‹ Les étapes d'un volontaire (volume 3)Chapitre 14 sur 24 · I 1 2 LES ÉTAPES · texte numérisé non relu

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mon conducteur, c'est à se croire sous l'ancien régime. Il faut même avouer qu'au temps des tyrans, les employés avaient beaucoup plus de politesse.

— Voyons, que voulez- vous? dit alors l'administrateur d'un ton brusque et important en se retournant du côté des paysans, qui, confus et tremblants, n'osaient lever les yeux sur lui qu'a la dérobée.

— Citoyen, répondit enfin l'orateur de

9 la troupe, nous sommes envoyés par notre

commune, que vous avez fiiit désarmer,

pour vous supplier, soit de nous rend

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nos fusils, soit de faire faire une battue sur nos terres, car le nombre des loups et des chiens enragés devieut effrayant, et nous n'osons plus vaquer à nos travaux des champs.

— Vous avez eu tort de me déranger pour si peu de chose, répondit l'administrateur en haussant les épaules. Les seuls animaux enragés et dont les bons patriotes doivent désirer la destruction, ce sont les fédéralistes et les aristocrates ! Eh bien, lorsque vous saurez que des fédéralistes et des aristocrates se trouvent dans votre commune, venez chercher des renforts a la ville, et nous vous les accorderons.

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— Mais, citoyen, les loups.

— J'ai dit ; plus un mot ! Allons, laissezmoi m'occifper des affaires de la patrie ; partez.

Le ton dont l'administrateur prononça ces dernières paroles indiquait clairement qu'il y aurait eu danger a insister auprès de lui : les paysans se retirèrent sans oser manifester leur désappointement, mais sans pouvoir aussi cacher leur tristesse.

A peine avaient-ils quitté la place qu'un pauvre diable revêtu d'une carmagnole

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crasseuse et en lambeaux, d'un pantalon rapiécé avec des morceaux d'étoffes différentes , et portant attaché avec des ficelles un tablier couvert de poix, se présenta devant le vice-président du district.

— Que veux-tu , Biaise , lui demanda aussitôt ce dernier.

— Je viens vous avertir, mon président, répondit le pauvre diable en tournant et retournant d'un air gauche entre ses'doigts l'espèce de chapeau déchiré qu'il avait retiré de dessus sa tête en entrant dans la salle ; je viens vous avertir que mon fds étant malade, je n'ai pu verser cette

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semaine que cinq paires de souliers a la décade.

— Que veux-tu que j'y fasse ! La loi du 15 ventôse est précise: tu iras en prison.

— Mais pourtant, citoyen, il n'y a de ma part ni mauvaise volonté, ni inconduite. On ne devrait pas tyranniser le pauvre peuple ainsi! c'est aifreux !

— Misérable ! qu'oses-tu dire ? Le peuple! Mais tu es donc un stipendié, un émissaire de l'étranger, un contre-révolutionnaire, pour oser l'exprimer d'une fa-

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çon semblable? Apprends que la République, en faisant tous les hommes libres, a effacé les odieuses distinctions de classes qui, sous le régime de la tyrannie, offensaient l'humanité. Il n'y a plus de peuple, aujourd'hui ; la nation ne reconnaît que des citoyens.

— C'est possible, citoyen administrateur, seulement tu me permettras de te faire observer que sous le tyran je gagnais, en ma qualité de cordonnier, fort honorablement ma vie, tandis qu'aujourd'hui je meurs de faim, et que l'on m'envoie, tout citoyen que je suis, en prison...

— Et je te promets que tu y resteras long-temps, gredin de fédéraliste !

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— Encore si vous m'aviez payé la note des fournitures que j'ai livrées à votre femme, continua le cordonnier sans trop s'émouvoir, j'aurais pu fournir mon imposition complète. Voyons, payez-moi !

— Biaise, dit l'administrateur qui changea complètement de ton, tu es pris de vin, mon garçon, et tu divagues. Je veux bien te faire grâce celte fois de la prison et te donner un délai. Tâche d'être prêt a la décade suivante.

Le cordonnier Biaise venait a peine de sortir, lorsque le vice-président du district se leva de dessus sa chaise et s'adressanl a ses collègues :

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— Cilovens, leur dit-il, voici l'heure de la séance publique et des audiences qui approche, ne faudrait-il pas envoyer chercher le citoyen Durand, notre président ?

— C'est inutile de le déranger, dit un des membres du district en souriant d'une façon significative, il est nouvellement marié.

Les administrateurs se dirigèrent alors vers une grande porte a deux battants, située a l'extrémité de la pièce où nous nous trouvions, et passèrent dans une vaste salle que mon cicérone m'apprit avoir été l'ancien réfectoire d'un couvent

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de religieuses; je les suivis en compagnie de quelques pélilionnaires.

Les membres du district, c'est une justice a leur rendre, ne se gênaient nullement pour traiter en public les affaires courantes de leur administration.

Quoique, je l'ai dcja dit, nous fussions la une dizaine de personnes étrangères, ils n'en commencèrent pas moins à s'occuper de leurs travaux quotidiens.

— Citoyen, s'écria l'un deux en montrant une lettre décachetée qu'il tenait a la main, voici un échantillon qui prouve

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fort peu en faveur du patriotisme des habitants de la commune de Lacédémone, dite jadis de Saint-Jean-le-Haut. Le maire nous écrit pour nous apprendre que la grande cloche de leur église, que nous leur avons ordonné de fondre et de nous expédier en lingots, leur a été volée.

— Secrétaire, s'écria le vice-président, écrivez au maire et aux ofûiciers municipaux de cette commune que si leur cloche ne se retrouve pas d'ici à huit jours, ils seront tous arrêtés et guillotinés. A présenl quels sont ces papiers, mon cher collègue, continua le vice-président en s'adressant à l'administrateur qui venait de dénoncer la lettre du maire de la

commune de Lacédémone : sois assez bon pour nous en faire le dépouillement.

— Réquisition et préhension des chevaux, des mulets et des juments, de la laine, des cochons, de la cire, des draps bleus, verts et rouges, du linge de corps, des couvertures, houppelandes, souliers, métaux et ustensiles de tout genre, charpie, etc. Produit de la dernière décade...

— C'est bon, dit le vice-président en interrompant son collègue, on vérifiera ces comptes en poursuivant les fédéralistes ou les lièdcs (jui n'auront pas fourni leur conlingent; passons à autre chose...

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— Les commissaires chargés d'exercer le droit de préhension sur les fourrages, charrettes, attelages, harnais, etc., demandent, vu les difficultés que présente cette opération, qu'on leur accorde un délai !

— Des délais ! Jamais ! s'écria le viceprésident. Secrétaire, écrivez a ces commissaires qu'a l'avenir tout retard sera considéré comme délit contj*e la liberté publique et puni comme tel, selon la loi du ii frimaire. Quant a ceux qui prétendent que les récoltes ne sont pas arrivées a maturité, avertissez-les * que nous ne pouvons nous payer d'une aussi pitoyable excuse: que les foins et les blés soient révolutionnairement coupés !.. .

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— Voici une lettre du maire d'Apremont, continua le rapporteur, qui demande la destitution de l'agent national, en alléguant que cet agent pressure pour son propre compte les paysans de la commune! Cet agent, qui dans le temps a été un des plus zélés dénonciateurs des aristocrates, a donné de nombreuses preuves de dévoûment a la République. Que fautil répondre au maire?

— Parbleu ! il ne faut pas lui répondre. 11 faut le faire arrêter.

— Bravo ! bien répondu ! s'écrièrent eu chœur les administrateurs du district.

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