‹ Les étapes d'un volontaireChapitre 9 sur 23 · H6 LES ETAPES · texte numérisé non relu

H6 LES ETAPES

possible et probable qu'il ne pouvait en croire le témoignage de ses yeu\.

— Quoi ! ce n'est pas plus difficile que cela d'être brave et de tuer un homme ; s'ccria-il enfin en agitant son épée ensanglantée. Ah! Dieu du ciel! si je l'avais su plutôt, que d'humiliations, de lâchetés, d'angoisses et de frissons j'aurais évités!... A présent que je sais ce que vaut ma colère, malheur a celui qui me fera peur!... Eh! vous autres, citoyens, continua le mercier en s'enivraut a la pensée de son triomphe, vous avez ricané en voyant Scévola immolant mon pauvre Michaud, osez donc rire encore, et je vous cingle la figure avec le plat de mon épée !

L'exaltation a laquelle le mercier était en proie avait opéré une telle métamor-

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phosedans sa personne, qu'il n'était plus reconnaissable. Le bourgeois craintif el irrésolu avait disparu pour faire place, comme on disait alors, a un véritable crâne ; aussi les témoins de Scévola ne répondirent-ils pas a sa violente apostrophe : ils avaient peur.

Pendant les cinq a six minutes qui s'é^ laient écoulées depuis sa blessure, l'état de l'infortuné Michaud avait tellement empiré que quand Fontaine vint me retrouver, nous reculâmes devant l'idée de le transporter hJjras. Je m'éloignai donc aussitôt, et entrant dans la première maison que j'aperçus, j'empruntai un matelas ; puis, aidé de quelques curieux qui, a la vue de mon agitation et de mon (rouble, s'étaient mis a me suivre, nous déposâmes, FontainQ

et moi, le malheureux, moribond sur le malelas transformé en civière, et nous nous dirigeâmes vers sa demeure. Je ferai grâce au lecteur du désespoir et des sanglots de la drapière en apercevant le corps ensanglanté de son époux : toutefois, et quoique Michaud eût complètement perdu connaissance, elle ne put s'empêcher de lui adresser de violents reproches sur la légèreté de sa conduite. Après avoir reçu les remercîments de Fontaine qui m'assura qu'a l'avenir il ne se laisserait plus intimider et molester par les Scévola très communs à cette époque dans les cafés et les endroits publics, et qu'il saurait les mettre au pas, je me rendis au quartier.

Je regrette a présent de ne pouvoir apprendre au lecteur ce que devint Mi-

chaud, mais cela ne serait impossible, car je n'en entendis plus jamais parler : je pense, toutefois, qu'il dut, selon toutes les probabilités, succomber a sa blessure !

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