieux de leur influence !

— El ces paysans qui, le chapeau bas et l'air contrit, semblent si mal à l'aise devant cet huissier, qui sont-ils?

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