‹ Les étapes d'un volontaireChapitre 19 sur 23 · H LES ÉTAPES · texte numérisé non relu

H LES ÉTAPES

Pendant que 1g citoyen Pistache parlait, je ne puis exprimer la fureur que je ressentais; vingt fois je fus sur le point de me jeter sur lui et de le traiter comme il méritait de l'être; la pensée seule que celte violence ne pouvait qu'aggraver la position du marquis de R*** me retint.

Quant a sa charmante et malheureuse enfant , elle accepta avec une héroïque résignation l'insulte du misérahle, et rieo en elle , si ce n'est une vive rougeur qui colora un instant son pâle visage , ne trahit la poignante émotion qu'elle éprouvait.

— Eh hien, citoyenne, tu ne me réponds pas, lui dit Pistache, en méprenant par le bras et en se disposant a s'éloigner, faut-il que je t'attende demain? La jeune fille tressaillit ; puis , m'adres-

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saut un regard singulier el que je ne pus comprendre, d'une voix calme a mon grand élonnement, répondit en saluant Pistache :

— A ce soir huit heures, chez toi !

— Je le savais bien ! murmura le membre du comité révolutionnaire en haussant les épaules d'un air de mépris. Ah ! ces ex-grandes dames, elles se ressemblent et se valent toutes!

Je dus faire un violent effort sur moimême pour parvenir a me composer une contenance et ne pas laisser voir a Pistache le dégoût qu'il m'inspirait; car il était nécessaire, pour l'accomplissement d'un projet que je venais d'arrêter en moi-même que le membre du comité révolutionnaire

ne me prît pas en défiance et restât mon ami.

— J'espère, brave adjudant, me dit-il bientôt après, en éclatant de rire, que tu as été complètement battu! Voyons, ne me garde pas rancune de mon triomphe.

Cette aristocrate n'est pour toi qu'une jolie personne, tandis que pour moi elle représente l'accomplissement d'une vengeance ! N'essaye donc pas de me la disputer! Au reste je saurai te dédommagera l'occasion de ta condescendance a mes désirs!

M- Tu te trompes étrangement, cher Pistache, lui répondis-je en alTectant un air dégagé et insouciant, si tu te figures m'avoir pour rival. J'aurais été content de pouvoir être utile a cette enfant ; car la

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douleur m'avait alleiulri ; mais voila tout.

— Tu es jeune, tu es encore bien jeune, mon naïf adjudant! s'écria Pistache en continuant de rire. Quoi! tu te figures bonnement que les aristocrates éprouvent réellement les sentiments qu'elles aiTectent? Quelle erreur! Ce sont des comédiennes consommées qui savent admirablement jouer leur rôle et en imposer aux incrédules comme toi. Quantj a moi , je connais trop leurs ruses et leur hypocrisie pour me laisser prendre a leurs grimaces !

— Où allons-nous a présent, citoyen?

demandai-je a Pistache afin de couper court a la conversation.

— Chez le secrétaire du comité révo-

lutionnaire, Pnotre aiiiphytrion d'aujourd'hui.

Dix minutes plus tard, Pistache-Carotte me présentait a ses collègues comme étant un des officiers les 5pl"S distingués et les plus capables de l'armée, et en outre, le patriote le plus pur que l'on pût trouver. On m'accueillit à mers eille.

Le dîner, a défaut de gaîté, présenta une grande animation, car on ne parla que de politique.

Le siège de Toulon, les armées d'Italie et celles du Nord, la Convention, Robespierre, Danton, les Jacobins, Chaumette, Hébert et le tribunal révolutionnaire fi rcnt tous les frais de la conversation.

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On discuta ensuite sur les moyens a prendre pour donner plus de force au mouvement révolutionnaire et assurer le salut public, mais cette discussion ne dura pas bien longtemps, grâce à l'unanimitc de l'opinion des membres présents : tous tombèrent de suite d'accord que l'on n'obtiendrait ces heureux résultats qu'en donnant une grande activité a la guillotine !

— Allons, citoyens, s'écria le secrétaire, voici l'heure de la séance qui va sonner, il nous faut quitter la table; nous reviendrons ce soir manger la desserte.

Les convives se levèrent alors, et je me disposais a m'éloigner, lorsque Pistache me saisissant par le bras :

— Au nom de la loi, je l'arrête, déserteur! me dit-il en riant. Ah ! lu le fi<^ures que que je m'en vais le laisser ainsi te mettre en quête de ta bien-aimée aristocrate! Je ne suis pas si sot! Tu vas m'accompagner a la séance !

— Mais je n'ai pas l'honneur d'être ton collègue, cl je ne puis par conséquent pénétrer dans la salle de vos conférences...

— Tu le peux parfaitement : nous délibérons toujours en public!

Ne voulant pas, je le répète, éveiller les soupçons de mon ami Pistache, je n'insistai plus pour recouvrer ma liberté, et je le suivis sans me faire prier.

Dès que les membres du comité révolu-

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fionnaire curcnl pris place, le secrétaire lut rapidement quelques dénonciations; a la suite de ces dénonciations, on entendit très sommairement le témoignagne des citoyens cités, puis on rendit, toujours avec la même rapidité, un assez grand nombre de mandats d'arrestation.

Pendant que le comité fonctionnait, je me mis a feuilleter un grand registre placé devant moi : c'était le Journal des procès-verbaux. Je remarquai que la forme adoptée par ce tribunal était aussi expéditive que simple.

Voici la copie d'une de ees minutes écrites sur une feuille volante, que je ramassai par terre et emportai avec moi.

» Pour avoir dit : « Périsse la Républi-

que qui nous fait mourir de faim, et vive le papa qui nous faisait vivre! » Charles Crétot, apotliicaire, sera mis en état d'arrestation dans la maison de réclusion. Le scellé sera apposé sur ses papiers, meubles et effets.

» Signé : Cuou-Navet Dcmont, » président. »

» Pour avoir voulu entretenir une correspondance avec son fils .émigré, M. Labalue, ci-devant sera traduit devant le comité de sûreté générale, auquel extrait du présent sera adressé avec les papiers et lettres saisis. »

» Signé : Chou-Navet Dumo>t, » présideni, etc. ;

» Pour a\oir entendu la messe dilc du

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pape, en se tournant du côté du j^^rand chemin d'Arles; avoir fait baptiser un enfant a la cave et permis à sa famille de porter de beaux habits le dimanche et de vieux et sales le jour de décade, Granet père , marchand , sera mis pendant un mois en état d'arrestation chez lui.

» Pour avoir composé une pièce qui peut être qualifiée de factum et qui parait se rapporter aux prétendus droits du pape sur Avignon, Trophime LafTnt, prote chez le citoyen Laurent, ^imprimeur, sera traduit devant le Comité de sûreté générale, auquel copie du présent sera adressé ainsi qu'un exemplaire dudit factum.

» Signé : Chou, etc. »

» Pour avoir dit que cette ville d'Avi-

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