‹ Les étapes d'un volontaire (volume 4)Chapitre 5 sur 12 · L. E. G. N. Simon, âgée de 48 ans, née · texte numérisé non relu

L. E. G. N. Simon, âgée de 48 ans, née

a Lorbec, veuve de Maillet, lieutenant des

maréchaux de France, ex-noble.

F. Trench, âgé de 70 ans, né a Kœnisberg, ex.-baron, rue de Gléry.

G. Montalembert, âgé de 63 ans, né a Limoges, ex-marquis, capitaine au ci-devant régiment du roi, rue Neuve-Égalité.

G. G. H. Houdelot, âgé de 40 ans, né a St-Laurent de Brévédent, cultivateur, rue de Bondy.

G. H. L.Gasler, âgé de 51 ans, né a Bocanne, ex-noble, lieutenant des mousquetaires, rue Louis au ^[arais.

G,-F.UougeotdeMonteri(T,âgéde42ans, né a Stigui, ex-noble, garde du corps, rue des Pères.

F.-T.-B. Bessejouls de Roquelaure, âgé de 46 ans, né a Toulouse, ex-marquis, colonel du ci-devant régiment de Beauce, rue Dominique

G. -A. Créqui de Montmorency, âgé de 60 ans, né au château de Chetzlemberg, en Allemagne, ex-noble, rue Gocatrix.

Doley, âgé de 30 ans, né a Florence, ex-vicomte, sous-lieutenant au ci-devant régiment d'Alsace, rue Verdelet.

01) LCS ETAPES

L. S. Sers, âgé de 50 ans, né à Castres, officier de l'armée de Bussy, ex-commandant de Chandernagor, officier d'infanterie, rue de Grenelle-Saint-Honoré.

H. J. Boiirdailles, âgé de 46 ans, né à Paris, ex-comte, mestre de camp de la suite de la cavalerie, au bois Guillaume.

L.-V. Goësmann, âgé de 64 ans, né à Landser, conseiller au ci-devant parlement Meaupou, employé par l'ancien gouvernement en Angleterre, rue des Bons- Enfants.

J.-F.-M. Coattarel, âgé de 32 ans, né a Plouvec, ex-noble, rue du Bouloy.

d'un volontaire 57

J. Raoul, âgé de 56 ans, né a Gravesen, ex-prêlre de la doclrine dite chrétienne, marchand mercier, rue desLomhards.

M.-M.-C. Darliguc, âgé de 46 ans, né a Marseille, veuve de Gauthier Sl-Priest, avocat au ci devant parlement, cloître Saint-Étienue-des-Grès.

P. Hébert, âgé de 52 ans, né a Breville, ex-curé de Courbevoie, près Paris, rue delà Fraternité.

L. J. G. Assy, âgé de 36 ans, né à Paris, cx-bénéficier de l'église de Paris, parvis ci-devant Notre-Dame.

J. B. Malocagne, âgé de 58 ans, né a plaisant, ex-curé de Louvres.

P. Buquet, âgé de 46 ans, né a Conches, ex-curé de Gagny.

T. Meynier, âgé de 65 ans, né au Buis, ex-prêtre et chantre de l'Hôlel-Dieu de Paris, cloître Opportune.

J.-N. Voyat, âgé de 37 ans, né h Tendon, département des Vosges, ex-curé de Bouqueval, maître de langues.

L. Sellos, âgé de 29 ans, né à Boux-Perron, ex-prêtre, rue d'Ormesson.

d'un volontaire 59

P.-E. Constant, âp^é de 65 ans, ex-minime, né à Paris, cloître Saint-Jacquesl'Hôpital.

Le jour suivant, c'est-a-dire le 7 thermidor, nous apprîmes que les infortunés dont je viens de donner la liste, moins un seul, le dernier de tous, le minime Constant, que l'on oublia de juger, ou, pour parler plus exactement, dont on oublia de mentionner le nom, furent condamnés a mort, et exécutés le lendemain.

J'étais entrain de supplier mon protec' leur, le porte-clefs Leduc, de garder, pour me la donner plus tard, toute lettre que

pourrait m'adresser Anselme, lorsque je vis apparaître ce dernier; il causait avec un détenu ; a peine m'eût-il aperçu qu'il accourut a ma rencontre.

— Cher ami, me dit-il en me présentant le prisonnier avec qui il était en conversation, voici monsieur, qui, je dois te l'avouer, vient d'obtenir de moi une promesse que je m'étais obstiné a te refuser jusqu'à présent : celle que je renoncerai a écrire de nouveau a Fouquier.

— Ah! monsieur, m'écriai-je en serrant les mains du compagnon d'Anselme dans les miennes, combien je vous remercie I

d'un volontaire -41

Mais, je vous en supplie, apprenez-moi donc comment vous avez fait pour vaincre la rare obstination d'Anselme! Quelle éloquence est donc la vôtre?

— Mon éloquence, me répondit-il, est celle de la religion. Je suis prêtre, et j'ai montré a votre ami qu'en se dénonçant lui-même, il commettait un véritable suicide, et se fermait les portes du ciel.

— Le fait est que je n'avais jamais encoresongé auparavant a cela, dit Anselme. Je suis, au reste, doublement heureux d'avoir fait votre connaissance, monsieur Brogniard, continua-t-il en s'adrcssant au

curé, car je suis tourmenté par un scrupule de conscience que je serais fort heureux d'éclaircir. C'est peut-être abuser de votre bonté?

— Ne parlez pas ainsi, mon frère! Je \ous écoute : expliquez-YOus!

— Je conçois fort bien, reprit Anselme après s'être recueilli un moment, je conçois fort bien que me dénoncer a Fouquier équivaudrait pour moi a un suicide, car enfin, il est possible qu'en gardant le silence je ne sois pas atteinlpar la proscription qui nous décime; mais supposez maintenant que l'on me condamne: ma

I>'l]N VOLONTAIUE 45

mort 5 puisque je suis complètement innocent de tout crime, — ce que mes juges n'ignorent pas, — ma mort ne devient-elle pas, au lieu d'un suicide, un assassinat?

— Certes! Où voulez-vous en venir?

— Je veux en venir a ceci, que comme il est permis, — du moins c'est une chose que j'ai cru jusqu'à ce jour, — de se défendre contre des assassins qui en veulent a votre vie, je ne commettrai aucun péché mortel en opposant de la résistance aux. projets houiicides de mes bourreaux.

44 LES ÉTArES

— 11 est incontestable, répondit le curé, qu'au point de vue de la morale, votre mort est inique et que vous avez le droit de vous défendre. 3iais à quoi cela vous servirait-il? — et je parle ici non comme prêtre, mais comme homme, — sinon a augmenter votre agonie.

— C'est la, monsieur le curé, une chose qui ne regarde que moi. Mais je n'en ai pas fini avec toutes mes questions, il m'en reste encore une à vous adresser, la voici : Est-ce un crime ou un devoir, quand on rencontre un reptile venimeux et qui peut, si vous l'épargnez, mordre plus tard un de vos semblables, est-ce, dis-je, un crime ou'un devoir de ui écraser la tôle

d'un volontaire 45

avec le talon, ou de le laisser en paiK poursuivre son œuvre de mort?

— Je ne sais oîi vous voulez en venir, répondit le curé, mais il me semble que vous êtes doué d'assez de droiture de cœur et de bon sens pour savoir qu'on doit en eiïet détruire un reptile dangereux lorsque l'occasion s'en présente!

— Je ne veux, en venir a rien du tout, monsieur le curé, je sais a présent tout ce que je voulais savoir, et je vous remercie sincèrement de votre complaisance I Anselme salua alors, avec la politesse qui lui était habituelle, M. Brogniard, et passant

son bras sous le mien, il m'entraîna dans

notre chambre.

— A présent, mon ami, lui dis-je, une fois que nous fûmes seuls, j'espère que tu vas m'expliquer pourquoi, et dans quel but, tu as adressé k ce curé tes deux, dernières et singulières questions.

— Quoi ! loi qui as tant d'esprit, lu n'as pas deviné, me répondit-il avec étonnemenl. Voici la chose. J'ai appris par Leduc que les condamnés conduits a l'échafaud avaient les jambes et les mains attachées avec une corde grosse a peine comme le petit doigt d'une main ordinaire; tu

conçois que, quoique à la vérité, cette ficelle soit terminée par un nœud coulant, qui vous déchire la chair au moindre mouvement que l'on fait, il ne doit pas être difficile, pour quelqu'un peu soucieux de s'écorcher la peau, de rompre, par une violente secousse, celle ficelle. Arrivé sur l'échafaud, je me déf)arrasse donc de mes liens, puis une fois lihre de toute entrave, dame! le curé vient, ne l'oublie pas, de nous déclarer a l'instant même que ce n'est nullement un péché de se défendre contre des assassins qui vous altaquent; une fois libre donc de toute entrave, je m'empare du sabre d'un gendarme ou de toute autre arme qui me tombe sous la main, et je tape, je tape, je tape sur tout le monde. Tu as l'air étonné! Quoi! chacun obéit à

ses goûts! Moi j'adore la bataille et je déteste que l'on porte la main sur moi; j'aime mille fois mieux être tué en combattant, que de me laisser tranquillement boucler comme un paquet. D'abord jamais je. ne consentirai a passer ma tête par l'affreuse lucarne de la guilloline, je trouve cela ridicule et de mauvais goût... Est-ce que tu n'approuverais pas mon projet?

— Je ne sais, Anselme, que le répoi^dre ; je suis abasourdi !

— Et pourquoi donc, mon ami, es-tu abasourdi?

[d'un volontaire 49

— Parce qu'il n'y a que toi au monde pour trouver, sans y songer, des idées extraordinaires et bizarres, et que je sais parfaitement que ce que tu me dis, sur le ton de la plaisanterie, tu le feras sérieusement.

— Mais je ne vois rien d'étonnant ni de plaisant a cela, c'est naturel. Eh bien, j'en reviens a ma question : Que pensestu de mon projet ?

— Il me paraît a la fois plein d'énergie et de simplicité.

— Tu l'approuves alors, j'en suis ravi, m *

Après tout, il n'aurait pas eu ta sanction que je ne l'aurais pas abandonné pour cela.

— Oii! je connais ton opiniâtreté ; passons maintenant a la seconde question que tu as adressée au curé Brogniard; celte question, ou je me trompe fort, se rattache encore b un projet.

— Quelle question ? Ah î oui, j'y suis : l'histoire du reptile, n'est-ce pas ? En effet, cher ami, c'est encore là une seconde idée qui m'est venue : c'est vraiment chose étonnante comme je me sens en verve depuis quelques jours ! Je crois, Dieu me

d'un volontaire 51

pardonne! que si l'envie m'en prenait, je composerais une pièce de vers. Mon second projet est aussi logique queJe premier. Si je suis compris dans une des prochaines fournées, j'ai l'intention, avant de monter dans la charrette, d'étrangler le coquin de Manini! Tu conçois.... Manini est un reptile, et je tue Manini pour qu'il ne fasse plus de mal a personne!...

— Je t'admire ; mais si, ce qui est extrêmement probable, Manini ne se trouve pas Ta au moment du départ des charrettes... car depuis qu'on nous décime, l'Italien ne se montre plus guère!

— Tiens! je n'avais pas pensé a cela,

s'écria Anselme, en se frappant le front. Au fait , tu as raison ; si Manini ne se trouve pas la au moment du départ, comment ferai-je pour l'étrangler?

Anselme, un moment atterré par mon objection, garda pendant quelques secondes le silence : « Ah ! que je suis donc simple, s'écria-t-il enfin, en partant d'un retentissant éclat de rire. Parbleu, tu mêla bailles belle, avec ta difficulté, elle n'existe pas ; si Manini n'est pas la au départ, eh ! bien, je ne partirai pas I

— Comment ! tu ne partiras pas ! Te figures-tu qu'on te laissera libre de faire a ta volonté ?

d'un volontaire 55

— Je ne me figure rien du tout : seulement, je le répète, je ne partirai pas ! A présent, comment ferai-je pour rester? je l'ignore et ne m'en préoccupe nullement. Tout ce que je sais, c'est que je resterai : cela me suffit.

Page 1