a villa Maizerets a été ainsi baptisée le 7 mars
que d’électeurs. Lorsque les harangues furent terminées, la balance semblait pencher en faveur du candidat jibéral. Les cabaleurs du candidat Conservateur, apeurés, s’empressèrent de distri: buer aux électeurs de la deuxième salle quelques barils de Pommes,qui produisirent un effet magique. Les adversaires, trop confiants, ne firent Pas suffisamment Ja police, et Laliberté fut élu Par une forte majorité. Ce fait démontre bien que les élections «n'ont jamais été faites avec des prières,» Comme le disait ingénäment un politicien expérimenté. Ilner
cette
Prononçer la formule officielle, il fut enveloppé sans s’en apercevoir, et Apollinaire Gingras, élève de rhétorique, saisissant fièvreusement Ja ira et se la glissa sans scru- Depuis, Parait-il, il a beau-
la Canardière furent défranchisés et le sont encore. Il y a longtémps qu’il n’y aurait plus ni électeurs, ni élus, si les transgressions de la loi électorale étaient aussi sévèrement vengées.
La célébration de la fête nationale eut été impossible au lendemain de cette bataille électorale. Mais la température des esprits baissa aussi vite qu'elle était montée, et lorsque le 24 juin arriva, les élèves rivalisèrent d'émulation pour faire aussi bien que les années précédentes. Dans l’après-midi il y eut, comme à l'ordinaire, banquet à Maizerets, et discowrs par Edouard Labrecque, James Sexton et Frs. Rinfret. Pour être aoplaudi, il suffisait de citer, au moment psychologique, certains noms historiques, et de leur décerner le titre enviable de sauveurs de la patrie. Aussi, on n’y manquait jamais. Les trois orateurs du 24 juin 1867 sont depuis longtemps disparus de la scène : Labrecque est décédé en 1870; Sexton et Rinfret en 1885. Ce dernier commençait à être remarqué au barreau de Montréal, lorsque la maladie s’acharna sur lui et brisa sa carrière. Il était déjà trop tard quand il alla demander au Cap-Santé, sa paroisse natale, un repos que sa nature frèle et délicate réclamait depuis quelques années.
Le banquet de la fête nationale fut suivi, à quelques jours d'intervalle, d’un second banquet, politique au sens large du mot. Cependant personne n'en prit ombrage. Il eut lieu le premier de juillet. Ce jour-là, « l’Union du Haut et du Bas Canada » avait pris fin, et le régime de la Confédération était officiellement inauguré. Les hommes d’Etat, reçus par l’Université Laval en 1864, avaient réussi à mener à bonne fin la tiche colossale de doter leur P. ‘1’une nouvelle constitution. Le banquet de Maizerets avait été organisé pour commémorer cet événement, et rendre hommage à ceux que l’on appelle maintenant les « Pères de la Confédération canadienne. » Les discours furent prononcés par Belleau, sd. Labrecque et M. Taschereau. Belleau, parent du premier lieutenant-gouverneur de la province de Québec, qui, de plus, a été l’un des artisans du nouvel édifice politique, parla le premier. Après avoir fait le procès du régime de « l’Union, » et fait remarquer qu’il menaçait d'aboutir à la guerre civile, il fit l'éloge des hommes qui avaient prévenu cette crise finale. Labrecque, qui rêvait déjà de représenter Montmorency au Parlement de Québec, fit ressortir les avantages de cette confédération de Provinces, dont chacune gardait
son autonomie et la jouissance de ses droits et privilèges. Le discours de M. Taschereau cauronna le banquet. Contempc'ain de la plupart des Pères de la Confédération, il fut facile à l’ancien recteur de Laval d’intéresser son auditoire. Il termina en nous recommandant d’aimer notre commune patrie, et de nous préparer à la bien servir.
La date du banquet que nous venons de mentionner indique que la dernière saison de l’année scolaire touchait à sa fin. Une semaine plus tard, le 8 juillet, avait lieu la distribution des prix. Le «palmarès » fut lu par Apollinaire Gingras et Narcisse Proulx, élèves de rhétorique. Ce dernier était certaine-ent l’écolier le plus original et le plus spirituel de ce temps. Il m'a souvent exprimé le regret de s'être égaré dans le service civil, dont il a dû rester le prisonnier jusqu’à la fin de sa carrière. Ce contemporain de collège, que j'ai beaucoup fréquenté après sa sortie, et dont je suis heureux de rappeler le souvenir, est décédé subitement en avril 1902, au moment de partir pour le Département des Terres de la Couronne dont il était le régistraire.
Le discours de fin d’année fut prononcé par Prosper Vincent, entré au Petit Séminaire en
1855. Le lendemain, jour de la sortie, il chanta le cantique d'adieu dont les deux strophes se lisent comme suit :
Jeunes amis, que 1 tendresse Unissait des nœuds les plus doux, Nous avons appris la sagesse :
Il en est temps, séparons-nous.
On va cesser de nous instruire, Il le faut donc, séparons-nous, f-parons-nous, séparons-nous ; Mais sans lasser de nous redire:
Méprisons tous, méprisons tous, Un monde trompeur et jaloux.
Pour les bienfaits inestimables Dont Dieu a daigné nous combler, Une ardeur, un amour durables, C'est là le prix qu’il faut donner.
Que notre cœur s'offre sans cesse, Et répétons à tout instant :
Je suis content, je suis content, e Jésus m’accorde sa tendresse ; Je suis content, je suis content, Je veux vivre en le bénissant.
Quoiqu'il en soit de la valeur intrinsèque de ce bon vieux cantique, il avait le don de nous impressionner très fortement. Nous aimions l’entendre, et on nous aurait peiné en le supprimant, ou en le laissant supplanter par un autre plus moderne. Emu jusqu'aux larmes,attristé d’être pour la dernière fois le chantre attitré de la communauté, Vincent ne chanta jamais avec plus d'âme, ni mieux non plus. Coïncidence qui mérite d’étre notée ! Ce cantique d'adieu avait été chanté, dans une circonstance analogue, par Vincent Vincent, l’un des finissants de 1804, grand oncle de Prosper, et connu dans la tribu huronne sous le nom de Saseno::
Au sortir de la messe chacun reprit ia liberté qu’il avait abdiquée le 3 septembre 1866, et s’empressa d’aller remplir, au sein de la famille, la
place vacante depuis dix mois.
1. Les finissants de 1804 étaint : Antoine Parent, Antoine Gagnon, René-Flavien Lajus, Ls. Raley, Barthélé. my Fortin, tous prêtres : Jacques Leblond, avocat ; Le. Joseph Papineau, le tribun populaire ; Vincent Vincent Michael Borne, médecin à Jacques Labrie, médecin,
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