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ainsi subitement mêlé ace drame, je commençai à regretter d'avoir accompagné le comte : toutefois, comme l'arrivée de la moindre visite suffisait pour délivrer le président du district, ce qui eût aggravé de beaucoup encore ma position, je n'hésitai pas a obéir, et je m'empressai d'aller fermer la porte : pour surcroît de sûreté, je poussai même devant les meubles que leur poids me permit de déplacer.
— Mon cher monsieur, me dit le comte lorsque je fus de retour auprès de lui, prenez ce pistolet et, au moindre mouvement que fera ce misérable ou sa complice pour s'échapper, brûlez-leur a tous tes deux la cervelle. Moi, j'irai, pendant que
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VOUS les tiendrez en respect, parcourir la maison ; mon absence ne sera pas longue.
Ce second ordre, je ne le dissimulerai pas non plus, ne fit qu'augmenter les regrets que j'éprouvais déjà de me trouver implique dans cette tragique affaire ; seulement, voyant ma sûreté de plus en plus compromise, et comprenant que reculer c'était me perdre, je dus m'exécuter de bonne grâce.
Toutefois, je me promis de saisir avec empressement, si elle se présentait, l'occasion de me retirer de cette affaire, et de reprendre ma neutralité.
— Citoyen officier, me dit vivement et à voix basse le président du district dès que le comte de L*** nous eût laissés, si tu veux me rendre la liberté, je te jure, sur le salut de la République, que tu n'auras pas à t'en repentir !
^ — Ne crains pas que nous te dénoncions, ajouta la vieille tante ! Au reste, notre reconnaissance te garantit de notre discrétion et de notre silence ! . ..
— Je ne demanderais pas mieux que de me rendre a vos prières, leurrépondisje, mais j'ai doC^né ma parole a mon compagnon, et je ne puis y manquer. Restez doûc tranquilles et n'essayez pas de fuir;
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ou sans cela je me verrais contraint, a mon grand regret, de faire feu sur vous !
J'achevais a peine de prononcer ces paroles quand M. de L*** rentra.
— J'ai trouvé ce dont j'avais besoin, dit-il, un caveau sans issue, voûté en pierre de taille et fermé par une porte tellement épaisse qu'elle doit être, ma foi, a l'épreuve du canon. Allons, suivez-moi, continua-t-il, en s'adressant a ses prisonniers.
Le président du district et sa tante ne 3e firent pas répéter deux fois cet ordre ;
je vis au sourire qu'il amena sur leurs le" vres qu'ils se sentaient débarrassés d'une grande frayeur, et qu'après avoir désespéré un moment de la vie, ils revenaient à l'espérance.
En effet, une incarcération de quelques heures, au lieu de la catastrophe terrible à laquelle ils s'attendaient, était un grand bonheur pour eux.
Une fois que je me trouvai seul avec mademoiselle de L***, je m'approchai avec empressement de son lit, et la soulevant dans mes bras, je parvins, après l'avoir retirée de son sommeil léthargique, a lui faire prendre une tasse entière de café.
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— Eh bien, ma cousine, comment vous trouvez-vous a présent ? lui demanda son fiancé, que je n'avais pas entendu revenir et que j'aperçus placé derrière moi, droit, immobile, le regard fixe et les bras croisés.
Au son de cette voix: qui lui était si chère, mademoiselle de L*** tressaillit de tous ses membres : ses paupières fermées se relevèrent, sa figure s'anima, on ei'it dit une morte rappelée a la vie par un miracle.
Elle passa vivement, a plusiieurs reprises, sa main sur son front, et puis, poussant tout a coup un cri déchirant, et fer-
mant les yeux : Grâce ! Gaston, s'écriat-elle avec effroi, grâce ! ne me maudis pas ! Je devais sauver mon père !
— Laure , ma bien-aimée , mon seul amour ! dit le jeune homme d'une voix douce et en se laissant tomber à genoux au pied du lit oii reposait la pauvre jeune fille, ne parlons plus du passé ! Nous voilà réunis pour toujours ! Dieu nous attend au ciel !
Le jeune homme saisit alors une des mains de sa cousine et la porta respectueusement a ses lèvres. Quant à moi , je l'avoue, je pleurai !
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Peu a |peu mademoiselle de L*** reprit tout à fait connaissance.
— Oh! mon cousin, s'écrait-elle en éclatant en sanglots , comment pouvezvous daigner m'adresser encore la parole et vous occuper de moi ? Oubliez-vous donc que je m'appelle la citoyenne Durand ! que je suis une misérable créature indigne d'un seul de vos regards ?
— Ma bien-aimée Laure, ne parle point ainsi, lui ditje jeune homme en l'interrompant ; a quoi bon assombrir par des souvenirs poignants le peu de temps que nous avons encore a rester sur la terre. Tes malheurs ne prouvent-ils pas en fa-
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veur de ta piété [filiale? Ne font-ils pas le plus bel éloge de ton cœur? Pauvre et douce victime ! âme modeste et céleste qui t'humilies devant ton sublime dévoûment.
— Vous me pardonnez donc, Gaston ?
reprit mademoiselle de L***, dont le visage, profondément altéré déjà par les approches de la mort, se couvrit, pendant que son cousin parlait, d'une légère rougeur, et redevint, phénomène inexplicable pour moi, radieux de beauté et de jeunesse.
— Te pardonner, ma sainte Laure ! Et que veux-tu que je le pardonne? Le sacri-
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fice de ton bonheur, que tu as eu le courage de faire à ton devoir? Ton martyre, ta longue agonie? Ah ! ma cousine, je t'en supplie de nouveau... n'assombrissons pas, par des souvenirs qui nous rappellent d'affreuses souffrances, le court moment que nous avons encore a passer sur la terre. Goûtons , sans que rien ne trouble noire joie, le bonheur de nous revoir !...
— Que vous êtes bon et noble, Gaston ! murmura la jeune fille en contemplant d'un regard angélique, et qui n'avait plus rien d'humain , son cousin agenouillé devant son lit.
Un court silence suivit : bientôt mademoiselle de L*** reprit la parole :
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— Votre apparition m'a tellement émue, Gaston, dit-elle, que je n'ai pas encore eu le temps de m'en étonner. Comment peutil se faire que vous vous trouviez ici?
— Ma présence te prouve , ma céleste Laure, que Dieu prend toujours en pitié et n'abandonne jamais ceux qui croient et espèrent en son incommensurable bonté.
Un amour immense et pur comme le nôtre ne peut, ainsi qu'une passion vulgaire, être soumis aux événements ordinaires de la vie ! Nul autre que moi n'est digne de recevoir Ion dernier soupir ! Tu vas mou- # rir ! me voici !
— C'est vrai, Gaston, je vais mourir.
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répéta (louceme nt mademoiselle de L*" en accompagnant ces paroles d'un ineffable sourire , qui prouvait combien cette idée lui était douce. Mais , hélas ! poursuivitelle après un nouveau silence , ma mort n'est-elle pas un crime ? Dieu me pardonnera-t-il d'avoir attenté a mes jours ?
— Rassure-toi, ma bien-aimée, lui dit le jeune homme en serrant doucement sa main, lorsque tu as bu le poison qui te tue, la douleur t'avait rendue insensée!... Tu n'as pas obéi à une coupable pensée, mais seulement au délire !...
— Gaston, ne pourrais-je pas voir un prêtre ?
A celle queslion de la pauvre infortunée, un nuage passa sur le front de sou fiancé.
— Cela est impossible ! répondit-il, nul être humain ne doit plus pénétrer dans cette demeure. Pourquoi me regarder avec des yeux étonnés ? Laure, ne comprends-tu pas que je suis jaloux de ton dernier soupir?
En ce moment un spasme nerveux agita le corps frêle et délicat de la jeune fille, et Gaston, se relevant vivement, se mil a lui prodiguer tous les soins qu'il était en sa puissance de lui donner.
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Quant a^moi, je n'osais abandonner l'angle obscur de la chambre dans lequel je me tenais immobile, hors du regard de la mourante , car je craignais que la présence d'un étranger ne fût désagréable a mademoiselle de L***. Il me serait impossible de décrire l'impression profonde que m'avait causée l'entrevue des deux jeunes fiancés. D'un autre côté, j'élais dans une attente affreusement pénible de ce qui allait arriver; je ne voyais aucun dénoiiment possible à ce drame, ou, pour mieux dire, je repoussais avec énergie, loin de moi, tous les dénoûments logiques qui se présentaient a mon esprit.
— Gaston, reprit mademoiselle de L***, lorsque sa crise se fut un peu apaisée', tu