CHAPITRE XXXVII
Ce ne fut qu'au moment où le jeune
homme tourna la clé dans la serrure pour
ouvrir, que je songeai à m'opposer à sa
sortie de ma chambre; car jusqu'alors Viii s
son sang-froid m'avait dominé au point de m'ôter la réflexion. 5
— Qu'allez-vous faire, malheureux, lui dis-je en me précipitant vers lui et en le saisissant par le bras ! vous perdre sans ressource^et sans fruit pour personne !
— Laissez-moi, mon ami, me réponditil en essayant de se dégager doucement de mon étreinte. Vos exhortations et vos remontrances ne peuvent rien sur ma résolution. Ma destinée est écrite au ciel : il faut qu'elle s'accomplisse.
— Prenez garde, mon ami, m'écrial-
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je en le retenant toujours, voila que vous tombez dans le blasphème. Quoi ! pouvez-vous croire qu'un crime, — et c'est la ce que vous méditez, — soit écrit au ciel ! Que vous soyez la proie du bourreau, que des tigre ivres de carnage versent votre sang au nom de la fraternité et de la liberté, ce sera certes là un grand malheur, sans doute, mais au moins vous tomberez dans Totre honneur et dans votre innocence...
— Mon cher monsieur, me répondit lentement et toujours avec son même sang-froid le comte L***, je vous répète que les considérations humaines n'ont plus prise sur moi... Je poursuis un but que je dois, que je veux atteindre avant
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de mourir. J'écarterai donc violemment et sans pitié tout obstacle qui se dresserait entre ma volonté et ce but.
— C'est une menace, comte ?
— Non, mon ami, ce n'est pas la une menace que je vous fais, c'est un avertissementque je vous donne. Je vous estime, et je vous aime ;mais, si vous vous [obstiniez à vous opposer a mon départ, je me trouverais dans la dure nécessité de vous brûler la cervelle.
Je sentis, a celte réponse que je méritais si peu, le sang me monter au visage, et, me retirant de devant la porte :
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— Vous comprenez, monsieur, lui disje, que dans votre position de proscrit et de mis hors la loi toute rencontre entre vous et moi est impossible. Victorieux ou vaincu vous seriez fatalement victime. En faveur de votre faiblesse, je dois vous pardonner votre injure . vous êtes libre, sorr tez.
— Bon et excellent ami, s'écria le jeune homme d'une voix émue ! Je vous supplie de vouloir bien m'excuser ! Désirez-vous que je vous demande pardon a deux fçenoux de mes menaces et de ma violence : Je le ferai ! Je vous répète que je n'appartiens plus a la terre ! Tout m'est indifférent, hormis la vengeance. Vous auriez donc tort d'attacher a mes paroles un sens
OU une inlenlion qu'elles n'ont pas! Je devais celte explication a votre loyauté et a votre honneur. A présent et pour la dernière fois, adieu I
— Non! je ne vous laisserai pas courir ainsi follement à la mort, m'écriai-je avec un attendrissement plein d'enthousiasme ; puisque mes exhortations et mes remontrances ne peuvent rien sur vous, eh bien, je vous accompagnerai , je par- * lagerai vos dangers.
— Vous auriez tort, me dit tranquillement le jeune homme, dont l'émotion passagère avait déjà disparu , d'abord, parce que vous vous devez à voire famille,
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Enfin, acculés contre le mur, dans un des angles de la chambre a coucher, le citoyen Durand et son aimable tante se serraient l'un contre l'autre, en proie a une frayeur sans nom.
— Mon ami, me dit presque en souriant le comte de L***, vous voyez que je n'ai pas perdu de temps pour me rendre maître de la place. Je tiens le meurtrier en ma puissance ! Ma foi, puisque vous avez bien voulu me suivre, il est de toute justice que vous partagiez mes lauriers. Veuillez, je vous prie, aller fermer avec soin la porte delà rue, afin qu'on ne puisse nous surprendre.
Je ne cacherai pas qu'en me trouvant