‹ Les étapes d'un volontaireChapitre 16 sur 23 · U LES ÉTAPES · texte numérisé non relu

U LES ÉTAPES

Récapitulons : les quatre indécis que je mène a mon gré, l'avare que je sais prendre par l'intérêt, puis enfin moi, cela fait six voix sur neuf dont je dispose. ïu vois qu'a vrai dire je suis le seul et unique maître de la ville, et que quand je crie : Vive la révolution ! c'est absolument comme si je criais : Vive moi, Pistache-Carotte Mar cotte ?

— Vraiment, citoyen, je ne puis trop applaudir à ton esprit. A présent, laissemoi te remercier de ton hospitalité et prendre congé de toi, car il se fait tard et tu dois avoir besoin de repos.

— Le fait est que ma journée a été assez bien remplie. A revoir. Tu es jeune, discret, aimant le plaisir, et de passage dans la ville, aussi me convicns-lu sous tous

les rapports. Je l'alleiids demain sans faute. Me promcls-tu de venir.

— Certainement que je te le promets !

Le citoyen Pistache me tendit alors sa main, dont la pression me causa le même dégoût que si j'eusse été en contact avec un reptile ; puis je me hâtai de descendre dans la rue, j'avais hâte de respirer l'air pur de la nuit.

En arrivant chez mon hôte, je trouvai tout le monde réuni dans le salon ; je remarquai ([u'Anselme, assis à côté de l'exsous-lieutenant du légat, avait le teint animé et les yeux brillants.

— Tu viens de chez le citoyen Pistache? me dit-il; je te plains : tu as dû passer une bien triste soirée?

— Le fait est que je suis encore sous l'impression des affreux discours de ce monstre! On ne peut se figurer un tel assemblage de vices !

— Parbleu! s'écria Anselme, cela n'est pas étonnant, c'est un républicain!

— Que dis-tu la, Anselme ? lui demandaije avec stupéfaction.

— Je dis, me répondit-il brusquement, qu'a partir d'aujourd'hui , je cesse d'être républicain! J'ai été assez longtemps dupe comme cela!

A ces paroles de mon camarade, je remarquai que le visage de notre] hôte , M. Marcotte, resplendissait de toute la joie du triomphe. Je compris qu'il n'était pas

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étranger au cliaiigemeiit qui s'était opéré dans les opinions d'Anselme, et m'adressant aussitôt h lui :

— J'en appelle a votre justice et a votre bon sens, mon cher hôte, lui dis-je, ne trouvcz-YOus pas que mon camarade vient de parler comme un véritable étourdi?

— Mais, je ne vois pas cela , me répondit-il.

— Quoi! parce que quelques misérables, abusant de la bonne foi de la nation, se couvrent du manteau d'un faux patrio- , tisme pour assouvirleurs passions, s'ensuit- 11 que la forme du gouvernement républicain soit une mauvaise chose ! m'écriaije. Cela prouve tout au plus que la République est mal servie.

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