CHAPITRE XLl
Une fois que rexcellenle femme de l'ancien régisseur eut repris ses sens, elle me supplia, en pleurant, de lui conter tout ce que je savais sur le compte de Gaston de L***, je m'empressai de lui obéir.
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— Malheureux jeune homme ! s'écriat-elle dès que j'eus achevé mon récit, mourir d'une si terrible façon, après avoir tant souffert, lui qui était si bon, si brave, si généreux, si dévoué !
— Pourquoi plaindre Gaston et Laure, madame, lui dis-je, ne sont-ils pas a présent réunis dans le ciel?
— Oui, ils sont, en effet, plus heureux que nous, reprit madame de V**"", après un moment de silence, que nous, qui vivons au milieu du crime, des larmes et du sanff !
M. V***, probablement afin de couper
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court a celte pénible conversation qui affectait si vivement sa femme, lui demanda alors comment se portait leur fille, qui, me dit-il, gardait le lit depuis deux jours, avec la fièvre.
— Clotilde est toujours bien souffrante, lui répondit-elle; toutefois, le médecin qui est venu un peu après ton départ m'a bien assuré qu'elle ne courait pas le moindre danger.
— Et Louis? poursuivit M. V***, je ne l'aperçois pas? n'est-il donc pas encore rentré.
-^ Non, mon ami; je ne l'ai pas vu depuis qu'il est sorti avec toi.
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— En effet, il m'a accompagnera l'incendie, mais la foule nous a séparés.
L'ex-géranl du comte de L*** achevait a peine de prononcer ces paroles quand son jeune fils Louis rentra.
Louis pouvait avoir de quinze a seize ans. C'était un enfant a l'air candide et fier tout a la fois; on comprenait, rien qu'en l'apercevant, qu'un nol)le cœur batlait déjà dans sa jeune poitrine.
L'effusion respectueuse avec laquelle il embrassa sa more, et la sollicitude qu'il
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mita l'interroger sur sa santé, complétèrent la bonne opinion que je m'étais, dès le premier coup d'œil, formé sur son compte.
La soirée étant déjà avancée, M. V*** ne voulut point consentir a me laisser retourner a l'hôtel ; sa femme s'empressa de me proposer une chambre.
Encore tout agité par l'affreuse catastrophes dont je venais d'être le témoin, il me fut impossible de goûter un moment de repos; en vain mes paupières s'abaissaient-elles allourdies par le sommeil, aussitôt l'image de l'infortunée Laure mourante, ou bien celle de Gaston, m'apparaissait et me rendait a l'insomnie.
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Cette nuit me parut donc bien longue : je réfléchis mûrement, amèrement même, a la conduite que je devais tenir ; je pris le parti de hâter mon vo} ajçe, de retourner au plus toi dans ma famille, puis, une fois rendu près de mon père, et uni a ma ûancée, de vivre solitaire, loin des hommes et des événements, dans le calme et le silence.
Le sang, un peu rafraîchi par la perspective du repos, qui devait succéder bientôt pour moi a toutes les agitations et à toutes les émotions que j'avais subies depuis que j'étais volontaire, je parvins enfin aujour naissant a m'endormir.
Hélas! combien j'étais loin de deviner
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le réveil qui m'attendait! de songer à toutes les angoisses, les douleurs, les souffrances qui devaient, sous peu d'heures, s'abattre sur moi, incessantes et impitoyables, et me faire vider le calice de la persécution jusqu'à la lie.
Lorsque je me levai, un magnifique soleil resplendissait a l'horizon ; tout souriait dans la nature.
Un coup discrètement frappé a la porte de ma chambre m'annonça l'arrivée de mon hôte. M. V*** venait m'avertir que le déjeûner était servi et que l'on attendait plus que moi pour se mettre h. table.