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CHAPITRE XXV

Il était près de quatre heures lorsque j'entrai dans le cabaret, et la nuit ne tarda pas de m'envelopper de ses ombres : c'était a peine si a la lueur vacillante d'un feu chétif et a moitié éteint , qui brûlait tris-

teraent dans l'atrc du foyer, je pouvais distini-uer les murailles humides et lézardées de la place où je me trouvais.

Au reste, profondément absorbé par mes réflexions, je prenais peu garde aux objets qui m'environnaient; mon esprit flottait indécis entre mille résolutions confuses et diverses, que j'acceptais et repoussais tour a tour, ne sachant à quel parti m'arrêter , lorsqu'un léger coup, frappé a la porte du cabinet que j'occupais, me rappela a la réalité en m'arrachant a mes songes.

Ma première pensée fut que Pistache avait découvert ma retraite momentanée, et que, craignant que je ne songeasse a lui ravir sa proie, il venait sonder mes intentions; je résolus de le traiter avec tout le mépris qu'il méritait.

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— Entrez! m'ccriai-jc à un nouveau coup qui rclculit. La porte s'ouvrit doucement et une ombre sembla glisser vers moi.

— Qui êtes-vous ? repris-je en me levant vivement.

— La fille du marquis de R*** , me répondit une voix tremblante que je reconnus de suite pour être celle de la jeune Amélie.

Il me serait impossible de décrire l'émotion que me causa cette apparition a laquelle j étais si loin de m'attendre.

— Veuillez attendre un moment, mamoiselle , dis-je à la jeune personne, je m'en vais chercher de la lumière.

Eli effet 5 je revins deux minutes plus lard, avec une mauvaise chandelle que le cabarelier me donna, puis la fixant sur la table et offrant une chaise toute vermoulue, la seule qui se trouvait dans le cabinet, a mademoiselle l\

— Asseyez-vous , je vous en prie , lui dis-je.

Elle se laissa tomber plutôt qu'elle ne s'assit , et prenant aussitôt la parole :

— Je ne puis encore comprendre où j'ai pu puiser assez de hardisse pour tenter la démarche que je fais en ce moment, me dit-elle d'une voix altérée et en baissant les yeux; l'affreux et imminent danger auquel est exposé mon père a seul pu me donner ce courage.

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— Pardon, mademoiselle, me permettezvous, avant de poursuivre cette conversation , de vous adresser une question ?

Comment avez-vous pu savoir, car je suppose que c'est bien moi que vous cherchez, que j'étais réfugié ici?

— Je vous ai suivi toute la journée, me répondit-elle.

. — C'est différent: parlez , je vous écoute.

— Je n'ignore pas, monsieur, repritelle après une légère pause , que ma présence ici est une grave inconvenance ; mais, hélas ! par le temps de désastres et de bouleversements où nous vivons , on doit savoir fouler parfois aux pieds tous les usages reçus!... Je n'abuserai pas de

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voire patience... Quelques paroles me suffiront pour m'expliquer!... Ce matin, monsieur, j'allais repousser avec toute l'indignation et toute l'iiorreur qu'elle méritait la proposition du citoyen Pistache , lorsqu'à votre air franc et loyal , au sentiment de pitié que j'ai cru lire dans vos yeux, je me suis ravisée en pensant que peut-être bien le ciel venait d'envoyer en vous a mon pauvre père et à moi un protecteur! OfTicier, et n'ayant sans doute rien k redouter de la méchanceté du citoyen Pistache, peut-être, ai-je dit, ce jeune homme qui semble me plaindre, a-t-il une sœur, et m'accordera-t-il sa protection...

— Vous ne vous êtes pas trompée , mademoiselle! m'écriai je avec chaleur. Je

suis à vos ordres , et je ne demande qu'a me rendre digne, en la juslifiant, de la confiance que vous avez bien voulu mcUre en moi. Que faut-il faire?

— M'accompagner chez le citoyen Pistache 5 et me jurer sur votre honneur que

, vous répondrez de celui de ma famille.

— Je vous le jure au nom de mes sœurs, mademoiselle! m'écriai-je avec enthousiasme. Voici huit heures qui sonnent:

partons.

Pendant le long trajet que nous eûmes a parcourir avant d'arriver à la maison du citoyen Pistache, mademoiselle de R*** me raconta son histoire: elle était bien simple. Son père, le marquis de Pv^^*, confiant dans son innocence, dans îa vie re-

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