‹ Les étapes d'un volontaire (volume 3)Chapitre 4 sur 24 · CHAPITRE XXXYI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXYI

Devant rémotion éprouvée par la vieille dame, je n'osai insister pour obtenir de plus amples détails; le hasard vint heureusement me récompenser de ma discrétion. Un enfant âgé d'environ dix ans,

2i. LES ÉTAPES

que nous rencontrâmes quelques pas plus loin, Die donna le mot de l'énigme.

— Ah! te voila, bonne grand'maman, s'écria-t-il en se jetant dans les bras de la vieille dame, qu'il embrassa tendrement.

Est-ce que tu as été fouettée avec tes amies? Viens vite a la maison... Maman pleure et papa est bien en colère contre les patriotes

— Ne dis point de pareilles choses, Alfred, répondit [ma compagne en rendant les caresses à son petit-lils; ton père, mon ami, n'est pas en colère du tout contre les patriotes...

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— Je l'assure que si, bonne maman !... Mais toi, as-tu été aussi...

— Non, non, mon Alfred, répondit vivement la vieille dame en ne laissant pas a l'enfant le temps de terminer sa phrase. Monsieur, que tu vois, m'a protégée et il ne m'a été rien fait.

L'enfant me regarda avec de grands yeux, et, me tendant les bras :

— Ton uniforme n'est pas beau, et toi non plus, me dit-il; mais ça ne fait rien, tu as empêché grand'mèr e d'être battue : veux-tu que je l'embrasse ?

Cinq minutes plus tard, je quittai la pauvre femme encore tout émue, au seuil de la porte de' sa maison, où nous arrivâmes sains et saufs. Je dois rendre cette justice à ma compagned'un quart d'heure, qu'elle fit tous ses efforts pour me faire accepter l'hospitalité dans sa famille, et qu'elle ne prit congé de moi qu'après m'avoir accablé de remercîments et juré une reconnaissance éternelle.

Craignant que ma présence dans la ville, avec ma vieille protégée, ne m'eût compromis auprès des patriotes,je résolus de me rendre à l'auberge, fréquentée par la fine Heur des carmagnoles, afin de bien montrer que je ne craignais pas le contact delà société des purs.

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Un habitant que j'interrogeai m'indiqua l'auberge du Tyran corrigé^ où j'arrivai, sur ses indications, deux minutes plus tard.

L'enseigne de cette auberge représentait un roi revêtu d'un manteau de pourpre, le front ceint d'une couronne, et qui, agenouillé devant le bourreau et la tête appuyée sur un billot, attendait la justice du peuple.

— J'étais tellement harassé de fatigue et il y avait si longtemps, depuis que je parcourais ces montagnes, que je n'avais passé une bonne nuit, que je dormis jus-

qu'au lendemain fort avant dans la matinée.

Aucun incident méritant d'être rapporté ne signala plus mon séjour a Chaudes- Aiguës.

Pendant la route que j'eus à parcourir pour arriver à Saint-Flour, route parsemée de hautes bruyères et coupée par une montée extrêmement pénible, je songeai aux moyens a employer pour préparer la délivrance du marquis de L*** et l'enlèvement de la jeune Laure.

Lorsque le comte de L*** m'avait corn-

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muniqaé ses projets , j'étais tout a fait sous l'impression que son récit m'avait causée, et j'avais, naturellement mû par le désir que je ressentais de les voir s'accomplir, trouvé ces projets fort simples. Mais, alors que, livré a moi-même, j'envisageais froidement toutes les dilTicultés que présentait et l'évasion du marquis, et l'enlèvement de sa fille, je voyais surgir à chaque instant des impossibilités, et je me sentais presque déconragé.

J'avais, on peut s'en souvenir, donné rendez-vous au jeune comte a la porte de Saint -Flour; mon embarras fut donc grand lorsqu'en atteignant |celte ville je m'aperçus qu'elle était séparée en deux parties, l'une situé a la base et l'autre au

sommet d'une hauteur, et qu'a proprAent parler elle ne possédait pas de portes.

Je me résolus a attendre mon jeune ami a l'entrée du faubourg -, mais ne voulant pas non plus perdre un temps précieux, et conjecturant que L*** n'arriverait que le lendemain à la tombée de la nuit, je me décidai a aller voir ce Durand, la cause unique des malheurs de mes pauvres amoureux.

Mon prétexte fut bientôt trouvé : j'avais ma feuille de roule a faire signer ; il était naturel que je m'adressasse au président du district.

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La îfe meure occupée par le grand patriote Durand, jadis pauvre charron, et actuellement, c'est-a-dire depuis qu'il s'était dévoué au bonheur du peuple, devenu un riche propriétaire, était une des plus belles maisons de Saint-Flour.

J'avouerai qu'en entrant chez lui, le cœur me battit avec une certaine violence ; mon émotion, au lieu de se calmer, ne fit encore que s'accroître, lorsque j'aperçus, assise dans la première pièce oîi je pénétrai, une jeune femme que je présumai devoir être mademoiselle Laure de L***.

Deux vieilles commères, agenouillées aux pieds du fauteuil dans lequel reposait

la malheureuse cousine du comte de L***, lui faisaient respirer des sels et lui parlaient, tout en frappant dans ses mains, sans en obtenir de réponse.

Je hais l'exagération, ainsi qu'on dû s'en apercevoir souvent les lecteurs de ces mémoires ; cependant il m'est impossible de trouver en ce moment une formule pour rendre l'admiration profonde que je ressentis en contemplant la beauté de cette jeune fille. Je ne crois pas que la nature eût jamais produit rien de plus complet.

— Que désires-tu, citoyen, me demanda une des deux vieilles.

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— Parler au citoyen président du district, répondis-je.

— Il est absent, et il ne rentrera guère avant une heure.

— C'est bien, je reviendrai ; mais dismoi donc, citoyenne, est-ce que cette jeune femme n'est pas malade? Sa pâleur inouïe, et l'immobilité de son corps ont quelque chose qui effraie. Je possède quelques notions de médecine; si tu .as besoin de moi, tu n'as qu'a parler, je suis h tes ordres.

— Je te remercie, me répondit la vieille

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