G LES ÉTAPES
symptômes quiannoacèreiit la révolution, avec quelle ardeur fiévreuse je me jetai dans la lutte, avec quelle ardeur je combattis.
Enfin la victoire est venue, et je prends aujourd'hui une revanche sur le passé !
Le peuple me croit un grand citoyen, et me cite comme un modèle de patriotisme! Je me moque pas mal du peuple, ^ 'oi ! Ce qu'il me faut, c'est voir ces femmoi. > orgueilleuses, pour qui je n'étais jadis qu'm ^ ridicule et présomptueux manant, tremhi ^^' aujourd'hui agenouillées devant moi et L ^^ demander grâce ! Non, tu ne peux te (sLk '^ ^^^ ^^^^ ^® l'âpre volupté que j'éprou\ ^ ^ humilier ces hautaines Créatures.
Les faisant pàb\ ^^^ P^^' ^^^^^^ les aller-
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natives du désespoir et de l'espérance, je tiens sans cesse suspendu sur leur tôle un couperet et un sourire. Daignerai-jc les aimer, ou bien les enverrai-je a l'échafaud ? Voila ce qu'elles se demandent pendant de longues * nuits d'insomnies , tandis que moi je dors heureux, doucement bercé par l'idée de mon triomphe. Buvons encore à mes nouvelles amours.
L'affreux monstre remplit une seconde fois nos verres, et, dissimulant la profonde horreur qu'il m'inspirait, car j'étais curieux de savoir jusqu'à quelle profondeur pouvait atteindre la perversité de cet homme, je trinquai avec lui en acceptant la santé qu'il venait de porter.
— Mais, citoyen, lui dis-je, comment peut-il se faire que des aristocrates in-
carcérés — car je pense que lu me parles de ces damnés — aient recours a toi et implorent ta protection. Je conçois que par la position tu puisses faire beaucoup de mal, mais non réparer celui qui est lait? Tu as certes le pouvoir d'envoyer une tête a l'échafaud, mais non pas de lui ravir une victime!
— Ah ! tu crois cela, toi, répondit-il d*une voix dont le timbre de plus en plus rauque et voilé me prouva qu'il commençait a céder a l'ivresse. Ah ! tu crois que je ne puis pas sauver le cou d'une aristocrate, quand bon me semble, de la caresse du triangle de fer? Ne suis-je donc pas membre du comité révolutionnaire ?
— Certes, mais tu n'es pas le comité
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révoluliounairc tout entier ! tu n'y représentes qu'une voix. . .
— Est-ce que tu te figures, trop naïf et cher adjudant, que nous nous amusons, dans le comité, a aller aux voix ! Chacun y fait a peu près ce que bon lui semble... Au reste, désires-tu connaître la composition de ce comité ?
— Ma foi, cela me ferait plaisir, m'empressai-je de répondre, car les révélations du citoyen Pistache, en me montrant en déshabillé les hommes qui possédaient alors le pouvoir, excitaient au plus haut point ma curiosité.
— Eh bien ! alors, écoute-moi. Tu verras que je suis a même d'agir selon mon
caprice... Mais tiens, pour te donner une n 14
idée de ma puissance, il est une jeune cidevant, la fille de l'ex -marquis de R***, connue de tout Avignon pour sa beauté et pour son hypocrisie ou sa vertu, c'est la même chose, qui passait pour fière et orgueilleuse a l'excès. Voila près de huit jours que j'ai fait incarcérer son père; veux-tu parier avec moi cent livres, qu'après-demain soir la superbe Amélie sera a souper ici en téte-a-tête avec moi ? Dis, le veux-tu ?
Je ne sais pourquoi ce nom d'Amélie, en tombant de la bouche du monstre, me fit passer un frisson par le corps, et me rappela la jeune et délicieuse créature que j'avais vue, a peine une heure auparavant, insultée par la populace pour avoir sauvé une relique.
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— Laissons la celle aristocrale qui ne m'inlércsse pas, réponilis-jc au ciloyen Pistache, et revenons a la composition du comité révolutionnaire dont tu fais partie. •
— Notre comité révolutionnaire, reprit Pistache, après un court moment de silence, présente, vu de loin, un aspect imposant et terrible ; mais, examiné de près, on s'aperçoit qu'il est misérablement composé. 11 compte neuf membres, y compris moi. Quatre de ces membres sont des hommes tellement nuls, que, pour un oui ou non, pour s'exalter ou s'enthousiasmer, ils attendent que leurs collègues aient dit oui ou non, se soient exaltés ou enthousiasmés ! Ils sont par eux-mêmes incapables de prendre une résolution ou une initiative.
Demain, je leur ferai crier à mon gré : Vive le drapeau tricolore ! ou vive les lis! Vive la république! ou vive la monarchie absolue ! Ces quatre voix que je déplace a volonté, çtqui forment a elles seules à peu près la majorité, me rendent chaque jour de grands services et m'assurent de l'accomplissement de toutes mes volontés.
Quant à l'autre moitié qui compose le tout du comité, l'an des membres serait peut-être un grand républicain s'il n'était sous le joug d'une avarice rapace et comme on en voit peu. Je suis assez porté a croire que cet homme déteste les aristocrates d'une haine violente, ainsi qu'il le prélend ; mais ce dont je suis sûr, c'est que personne n'apprécie plus que lui leur or. On sait d'avance le taux qu'il met a un
élargissement, a une arrestation, aux permis de passer, a un permis de parler a uu détenu, à un lever de scellé.
— Mais, si cela est connu, citoyen Pistache, comment cet avare peut-il garder sa place et conserver la confiance du peuple?
— ïu oublies, adjudant, que beaucoup de nobles et d'aristocrates, obligés de fuir en toute hâte, se trouvent réduits à une profonde misère ! Mon avare les fait poursuivre h outrance, arrêter, incarcérer et guillotiner avec un zèle sans pareil, et cela suffît pour maintenir sa popularité ! Au reste, ce n'est pas un mauvais diable, et nous faisons par ci par la quelques bonnes affaires ensemble.