‹ Les étapes d'une classe au Petit séminaire de Québec, 1859-1868 [microforme]Chapitre 11 sur 36 · SECONDE · texte numérisé non relu

SECONDE

—Liste des 33 confrères sortis issants de 1865.— u Séminaire. —]es M. Cyril € professeur de Le eeeonde aires.—M. e seconde.— Retraite annuelle chée par le R. P. Braün, S. J.— Les dél de la Convention de Québec à l'Univer. sité Laval.—M. Taschereau et Mgr. Horau partent Rome.—M. Perrauc, sulpicien, prêche la retraite le vocation. —La Société Laval.—Un commencement d'incendie.—Incendie d'une pertie du Séminaire, — Le Conseil songe à rebâtir sur la Grande Allée, — Polémique des classiques.—MM. Vézina et Stremler uittent le Séminaire.—Le cours de Catéchisme, — Décès de Joseph Lajeunesse.—Une éclosion de petits ournaux.—Concert du 30 avril remis au 8 uin.— nuovation dans le mode desexamens. — Dist bution des prix : discours d'adieu par Langis, collation des dipl et sortie le 10 juillet.

À rentrée au bercail,en 1864,eut lieu le 5 septembre. Les vacances, cette fois, avaient

été raisonnablement longues. Le chômage scolaire s'impose sans doute, mais il n’est pas bon qu’il

dure trop longtemps.

Lorsque les écoliers, après dix mois d'absence,

retournent à la maison paternelle, les parents les revoient avec bonheur et les accueillent à bras ouverts. Il en est de même des professeurs qui ont la vocation de leur état. Ils soupirent après les vacances, parce qu’elles leur sont indispensables. Mais une fois retrempés, ils ne sont pas fàchés de voir se repeupler leur Séminaire qui, en juillet et août, est désert et muet comme une Catacombe. Ils sont même heureux de reprendre le harnais, de faire connaissance avec les élèves que la Providence leur envoie. Ils n'aiment rien ‘tant que façonner, comme dit Montaigne, « des têtes bien faites et bien pleines.» Ces deux qualificatifs, dans l’ordre où ils sont placés ici, résument tout leur programme. Façonner des têtes bien faites, c'est iaculquer le sens catholique jusque dans les moëlles, sans jamais se lasser. Ce sens catholique, les exercices religieux, les pratiques de piété ne peuvent ni le donner, ni le suppléer. Sans lui, les têtes, pleines tant que l’on voudra, font peu de bien et très souvent plus de mal que de bien.

Les professeurs qui s'efforcent de réaliser cet idéal, sont sûrs de former des chrétiens de race et, par là même, de bons citoyens. Ce sont des semeurs, catholiques avant tout, qui ne verront

peut-être pas à l'oeuvre les générations qu’ils ont l’honneur de pétrir, mais ils savent que « leurs noms brilleront pendant l'éternité comme les étoiles du firmament. » Cela leur suffit. Ils seraient certainement désappointés si les élèves ne se présentaient pas lorsqu'ils les attendent. Ces professeurs, il est facile de les distinguer, le jour même de la rentrée et, mieux encore, dans l’exercice de leur ministère.

Le local de la seconde, à cette époque, était audessus de celui dela troisième, et identique à ce dernier. C’est là que nous avons commencé, et que nous pensions terminer notre seconde, Mais l'incendie de mars 1865 nous força de déménager et de nous installer dans la salle de dessin, au-dessus du vestiaire de la Congrégation. Nous ne perdimes rien à l'échange, car le nouveau local était mieux éclairé et plus gai que l’ancien. En outre, il était suffisamment spacieux pour donner l’hospitalité à la classe de seconde, qui ne comptait plus que les trente-trois élèves suivants : Beaulieu, Ulric Bélanger, Belleau, F. Bernier, Blouin, Casault, Cimon, Darveau, Descombes, Desrochers, Désiel, Fortier, Fraser, Edm. Gauvreau, G. Garon, Gosselin, J.-E. Grondin, Guay, Huot, Labrecque, Ladrière, Laflamme, Laliberté,

Lemieux, S. Marmette, J.-B. Morissette, Elz.

Morissette, Paquet, A. Robitaille, G. de Saint- Georges, Serton, ]. Taché, Vaillancourt. :

Tous ceux que je viens de mentionner avaient fait ensemble leur troisième. Par conséquent, pour la première fois depuis le commencement de notre cours, nous ne recevions aucune recrue pour combler le déficit, qui était juste le dixième du nombre que nous étions dans la classe précédente. Ces confrères, que nous regrettions de ne plus voir au milieu de nous, étaient : F.-X. Drouin, Ed. Burroughs, Anselme Caron, Achille Fréchette, Jean Chaperon, Félix Couture, Joseph Hamel, Jos.-X. Lavoie, Paul Lavoie, Pierre Roy.

Drouin commençait— un an ou deux après— l'étude du droit, Bien qu’il ait tronqué ses humanités, il a tout de même réussi à briller au bar-

1. Les finissants de 1865 étaient : Alfred Bergeron, prêtre ; J.-O. Bourret, cultivateur ;J.-B. Bolduc, médecin ;: Narcisse Brunet ; Nap. Caron, prêtre ; Mathias Chouinard, avocat ; J.-B. Gilbert, instituteur ; Adolphe Godbout, prêtre ; Théodore Jobin, décédé élève en droit ; George Kane, avocat ; Thomas Kirwin, avocat 3 Joseph Lajeunesse : Louis Langis, prêtre : Antoine Larue, médecin ; Joseph Marcoux, notaire 3 Michael Purcell ; James Quinan, prêtre : Joseph Rainville, prêtre ; Ferdinand Roy ; Ephrem Turcotte ; Léon Vidal, avocat.

reau, puisqu'il a été « élevé Par le vote de ses

Pairs au sommet de son ordre. » Burroughs

n'a pas tardé—ce qui lui était facile—

d'entrer au bureau des Protonotaires de Qué-

bec, dont son père était l’un des titulaires. Fréchette est employé civil au Parlement d'Ottawa. Chaperon, après avoir été reçu notaire, exerça d’abord sa profession à Québec, puis à St-Georges, Beauce, où il est décédé en septembre 1907. Hamel n’a Pas terminé sa troisième. Sur l’invitation du professeur, il est parti un jour à la recherche de sa plume oubliée à la maison, et n’est jamais revenu. J-X. Lavoie est depuis long-

temps protonotaire de Percé. Paul Lavoie,à la

suite de je ne sais quel itinéraire, est devenu prêtre. Quant à Caron, Couture et Roy, j'igno-

re le sort qui a été leur partage.

De retour des Vacances, nous fümes vite au Courant de la composition du personnel des directeurs du Grand et du Petit Séminaire. Les mémes titulaires étaient aux mêmes postes, sauf M. Roussel, nommé directeur du Collège de Lévis, qui était encoré succursale du Séminaire de Québec. L'ancien professeur de quatrième, —]a nervosité faite homme, — méritait bien cette trans-

lation dans un milieu plus calme. I] fut rem-

Placé par M. Gonthier qui, l’année suivante, monta en troisième avec ses élèves, et quitta le Séminaire en 1866. M. Gonthier était le frère du R. P. Gonthier, dominicain. 11 est décédé subitement, étant curé de Sainte-Claire dans la maison même où il avait été appelé pour ter un paroissien malade.

Les premiers régents des deux salles, MM. Alexis Pelletier et Victor Légaré, avaient également été maintenus en office. Le premier avait Pour adjoints, à la salle des grands: MM. N. Laliberté, Constantin et Maguire; le second, MM. Wilbrod Couture, Cyrias Bérubé et Louis Gauthier. Tous—moins MM. Pelletier et Bérubé— sont morts depuis plusieurs années : et trois d'en-

tre eux, MM. Laliberté, Légaré et Couture sont disparus soudainement.

« Seconde ! A cet appel que jette, à la porte de la salle, une voix Sonore comme un clairon, les élèv-; de la nouvelle classe de belles-lettres sont

1. Pendant l’année scolaire 1864-1865, les prêtres agrégés étaient: MM. Taschereau, Gingras, Méthot, Laverdière, Audet, Adolphe Legaré, Hamel, Buteau, Cyrille Legaré, Roussel, Maingui et Beaudet.

Les prêtres auxiliaires étaient : MM. Baillargé, Brunet, $ ‘emler, Dumontier, F, Laliberté, D, Gonthier, B, Pa.

quet, Chandonnet, L.-H. Paquet, Victor Legaré, Vézina, Pelletier, Doherty et Bégin.

assis-

debout. Ils ont grandi de plusieurs pouces. Tout le monde a les Yeux sur eux—ils Je croient du moins—pendant qu'ils défilent en deux rangs par la porte du côté est, dans l’escalier qui descend à droite et dans es longs corridors du corps central et de l'aile nord-est, maintenant disparue de- Puis le grand incendie. C'est à l'extrémité, au bout du réfectoire, et au-dessus de Ja troisième que se tient la classe de seconde.

«La salle est bien sombre, presque aussi sombre que la Septième, de si triste mémoire. Mais On y voit plus clair à bien des points de vue. Les esprits se sont débrouillés, Les brumes se sont levées à l’horizon des intelligences, et les jours ensoleillés du printemps ont succédé au froid et sombre hiver. Ne dit-on pas: seconde fleurie, comme on dit Pâques fleuries ? Ici,en effet, le carême des grammaires grecque, latine, des conjugaisons, des déclinaisons, des éléments, des racines, des préceptes, de tous ces mets indigestes que l'intelligence ne s’assimile qu’à force de retenue et de Densums.. . Histoire moderne, poésie, éloquence: quel Champ à arroser et à cultiver ! quelles fleurs à cueillir !

«La seconde est une étape. On se sent fait homme, en Possession de la virilité intellectuelle.

On a sur les choses de l'intelligence de : v1:2s plus nettes, des ouvertures d'esprit qui permettent 4'apercevoir des horizons nouveaux, dont le mirage encore lointain séduit et attire. On s’y sent poussé par cette exubérance de vie, consciente de sa force, par cette ardeur de conquête qui brave l'effort, qui ne tient plus compte des difficultés <t des obstacles, mais au contraire les appelle et les provoque, comme l'enjeu d’une prise de possession convoitée,

«Jeunesse du cœur et jeunesse de l'esprit, Sœurs jumelles unies dans une destinée commune, ensemble éveillées au sentiment de la vie, attentives aux voix mystérieuses et enchanteresses qui vous appellent, prêtes à courir toutes les aventures dans votre désir de voir, de poursuivre et de posséder; qui peut dire tout ce qu'il faudra de prudence Pour vous guider à travers les écueils semés partout sur votre chemin ? Qui peut dire ce qu’il faudra d'intelligence et de discrétion pour tempérer vos ardeurs sans en éteindre le feu, pour régler vos aspirations sans en tarir la source ?

« Mais ces soucis pesaient légèrement sur les nouveaux élèves de seconde. Ils abordaient le Cœur alerte cette nouvelle phase de leur vie col-

légiale, et ne s’inquiétaient que de savoir quel ménage ils allaient faire avec leur nouveau professeur. M. Cyrille Légaré, qui devait plus tard être si intimement lié à Ja vie de la communauté comme directeur, n’était guère alors connu que de ses élèves. Depuis son retour de Paris, où il avait suivi le cours de littérature de l'Ecole des Carmes, il s'était tout donné à son enseignement, tout dévoué à sa classe, et était Peu répandu au dehors. On ne le connaissait que par l'attachement que ses élèves Professaient Pour lui, et par la réputation brillante que ses quelques années de profes- Sorat lui avaient acquise,

« Il eut vite fait de conquérir l'affection et l’estime de ses nouveaux élèves.

«Il était au physique d’une Correction parfaite, d’une mise toujours irréprochable, élégante même, sans recherche toutefois, ni afféterie : l’effet d’une répugnance naturelle Pour tout ce qui était commun ou vulgaire. Tout en lui, sa personne, ses manières, son langage, était d’un homme bien élevé, d'éducation soignée,

(Au moral, il était d’une délicatesse exquise, incapable d’un mot dur ou d’un reproche amer, Toute punition lui répugnait, Il s'étudiait à trouver chez l'élève le sentiment auquel il pou-

vait faire appel, et parlait tour à tour à sa raison, à sa sensibilité, à son ambition, évitant avec soin tout ce qui pouvait l’humilier et le diminuer dans sa propre estime.

« Il obtenait ainsi des résultats étonnants, et éveillait des ambitions et des bonnes volontés qui semblaient vouées à un assoupissement fatal.

« Tel était le sentiment qu’il cherchait à faire prévaloir dans ses rapports avec l'élève, qu'il estimait son mauvais vouloir comme un manque d’égards qu’il ne méritait pas.

«Aussi l'élève trouvait-il dans sa propre confusion le châtiment de sa négligence ou de sa faute,

« M. Légaré était pour les belles-lettres un professeur idéal. Il avait le secret de rendre ses classes attrayantes. On s’y rendait d’un pied léger, et on les voyait toujours finir avec regret. Convaincu de l'attrait naturel qu’offraient les matières qu’il avait à enseigner, il s’appliquait à y attacher ses élèves et à les leur faire aimer. Et à cela il mettait un art consommé et déployait des ressources aussi variées qu’ingénieuses. Abdiquant le rôle, le ton et l'autorité du professeur, il se faisait le compagnon de ses élèves dans leurs

pérégrinations littéraires et historiques, cueillait

avec soin les fleurs de poésie et d’éloquence, suivait avec eux la marche des événements et Ia transformation des idées dans le monde, s’indignait et s’enthousiasmait avec eux. Et c’est ainsi que, sans efforts, les faits saillants de l’histoire se gravaient dans la mémoire, le goût se formait et l'imagination trouvait son aliment.

« Deux années de séjour à l’Ecole des Carmes l'avaient familiarisé avec la vie intellectuelle et artistique de Paris, et on en retrouvait un peu Partout des souvenirsiet des impressions, dans la correction des devoirs, dans les exercices de mémoire, dans les leçons d'histoire et de littérature. On allait avec lui entendre à la Sorbonne une leçon d'un des maîtres autorisés de la critique, une harangue à la tribune, un discours de réception à l’Académie, ou à Notre-Dame, une de ces conférences qui faisaient accourir le tout Paris intellectuel. Fontainebleau et Saint-Cloud nous remémoraient les événements dont ils avaient été le théâtre. Versailles nous montrait ses jardins et ses palais. Saint-Denis ses tombes royales. Les Invalides nous racontaient avec leurs tro- Phées, l'épopée napoléonienne, tandis que Notre- Dame, la Sainte-Chapelle, la Madeleine rappelient ce que l’art avait accompli sous l'inspira-

tion de la foi chrétienne,

QIl avait vu et entendu les célébrités de la chaire, de la tribune et du Palais: Berryer, Montalembert, Lacordaire ; il avait recueilli les derniers échos des renommées retentissantes de Hu- 80 et de Lamartine, entendu les témoins oculaires des événements qui avaient signalé les époques troublées de 1830 et de 1848. Et cette vie qu'il avait vécue, ces hommes et ces choses qu'il avait vus, entendus et observés, c'était un livre ouvert, une réserve toujours disponible, pour varier la monotonie des classes et tenir l'attention constamment en éveil.

« La sollicitude de M. Légaré ne se bornait Pas aux matières de l'enseignement, 11 avait l’ambition de faire de ses élèves des jeunes gens bien élevés, de Continuer et de perfectionner leur éducation domestique, en leur enseignant, par ses leçons et son exemple, la correction dans le maintien, dans les manières et dans le langage.

« Esprit, du reste, toujours Ouvert, ennemi du suranné et de la routine, il était dans le mouvement de la jeune génération qui poussait à l’amélioration de la condition matérielle des étudiants, et qui obtint d’utiles réformes pour le bien-être et le confort de la vie du pensionnat.

« L'année s'écoula comme une belle journée de soleil, dont rien ne vient troubler la sérénité.

« Et elle eut un lendemain.

« Ce fut plutôt un prolongement. Car M. Légaré ayant été appelé à remplaçer M. Méthot, comme professeur de rhétorique, le passage de la seconde à la rhétorique s'opéra pour ainsi dire Sans transition, sans les iâtonnements obligés d’un débrt d'année académique, sans cette étude de physi-Acinies et ce travail d'observation de professeur à élèves el d'élèves à professeur, qui occupent les premiers jours d’une année qui commence. On se connaissait, Estime et confiance acquises d’un côté, affection et dévouement assurés de l’autre. Il n’y avait qu’à continuer la marche en avant, sous une direction éprouvée.

« Ce fut une année d’âpre labeur stimulé par le zèle du professeur, aiguillonné par la perspective des examens du: baccalauréat à subir, et l’ambition d'y faire bonne figure. Le résultat fut tout à l’honneur de M. Légaré et de son ensei-

&nement, puisque ses élèves occupaient les premiers rangs au concours.

« Si les finissants de 1868 avaient à refaire deux années de leur séjour au Séminaire, ils choi-

Siraient ces deux années-là. Ce furent les plus

belles. Et ils gardent un souvenir reconnais- Sant de la sollicitude et de l’intérêt dont ils ont été les objets, intérêt qui ne s’est jamais démenti, qui les a suivis, guidés et éclairés bien audelà du seuil de l'Alma mater. »

Si notre ancien Professeur pouvait lire ces li- &nes écrites par l’un de ses élèves favoris, il le Complimenterait une fois de plus. Elles seraient Pour lui—si besoin en était—[a justification de | ses préférences. |

qui, elles, ne manquent jamais à Ja nature humaine. Ainsi,

méritaient pas tant d’honneur ; croyait un peu trop à l'infaillibilité de ses lunettes. Ces infirmités, légères en soi, Prouvent, une fois de plus, ‘que personne n’est parfait.

M. Légaré démissionna en 1879, en même temps que son frère Adolphe, Il quitta le Séminaïre, où il avait espéré mourir après y avoir toujours vécu, avec des regrets qu’il est aisé de <oncevoir, Aimant le professorat, doué des aptitudes qui rendent la vie agréable dans une mai- Son d'éducation, ei Permettent d'y jouer un rôle, il était là dans son milieu naturel. M. Légaré ac-

Compagna son frère dans le ministère paroissial, et ne s'en sépara qu’en avril 188r, pour aller occuper la position de vicaire général.

Notre ancien professeur de seconde et de rhétorique est décédé en 1890, et dort son dernier sommeil sous le chœur de la basilique de Québec.

Septembre était l’un des mois les plus maussades, du moins pour les collégiens de mon temps. Le règlement n’était pas familier à tout le monde; les cercles d'amis n'étaient pas encore définitivement formés, les arrivées et les départs modifiaient sans cesse la physionomie de la communauté; en un mot, on ne se sentait pas parfaitement chez soi. Aussi, octobre était toujours le bienvenu, parce qu’il mettait fin à cet état de choses instable, et qu’il était le mois au cours duquel avait lieu la retraite annuelle. k

Celle de 1864-1865 commença juste un mois après la rentrée,et fut prêchée par le R. P. Braün, S. J., qui fut aussi le conférencier du Carême de 1865, à la chapelle du Séminaire. Les impressions de cette retraite étant complètement effacées, il m'est impossible de dire si le prédicateur fut persona grata à son auditoire. I] fut probablement plus goûté par les élèves des clas-

ses supérieures que par les tout jeunes. I] 1. avait pas le défaut de Planer trop haut, mais il fallait sûrement de l’âge, du jugement et du savoir Pour l’apprécier à sa juste valeur. J ai encore gravée dans les yeux « cette figure bossuée, dure comme les montagnes de son Alsace, » sur laquelle était greffé un nez trop massif et mal modelé. Ï1 n'avait ni la voix ni le geste de l’orateur, le ton de sa diction était monotone. Cependant il possédait les qualités essentielles de l’orateur sacré : l'élévation, la force. Théologien sûr et docte, apôtre dans l’âme, il s’imposait à l'attention de Son auditoire ; ce n’est Pas assez dire, il fallait l’écouter bon gré mal gré, faire route avec lui et, par-dessus le marché, adopter ses conclusions. Après avoir brièvement et nettement énoncé les points qu'il se proposait de démontrer, :! pi-

quait droit au but avec une incomparable liberté

apostolique, accumulant les arguments, alignant les objections pour les mitrailler ensuite sans pitié,

Peu à peu sa thèse émergeait des ombres, était mi-

se en pleine lumière, et ralliait l’assentiment géné-

ral.

C'est ainsi que le Père Braün nous apparaissait dans la chaire de Notre-Dame de Québec,

pendant les carèmes de 1863-1864 et de 1864-

1865. L'Eglise et le Mariage chrétien furent les deux sujets traités dans ces conférences.

Il me semble encore l'entendre dénoncer certains principes de Pothier, sur le mariage : « Quel dommage, disait-il, que ce bon monsieur Pothier ne fut pas présent au Concile de Trente pour ajouter ses lumières aux lumières du Saint-Esprit !» Ces remarques à l'adresse du grand jurisconsulte ne Plaisaient guère au président de la Cour d'appel, le juge Duval. La po- Sition du banc alors réservé aux juges, immédiatement en arrière dés banquettes des écoliers, Perinettait de l'entendre &rommeier, Le P. Braün le soupçonnait peut-être;car il scandait ces remarques encore plus énergiquement. L'ami François Cinq-Mars l'écoutait si religieusement, qu’il savait par cœur plusieurs Passages semblables à celui que je viens de citer, et les débitait en imitant passablement bien l'accent et les intonations du célèbre conférencier.

Octobre nous Procura une autre distraction, mais d’un genre tout différent. On nous informa, quelques jours après la retraite, que l’Université Laval allait recevoir la visite d’un groupe de conspirateurs politiques, qui rêvaient de changer la constitution de leur pays. Il n’en fallut

Pas davantage Pour piquer notre curiosité et nous

faire soupirer après le quantième fixé pour la ré.

Principaux hommes politiques des quatre plus anciennes provinces du Canada actuel. Ils portaient les noms—maintenant historiques—de Cartier, McDonald, Taché, Tilley, Tupper, Langevin, etc. Le mariage forcé du Haut et du Bas-Canada Menaçait d'aboutir au divorce, et ils s'étaient réunis à Québec pour préparer de nouvelles alliances et jeter les bases du régime politique sous lequel nous vivons depuis 1867. Ces architectes de la Confédération canadienne n’ont pas trop mal réussi, bien que leur Œuvre ne soit pas parfaite, Le Canada à prodigieusement Progressé depuis cette époque, et déjà l'Histoire ne les désigne plus que sous le nom de « Pères de la Confédération. » Ces hommes, dont quelques-uns étaient doués d’un véritable génie politique, furent rêçus solennellement par l’Université Laval, le 20 octobre, et le recteur, M. Taschereau, Jut une adresse de bienvenue à laquelle répondit brièvement l'un des délégués.

Deux mois plus tard, le 21 décembre, notre su-

Périeur prenait le chemin de Rome en compagnie

de Mgr Horan, évêque de Kingston et ancien prétre du Séminaire de Québec. Ce jour-là, il dit la messe de communauté, et le soir, à six heures, prêtres, séminaristes, écoliers et domestiques étaient réunis dans l’ancienne chapelle pour réciter l'itinéraire avec les délégués. M. Gingras, assistant-supérieur, remplaça M. Taschereau qui ne fut de retour que le premier de mai. Rome décida qu'il :’était pas opportun de fonder une université à Montréal. Mais ce que les esprits désintéressés ont toujours prévu et prédit a cependant fini par se réaliser. Montréal n’a jamais accepté comme définitives les décisions de Rome en cette matière ; et après avoir, une quinzaine d'années durant, agité cette question, il a obtenu le privilège de posséder une succursale de l’Université Laval, moralement subordonnée à la première. Ces deux foyers universitaires comptent une nombreuse clientèle rivalisent d’émulation et exercent de concert leur bienfaisante action, l’un dans notre capitale politique et l’autre dans notre capitale commerciale.

L'année 1864 se termina par la retraite de vocation, qui eut lieu entre Noël et le Jour de l'An. M. Perraud, que le Petit Séminaire avait tant goûté l’année précédente, en fut le prédicateur.

L'hiver de 1865 fut uniforme et engourdi méme. On ne s’écarta Pas du cérémonial accoutumé, d’un seul iota. La vie circulait dans tous les rangs de la communauté, mais moins intense et moins bruyante. Personne n'oubliait que le père de la famille était absent. Le seul fait à noter, c'est que la Société Laval,sous la présidence d’Adrien Papineau, siégea sans éprouver de bourrasques et fit de la bonne besogne. Champlain et Frontenac furent d’abord traduits à son tribunal et défendus, le premier, par M. F.-X. Cosselin, actuellement curé de Lévis; le second, par Decelles, bibliothécaire du Parlement d'Ottawa. Le verdict rendu, elle fit immédiatement comparaître Henri IV, Louis XIV ; puis, avant la proro{ 4 Georges Côté fut appelé à la présidence.

Les derniers mois de l’année scolaire furent plus mouvementés—trop même. Février allait mourir comme il avait vécu, lorsque le dortoir des servants de messe, situé au-dessous du Grand Séminaire, faillit flamber. Heureusement, au moment où le foyer,probablement allumé par une main criminelle, prenait une allure menaçante, M. Ferdinand Laliberté, qui s’adonnait à passer, le maïitrisa en un clin d'œil et prévint ainsi un

désastre probable. Cette diabolique tentative, qui fut trop vite oubliée, allait être renouvelée un mois plus tard. Cette fois, il était écrit qu’une aile entière du Séminaire serait réduite en cendres. Le foyer de l'incendie fut installé à l'extrémité est de l’aile qui aboutissait à l’Université. Là, le feu pouvait couver sans être dérangé, jusqu’au moment où il serait prêt à fondre sur sa proie. * Son nid,—juste au pied d’escaliers superposés, et reliant le soubassement aux mansardes,—facilitait son ascension aux différents étages. Cet itinéraire était si naturel qu’il le suivit de point en point, comme un être intelligent. La date même de la conflagration semblait avoir été calculée. La veille, les écoliers avaient fait la toilette de leur âme et de leur Corps, car il devait y avoir communion générale, à l’occasion de lAnnonciation qui, cette année-là, tombait un samedi. On désirait peut-être, si le feu faisait des victimes, prévenir un mal irréparable, la perte des âmes. Quoiqu'il en soit, lorsque l'incendie fut signalé vers minuit et demi, la fumée commençait à envahir le premier et le second étage. Les vingt servants de messe, dont le dortoir était au premier,purent--grâce à Sexton--déménager à temps. Nous crûmes entendre la trompette du jugement

dernier, me disait lun d'eux. Ceux qui ont connu ce confrè-e savent que cette comparaison n'est guère exagérée. Il possédait, en effet, un timbre qui était une espèce de: « Tuba mirum Spargens sonum.» Les élèves du Grand Séminaire, dont les cellules étaient au second, faillirent être asphyxiés dans leur fuite, Leur directeur, M. Buteau, ne put même échapper à une mort certaine qu’en sautant d’une hauteur de quinze pieds.

Il restait encore à ravir aux flammes les quatre-vingts élèves entassés dans le dortoir qui était au-dessus du Grand Séminaire. Eveillés par les cris et les clameurs dont l'écho arrivait jusqu’à leurs oreilles, ils étaient debout, fiévreux, attendant impatiemment Je signal du départ. Déjà nous étions à demi-prisonniers, avec la perspective de dégringoler tous vivants au fond de la fournaise allumée sous nos pieds, si l’on temporisait davantage. La sortie habituelle était bouchée par une fumée opaque, à tel point que Kirwin, mort élève en droit, dût rebrousser chemin après avoir tenté de s'échapper par cette issue. Heureusement, il y avait à l’autre bout du dortoir une porte donnant sur un escalier tortueux, large seulement d’une vingtaine de Pouces, et aboutis-

Sant au pied de l'hôtel des parfums. Il fut notre sauveur. Le surveillant de notre dortoir, M. Alexis Pelletier, qui avait en sa possession la clef de cette Porte, conscient enfin de notre périlleuse position, se décida à user du pouvoir des clefs, et nous commençämes à défiler à la queue leu leu, en parfait ordre. M. Hamel avait pensé à nous, et nous le rencontrâmes au pied de l’es- Calier, nous dévorant des yeux, et demandant à chaque élève s’il était bien le dernier. I] monta lorsque nous fûmes descendus, appela à Plusieurs reprises,et personne ne répondant,il ferma la porte de fer. . Dix minutes après, la fuinée envahissait le dortoir, et bientôt il n’était plus

qu’un brasier ardent. La plupart des écoliers

étaient descendus endimanchés, sauf Eugène Lé-

Pine, de Montmagny, qui, s'imaginant qu'on vou-

lait nous utiliser comme Pompiers, serra soigneu-

sement son meilleur capot au fond de sa valise et endossa celui des féries. La mésaventure du con frère nous amusa beaucoup.

Jusque là nous n'avions qu’une idée confuse de ce qui se pässait. Mais lorsque neus fûmes descendus, nous comprimes le danger auquel nous venions d'échapper. L'aile où avait originé l'incendie n'était plus qu’une immense four-

maise. Tout ce qu’elle ren fermait—bibliothèque, meubles, lits, lingerie—était consumé. Il ne restait plus que les pans de l'édifice, auxquels se <ramponnaient quelques lambeaux de ferblanc, &igotant comme des pendus, et gémissant au souffle du vent, comme si Jes flammes continuaient à les lécher. Enivré Par ce premier succès, le feu sauta immédiatement sur la croupe de l’aile centrale; mais rendu au clocher, il fut noyé au moment où il achevait de découronner cette partie de l'édifice et de carboniser le deuxième étage. Les dommages matériels étaient considérables, mais du moins, Personne ne manquait à l'appel. Nos anges gardiens nous avaient conduits, comme par la main, hors de cette prison de feu.1 Les ecclésiastiques reçurent l’hospitalité à l’archevéché, et les écoliers, après avoir erré le reste de la nuit, dans les corridors et les cours du Séminaire, s’envolèrent au point du jour comme des moineaux dont on a saccagé les nids. Ils comptaient bien qu’on ne Sonnerait pas le rappel avant Pâques ou la Trinité, mais le charme de cette illusion fut vite rompu. La cuisine dont le Père Blais avait alors l’intendance, étant intacte,

1. La seule perte de vie fut celle de Dache, ce bon <hien que tout le monde aimait,

il ne manquait, en définitive, qu’un réfectoire et un dortoir qu'il était facile d'installer à l'Université. De cette façon, tout était immédiatement remis au point, et la vie de la communauté n'était pas un instant Suspendue. C'est ce que décida le Conseil du Séminaire, et, le lendemain, les curés des Paroisses de la ville annon- Saient au prône que les classes ne seraient pas interrompues, Au bout de huit jours, grâce à Ja générosité des citoyens de Québec, le trousseaur des écoliers peu fortunés était renouvelé, les cadres de chaque classe étaient refaits, et le Petit Séminaire avait repris son train de vie accoutu-

mé. La partie incendiée de l'aile centrale fut

immédiatement reconstruite, et le 20 mai, le ré-

fectoire et le dortoir universitaires étaient éva-

cués, et nous rentrions de ROuveau dans nos meu-

bles. Le réfectoire de Ja Première salle était ins-

tallé dans l’ancien Saint-Ferréol, et celui de la

deuxième, dans l’ancienne salle de récréation des ecclésiastiques. Le nouveau dortoir, comme ses ainés, était sous les combles.

Le Conseil songea sérieusement à transporter les pénates du Séminaire en dehors du corset de murailles qui enserre Québec,et à rebâtir en face de l’Asile Ste-Brigitte, sur un terrain dont il est

encore le propriétaire à l'exception d’une lisière cédée aux Dominicains. Cette grosse question fut étudiée et discutée; plusieurs prêtres crayonnèrent les plans d’un nouveau séminaire—nullement Caserne—tel que bon nombre le rêvaient déjà. Il ne devait cependant exister que sur le pa- Pier. La majorité opina d’abord pour la translation, puis finit Par décider le maintien du statu guo. Elle n’avait Pas tout à fait tort, étant donné le Québec de cette époque ; mais la minorité, ayant probablement la vision de l'avenir, avait raison. Si, aujourd’hui que la vieille capitale possède un réseau complet de tramways, le Séminaire se retrouvait dans la même Position qu’au lendemain de la conflagration d 1865, il n’hésiterait guère à aller s’asseoi- ur le site enchanteur de la Grande Allée, où se “êtres et ses écoliers goüteraient l'air, la lurmére, la verdure et le silence des bocages.

Les épreuves du Séminaire n'étaient Pas finies. Après la catastrophe que je viens de relater, il traversa une crise encore plus douloureuse, Provoquée par la «querelle des classiques. »

Comme la plupart des polémiques, celle-ci fut Orageuse, très personnelle, et menaça de s’éterniser.

Cette campagne fut attristante, parce que les belligérants de l'avant-garde étaient des frères, vivant sous le même toit, associés à la même œuvre, poursuivant la même fin, également sincères, que l'on vit se fusiller mutuellement sous les Yeux du public. On sait, en effet, que les pseudonymes ne sont Pas longtemps un secret.Sous le rapport de la discrétion, bien des hommes sont femmes. De part et d'autre, il y eut des excès de plume et de Paroles. L'impression pénible était si naturelle que de jeunes écoliers, alors au milieu de leur cours; l’éprouvaient chaque fois que le « Journal de Québec, » et le « Courrier du Canada» leur apportaient une correspondance sur ce sujet. Le premier était l'organe officieux des « païens, » le second, la tribune des « chrétiens.» C’est ainsi que les deux camps, composés de catholiques Pourtant tous orthodoxes, avaient été baptisés.

Cette polémique ne fut Pas seulement attristante, mais regrettable dans ses conséquences.

Elle fit éclater dans le « Bloc clérical » une fissure qui n’a cessé de s'élargir ; elle priva le Séminaire d’un groupe d'éducateurs qui lui faisaient honneur. Notre ancien professeur de cinquième, M. D, Vézina l'un des plus ardents réfor-

raistes, quitta son Poste au milieu d'avril pour le vicariat de St-Nicolas, et M. Stremlet fit ses adieux au Séminaire le 24 juin. Leurs amis, MM. Buteau, Ferdinand Laliberté, D. Gonthier, Alexis Pelletier, les suivirent aussitôt qu’il fut possible de se dispenser de leurs services. Le curé de Saint-Nicolas, M. Baillargeon, qui sympathisait avec le Camp des « païens », n’était pas sans appréhension en Pensant au tête-à-tête inévitable avec son nouveau vicaire. Tout de même, il l’accueillit Courtoisement et Paternellement. La Conversation ne sortit pas d’abord du champ des lieux communs, mais, ‘un bon jour, ennujée de tourner dans le même cercle, elle tomba sur la question à l’o:dre du jour. M. Vézina put à loisir Préciser la thèse en suspicion, en faire lhistorique et en démontrer la justesse, si bien, qu’au bout de quelques mois, le curé païen était devenu un fervent chrétien. On dit que l'archevêque de Québec, apprenant cette conversion classique, laissa échapper cette exclamation : « Eh bien ! M. Vézina a réussi à embêter mon frère. »

Si je suis bien renseigné,les réformistes ne prétendaient pas ostraciser les classiques païens ;:mais ils sollicitaient l'inscription exclusive des meilleurs classiques chrétiens au Programme des étu-

mm

| Sur un pied d'égalité avec les matières profanes,

des, jusqu’à la quatrième inclusivement ;puis,après la quatrième, l'étude simultanée des classiques Chrétiens et païens, parfaitement expurgés,. tout en réservant aux premiers la place d'honneur. Ce desideratum était si peu déraisonnable, si peu révolutionnaire, qu'après avoir perdu ses parrains durant la tempête il trouva grâce ‘ans une certaine mesure auprès de ceux-là mêmes qui l’avaient d’abord accueilli comme un «pelé,un galeux.» Son Plus grand tort fut de ne Pas se présenter directement aux Directeurs du Séminaire, ses titres en mains, et de ne pas attendre patiémment son passeport, car les évolutions des maisons d'éducation sont lentes, comme celles de tous les corps qui vivent de traditions. Cette procédure,la seule régulière en Pareille occurrence à mon humble sens du moins, dégageait la responsabilité des âmes inquiètes à tort ou à raison; éveillait l'attention de l'autorité, chargée. de juger en dernier ressort ; permettait de consulter le Saint-Esprit, presque toujours oublié dans les polémiques, et assurait une solution pacifique;qui serait probablement venue en son temps.

Il aurait mieux valu plaider d'abord la réforme de l’enseignement religieux, qui n'était pas

Préoccupaient Pas tous, suffisam-

e également de se bien Préparer et de Savoir intéresser, Les vrais catéchistes sont plus rares que l’on ne pen- Se. J'ai connu des prédicateurs qui n'étaient pas sans valeur, de brillants cau- SeurS qui n'ont jamais été que des catéchistes insipides et incolores. Ainsi, tous ceux qui ont eu des relations avec M. Octave Audet se rappellent qu’il Conversait parfaitement. Eh bien! <omme catéchiste, il était de la famille que je viens de mentionner. Cependant, le mañüet.

officiel, alors en usage, était le catéchisme de

» une mine qu’il suffisait de savoir exploi- | ter pour intéresser. La résultante, c'est que les | élèves s'ennuyaient à Mourir, se rendaient au | COUrS sans avoir ouvert leur Gaume, et naturel. lement en payaient Ja façon si, ce qui arrivait!

quelquefois , M. Audet était remplacé par M.

Taschereau. Alors,malheur à ceux qui étaient interrogés et incapables de répondre ! Elzéar Dé- Ty, actuellement Recorder de Québec, et Octave Simard, ancien prêtre du diocèse de Rimouski, en firent l’expérience un bon dimanche, Muets comme je l'aurais été à leur place, ces deux élèves de philosophie senior furent punis comme de simples bambins. Nous ignorons si les écoliers actuels sont, sur ce point, plus irréprochables que nous; mais s'ils ne l’étaient pas davantage, ils seraient moins excusables, car l’enseignement religieux est aujourd’hui sur un pied d’égalité avec les autres matières.

Les élèves de philosophie senior perdirent, le 18 avril 1865, un condisciple qu'ils avaient raison de pleurer. Ils n’étaient pas seuls à le regretter, car Joseph Lajeunesse jouissait de l’estime de tous ses confrères. Il était même ce qu’on appelle un écolier populaire et, de plus, l’un des mieux doués d’une classe qui comptait plusieurs brillants élèves. 11 fut emporté par la consomption, maladie à laquelle, quelques années plus tard, succombèrent trois ou quatre de ses camarades de classe. Amateur de musique vocale et instrumentale, il s’y adonna trop passionné-

ment, et, à l’âge de 22 ans, ses poumons étaient complètement usés. Ea levée du corps, présidée par M. Hamel, eut lieu—le 20—à Ja pension Lefrançois, au pied de la Côte du Palais, où était décédé notre confrère; les porteurs des coins du Poële étaient F.-X. Gosselin et Honoré Labrecque, ses Cousins-germains, et Alfred Bergeron et L.-J. Langis, Compagnons de classe du défunt. Le service fut chanté à la Cathédrale par M. Audet, directeur du Petit Séminaire, assisté de MM.

Nap. Laliberté et J-J. Graham; et les prières de l’absoute furent dites par M. Honoré Laverdière. Après le service qui fut très solennel, grâce au curé de Notre-Dame de Québec, M. Auclair, qui avait accordé l'usage gratuit de l’orgue, les restes mortels de Lajeunesse furent inhumés au cimetière Saint-Charles.

Les premiers jours de mai 1865 furent "signalés par une pluie de petits journaux, format in-12, écrits à la main et fondés par des écoliers, Le seul capital indispensable était une plume, de l'encre et du papier. Comme le journaliste a, de plus, l'avantage de pouvoir parler sans rien savoir, il leur naissait de nouveaux frères tous les soirs, et le Petit

Séminaire, menacé d’une guerre civile à brève é-

chéance, n'échappa à ce danger que par l’énergique intervention de l’autorité. Quelques-uns de ces journaux étaient assez spirituels, d’autres ne l'étaient point du tout ; mais tous étaient personnels à des degrés divers. C’est dire qu'ils ne ressemblaient nullement à la défunte Abeille, publiée pendant notre cours, du 14 septembre 1859 au 6 juillet 1860; du 25 octobre 1860 au 9 juiilet 1861 ; et du 31 décembre 1861 au 8 juiliet 1862. Le dernier-né vint au monde le lendemain même de l’édit de proscription. Les fondateurs n’avaient pas eu l’héroïsme de renoncer aux joies de cette paternité. Il avait pour titre, l’Aspic; pour éditeur, Basile Desrochers; pour rédacteur, Isidore Belleau. Sans piquer aussi cruellement que son homonyme, il n'était pas tendre, et le rédacteur dut manœuvrer plusieurs jours, avec beaucoup de circonspection, pour éviter Kirwin, bien déterminé à riposter autrement qu’à coups de plume. Le coup de poing était l’argument favori de ce bouillant confrère, sans acception des personnes. Ainsi, il lui arriva un jour de frapper en pleine figure un compatriote—son maître de salle en même temps—et qu’il estimait pourtant.

Il faut bien admettre que nous étions parfois

incommodes, et beaucoup trop i Quelques jours après cet incident,

ves de la même classe refusaient, Sous un prét,

exte quelconque, de faire la lecà leur tour. Ils

Cette revue ne p de jours.

membres seulement. De cette façon, les interrogateurs pouvaient poser un plus grand nombre de questions, mieux constater le niveau intellectuel des élèves, et la corvée ne durait plus qu’une journée. L'expérience réussit si bien que personne n’osa pleurer la brèche faite à la routine. Les examens terminés,nous passâmes le temps à soupirer après les vacances. La sortie, en 1865, eüt lieu le 10 juillet. La messe de communauté fut dite par M. Nantel, du Séminaire de Sainte- Thérèse, et le chantre de la circonstance fut Adolphe Godbout, doyen de la première salle. La distribution solennelle des prix se fit dans l’aprèsmidi, suivant le cérémonial accoutumé. Le palmarès fut lu par Henri Delagrave et Rodolphe Tanguay; le discours d'adieu, auquel répondit brièvement M. Taschereau, fut prononcé par L.- J. Langis, lauréat du prix du prince de Galles, aujourd’hui curé dans le diocèse de Rimouski. La collation des diplômes universitaires suivit immédiatement. M. Méthot fit l'éloge de l'abbé J.-B. Ferland, décédé en janvier de la même année, et Alphonse Hébert, élève en médecine, fut promu au doctorat. Il eut, en cette circonstance, un lapsus linguae qui lui fit répondre: promisso au

lieu de promitto. Puis, nous allâmes chanter le Te Deum à la cathédrale, et quelques heures

après, le Séminaire était désert.

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