‹ Les étapes d'une classe au Petit séminaire de Québec, 1859-1868 [microforme]Chapitre 17 sur 36 · Il est né à S. Roch, Québec, le 14 octobre · texte numérisé non relu

Il est né à S. Roch, Québec, le 14 octobre

pas les mêmes bonnes raisons de gagner du temps. Admis à l'étude de la médecine en 1867, licencié et reçu médecin en 1871, il pratiqua d’abord à St-Gervais, comté de Bellechasse. Le rer octobre 1872, il épousait Mlle Marie-Louise Gautron-Larochelle, et, en 1873, il allait se fixer à St-Anselme, comté de Dorchester. Vaillancourt a représenté ce comté aux Communes du Canada, de 1891 à 1896. Il brigua de nouveau les suffrages de ses électeurs, aux élections générales de 1896, mais il fut battu. Il était pourtant digne d’un meilleur sort, puisqu'il avait suivi la direction de l’épiscopat de la Province de Québec au sujet de la loi rémédiatrice. Ce camarade vient d’être nommé régistrateur du comté de Dorchester.

Numériquement parlant, le départ de Marmette et Vaillancourt ne changeait pas grand chose, car il nous était arrivé un confrère—qui n'était pas un étranger pour nous—puisqu'il aurait dû fi- &urer parmi les finissants de 1867. Après s'être attardé un an, Réal Guénard s'était ressaisi, et revenait terminer son cours classique.

Professeurs, régents et autres furent presque tous maintenus dans les mêmes positions pen- T1. Né à S. Roch, Québec, le 20 mars 1848,

on —

dant l’année 1867-1868. Les rares changements qui eurent lieu furent nécessités par les vacances qu’il fallait bien remplir. Le cours de philoso phie étant de nouveau sans titulaire, M. Taschereau dut s’en charger ; M. Sansfaçon remplaça M. Hamel, comme professeur de mathématiques, M.

Girard, ancien curé de Notre-Dame du Portage, passa de la huitième à la septième; M. Dionne, maintenant bibliothécaire du Parlement de Québec, fut chargé de la huitième ; M. Placide Beaudet, de la neuvième ; M. Louis Beaudet fut nommé préfet des études ; M. Victor Légaré, tout en restant assistant-directeur des écoliers, recueillit la succession de M. Baillargé; M. Bergeron, ancien curé de St-Gervais, devint premier régent de la deuxième salle, et M. Adolphe Godbout, premier régent de la première salle. Les régents auxiliaires étaient: MM. James Quinan, du diocèse d’Arichat, Théophile Houde, Philéas Lessard, Prosper Vincent, Joseph Marquis, Léon Morissette.:

1. Pendant l’année scolaire 1867-1868, les prêtres agrégés étaient : MM. Taschereau, Méthot, Laverdière, Audet, A.-J.-J. Légaré, C. Légaré, Hamel, Roussel, Maingui, Beaudet, B. Paquet, L.-A. Paquet, Victor Légaré.

Les prêtres auxiliaires étaient : MM. Baillargé, Brunet, Hoffman, Doherty, Bégin, Laliberté, Girard.

La retraite de M. Baillargé, ou du Père Baillargé, comme on l’appelait affectueusement, fit sensation dans le monde écolier. Nous avions toujours pensé qu'il mourrait au poste qu’il occupait depuis 1848. Il était familirr avec les moindres détails de son département, qu’il dirigeait sans préoccupations fatigantes. Son calendrier culinaire, invariablement le même tous les ans, était tellement simplifié qu’il le savait par coeur. Sans le consulter, il pouvait détailler le menu des trois repas de n'importe quel jour, ou de n'importe quelle fête. Chaque jour de la semaine, en effet, chaque fête suivant son rite, et cela depuis un temps immémorial avait son plat traditionnel, Celui du lundi, du mardi, du mercredi, etc., revenait, avec une régularité astronomique, tous les lundis, mardis et mercredis de l’année. Ainsi on nous servait du lièvre le mardi gras, de l’anguille le Vendredi-saint, des pâtés à la viande le 20 novembre, fête patronale de M. Buteau. Après son départ, en 1866, on ne revit plus, à pareille date, ce mets populaire. Le hachis qui, pourtant, aurait eu raison de bouder les écoliers, nous attendait tous les soirs. On sert maintenant le café, avec beurre, tous les matins. Cette innovation est peut-être un avantage plus apparent que réel, Le

Le Rs.

calendrier de M. Baillargé ne mentionnait, i. est vrai, que trois jours de café Par semaine, au Pain sec par-dessus le marché. Ce matin-là, le beurre restait emprisonné dans les tinettes. Mais quelle liqueur délicieuse et nutritive en même temps ! C’est probablement un semblable café qui a dicté à Delille ces deux vers:

«C'est toi, divin café, dont l’aimable liqueur,

«Sans altérer la tête, épanouit le coeur.»

En tout cas, je n’en ai jamais dégusté un meilleur. Si je redlevenais collégien, je réclamerais le cajé d’autreïois, même s’il fallait le boire avec pain sec.

Le processionnal que M. Baillargé avait reçu de ses prédécesseurs, il faut l’admettre, avait be. soin d’être revisé et corrigé. Il était un peu démodé, bien que,somme toute,la pension fut excellente. Cependant, à l’époque dont je parle, elle ne coûtait que quatre-vingts piastres. En réalité, chaque pensionnaire bénéficiait d’une demi-pension, et ne déboursait pas un sou Pour son cours classi. que. Moins d’uniformité,préparation des aliments plus soignée, vaisselle d’étain réléguée au musée, telles étaient, en résumé, les principales réformes que réclamait la République des estomacs.

Ces améliorations, M. Baillargé pouvait les ef-

fectuer sans augmenter le personnel et les dépen. ses de son département. Malheureusement pour

ment que le régime alimentaire en vigueur était idéal. Sur ce Point, son intransigeance était presque irréductible et ne Cédait qu’à la force. Nihig est innovandum, répliquait-i] invariablement : la santé des élèves est excellente ; c'est un fait d’expérience qu’ils sont indisposés seulement lorsqu'il leur arrive de diner en ville. Puis, il citait les noms d’une fouie d’anciens écoliers morts à un âge avancé. S’i] avait pu Prophétiser, il n’au. rait pas Manqué d'ajouter : J'ai fait mes études dans des conditions Peut-être moins avantageuses que maintenant, Cependant Dieu ne me rappellera qu'à l’âge de quatre-vingt-deux ans accomplis. Bien plus, M. Baillargé était dans l'administra.

critique, et qu’il “éfendait le modus vivendi dont il avait la haute direction, aussi énergiquement que si le dépôt de la foi eût été en question. Lui, Pourtant si paternel et si bon, nous le vimes un jour, Pendant que les jeunes s’amusaient dans leur cour, aborder un élève coupable d’avoir, à table, baigné la motte de beurre qui lui était destinée, et lui administrer

un royal soufflet. Il démontra maintes fois qu'il n'était pas un titulaire nominal.

Tout en maugréant parfois, nous aimions beau- Coup notre vieil économe, car il était en même temps le médecin de la communauté. La chambrette qu’il occupait était, d’un bout de l’année à l’autre, convertie en dispensaire, ou plutôt, en hôpital. Les sas qui allaient frapper à sa porte étaient reçus à toute heure du jour, cordialement accueillis, traités avec la tendresse d’une mère. Il les hébergeait, les soignait, et ne les guérissait pas moins que les membres de la Faculté. Lorsqu'il se présentait un cas où son diagnostic ne lui permettait point de voir suffisamment clair, il mandait son ancien élève de septième, le Dr Hubert Larue. Suivant le verdict rendu, il continuait le traitement commencé, ou bien le patient était transféré à l’infirmerie. Si les médicaments n'étaient pas toujours efficaces, ils n’étaient jamais préjudiciables. Comme les vacances du jour de l’an n'étaient pas encore nées, sa clientèle augmentait considérablement à cette époque de l’anhée. Cependant rares étaient ceux qui réussissaient à mystifier le Père Baillargé, et à lui extorquer l’exeat temporaire qu’ils convoitaient. Il connaissait si bien le tempéra-

ment de chaque Pensionnaire, sa yc ‘ation plus o: moins prononcée Pour la vie de coll 2e, qu'il était Presque impossible de le duper. Sur ce point il n'était pas inférieur aux médecins diplômés. On Peut dire que de 1848 à 1880, M. Baillargé a été Pour les écoliers du Petit Séminaire de Québec le bon Samaritain. Dieu seul sait Ja grosseur du Paquet de souffrances corporelles qu’il a soulagées, la dépense de camphre, d’huile de Castor, de pilules, de tisanes, etc. qu'il a faite gratis pro Deo. Aussi, tous l’aimaient comme un père, très sincèrement, quoique ce bienfaiteur de tant de générations d’écoliers attende, depuis vingt-huit ans déjà, le monument qu’il a bien mérité, et sur lequel on pourrait graver l'inscription Suivante, Ou une autre analogue :

A la mémoire de l'abbé F.-X. BAILLARGÉ

Né à Québec, le 17 Mars 1798; entré au Petit S& minaire de Québec, en 1812; élève finissant, en 1820 ; ordonné le 9 novembre 1823, et nommé au vicariat de St-Eustache : à l’Ancienne Lorette, en 1824 ; à Chambly et au Château-Richer, en 1826; Prêtre auxiliaire du Séminaire de Québec, de 1827 à 1880; professeur de septième, de 1827 à

1848; économe .de 1848 à 1867; professeur de chant au Grand Séminaire pendant plusieurs années; médecin et garde-malade des écoliers, de 1848 à 1880; fondateur d’une bibliothèque classique et gratuite à l’usage des élèves pauvres, en 1832° ; organisateur de la procession annuelle du Saint Sacrement avec chœurs d’anges; décédé le 5 octobre 1880, et inhumé dans la chapelle du Séminaire.

Au reste, peu importe la teneur de l'inscription, pourvu que le monument soit érigé. Il le sera un jour, j'en suis sûr, et la tâche sera rendue facile à celui qui prendra l'initiative de la souscription nécessaire à l'exécution du projet.

Qu'il en füt enchanté ou non, M. Hamel était forcé d’être encore notre professeur, puisqu'il était le titulaire des cours de physique, d’astronomie, de minéralogie et de géologie. Quoiqu'il en soit, il eut moins à se plaindre de nous; le travail fut meilleur, la conduite généralement bonne, et par suite les querelles de ménage rares et sans importance. La brise souffla bien de temps à autre, mais ne dégénéra jamais en tempête, Dès

1. Cette bibliothèque, alimentée par les aumônes du clergé, permet aux élèves peu fortunés de faire leur Cours sans achèter un seul livre.

les 5remiers jours il Parut évident à tout le monde que les choses n’iraient pas mal. Nous étions nécessairement un peu plus philosophes: le répertoire scientifique était plus varié et plus intéressant que celui de l’année précédente, et le professeur plus familier avec les matières qu’il était chargé d'enseigner. Ces cours, il les donnait depuis une dizaine d'années, de sorte que l’expérience lui avait appris le diapason qui convenait à la moyenne des élèves, les points sur lesquels il fallait insister, le degré de vitesse avec lequel il fallait procéder d’un terme à l’autre pour arriver en temps. Si, par crainte de ne pas être suffisamment Compris, il n'eut pas redit la même chose en d’autres termes—une seconde et même une troisième fois; s'il eut supprimé des détails qui n'avaient d’autre résultat que d’embroussailler ses démonstrations ; Si les expériences, préparées trop à la hâte, avaient raté moins fréquemment, on pourrait dire que M. Hamel était un Professeur incomparable, I] s’exprimait, en effet, avec une rare facilité, I} pouvait disserter plusieurs heures de suite, dans un langage impeccable sous tous les rapports. Je n'ai jamais entendu un Canadien-français, ni même un français de Passage parmi nous, mieux parler sa

langue. Si nous nous étions plus souciés d’imiter ce modèle de bon langage, et de tenir compte de ses conseils, nous aurions—bien avant la fin de nos études classiques—parlé très correcte ment.

Les professeurs parfaits sont rares, mais s’il y en a, le docteur Hubert Larue, ancien titulaire du cours de chimie, doit être classé parmi ces privilégiés. Lorsque nous étions ses élèves, il AOUS apparaissait comme tel, et les années écoulées depuis n’ont pas modifié cette impression. Précis, clair et méthodique au superlatif, il donnait son cours sans notes sous les yeux. Cependant il n’hésitait jamais, le mot technique lui arrivait toujours à terups, sa phrase était invariablement irréprochable. Celui qui avait la main assez légère pour saisir au vol le texte intégral, aurait pu le porter à limprimeur sans le reviser. Son cours était une causerie familière, mais soignée, vive, alerte, et agrémentée par-ci par-là, d’une plaisanterie toujours spirituelle, ou d’une boutade qui n'était jamais banale. Savait-il par Cœur le mot à mot de son cours ? Nous l’ignorons. Mais nous constations qu'il répétait la même chose dans les mêmes termes lorsqu'il se rééditait, Plus chanceux que M. Hamel, les expé-

riences dont nous étions si friands, faisaient rarement long feu. S'il nous annonçait un précipité blanc, jaune, rouge ou brun-marron, la prophétie se réalisait à la lettre. Nous suivions tous son Cours avec Plaisir, intérêt, et même avec une religieuse attention. Les écoliers, on le sait, après Dieu, ne craignent rien tant que le ridicule; c’est Pourquoi nous filions doux, sachant d'avance que les rieurs ne seraient pas de notre côté. Aussi, la classe tout entière—les indépendants et les fanfarons comme les autres—laissaient à Ja porte de l’amphithéâtre ce qui aurait pu agaçer le professeur, ou simplement attirer Son attention. C’est de beaucoup Ja meilleure politique à suivre en tout temps, mais surtout dans les circonstances analogues à celles que je viens de mentionner. On s'épargne ainsi une foule de désagréments, et l’on échappe à des interrogatoires que l’on n’est Pas toujours préparé à Subir avec honneur.1 Ce qui démontre trop bien que les mobiles de notre conduite n'étaient guère Surnaturels, c’est que notre attitude était tout autre au cours de botanique. Le naturel revenait au galop, du mo-

ment que nous étions en Présence de M. Ovide

Page 1