Reg., VII, AT, X, 388 et suiv
reprendre rexpression remarquable du traité de la Réforme de FEnlendement K
La conséquence, — et qui fait Toriginalité radicale de Spinoza, non seulement par rapport aux penseurs qui l'ont précédé, mais encore par rapport à ceux qui devaient le suivre, jusqu'à nos jours même — c'est que seul il a été capable de pousser jusqu'au bout l'exclusion de la notion scolastique de faculté. L'intelligence est une activité coextensive à la vie de l'homme; elle est jugement et volonté. Toute idée s'al'firme elle-même, et produit d'elle-même ses conséquences. La vérification n'est autre chose que la conscience de la puissance synthétique qui établit la coordination et la connexion des idées. « Par exemple, pour former le concept d'une sphère, je forge une cause à volonté, à savoir qu'un demi-cercle tourne autour d'un centre, et qu'une sphère est comme engendrée par cette rotation. Certes, cette idée est vraie, et bien que nous sachions que nulle sphère n'a jamais été engendrée de la sorte dans la nature, c'est là cependant une perception vraie et le moyen le plus aisé de former le concept d'une sphère"^ ».
La vérité est bien, comme le voulait la définition traditionnelle, convenance de l'idée et de l'objet : Idea vera débet cum suo ideato convenire^\ seulement cette convenance est un effet, non un principe. Dans l'adéquation externe de la chose à l'idée il faut voir le corollaire de cette adéquation interne qui égale aux produits idéaux l'activité déployée pour les produire : « Per ideam adsequatam intelligo ideam, quae, quatenus in se sine relatione ad objectum consideratur, omnes verse idea; proprietatessive denominationes intrinsecas habet*. »
1. § 46, I, 29; tr. Appuhn, p. 266; cf. noire étude sur Spinoza, 2' édit. 1906, chap. H, La méthode.
2. Ibid., § 41, p. 24; Ir. Appuhn, p. 238. « Cette perception, continue Spinoza, af'lirnie la rotation du demi-cercle; affirmation qui serait fausse si elle n'était pas jointe au concept de la sphère ou à celui de la cause déterminant le mouvement, c'est-à-dire, parlant ai)solument, si elle était isolée; car l'esprit en pareil cas se bornerait h aflirmer le mouvement du demi-cercle, ce mouvement n'étant ni contenu dans le concept du demi-cercle ni issu de celui de la cause déterminant le mouvement. » — Vide supra, § 5.3.
3. Pari. 1, Ax. VI; cf. Freudenthal, Spinoza iind die Scholastik, Philosophische Aufsulze Eduard Zeller gewidmet, Leipzig, ISS^J, p. 128.
4. Part. II, dcf. IV, cf. Lettre IX (64) à Tschirnhaus (II, 212). Voir Z,a révolution cartésienne cl la notion spinoziste de la substance, Revue de Métaphysique, 1904, p. 772.
LK PASSAGK UU MKCANISMi; AU MATHKMATISMK 143
LK PASSAC.E UV MKr.ANISME AV MATHKMATISME
01. — Celle conception purenicnL spiriluellc de la vérilé o nne portée universelle; il n'y a pas de faculté, au sens réaliste du mol, qui soit capable de limiter du dehors l'action de Tinlelligence. L'intuition sensible, la représentation imaj^inative ne porte pas sur un domaine qui soit distinct du domaine de la science intuitive ; c'est une vue partielle, discontinue, des choses, qui par le seul progrès de la jouissance pensante se résout dans une aperception de la continuité une et infinie. Par suite il n'y a pas de place dans le spinozisme pour la distinction malebranchistc entre un monde de vérités proprement intelligibles et nécessaires, qui serait l'objet de la mathématique abstraite — algèbre ou géométrie — , et un monde d'existences créées par la volonté arbitraire de Dieu et proposées par lui à la sensibilité de l'homme, auquel s'appliqueraient les lois de la communication du mouvement. A l'opposition du mécanisme et du mathématisme, Spinoza substitue une hiérarchie de méthodes pour l'intelligence d'un même univers, comparable à la hiérarchie de la géométrie euclidienne et de la géométrie cartésienne.
Le mécanisme a pour fonction de ramener tous les changements de l'univers à des phénomènes du mouvement, et d'étudier les phénomènes du mouvement à l'aide de leur image spatiale. Tant que cette image spatiale demeure le terme ultime de la réduction scientifique, l'univers est un ensemble de réalités définies par la figure qu'elles découpent dans l'étendue, et reliées les unes aux autres par la loi de leurs déplacements simultanés ou successifs. Le rapport du tout de la nature à chacune de ses parties est alors un rapport de nécessité externe; c'est pourquoi dans la IV'' partie de V Ethique la servitude morale apparaît comme le corollaire du mécanisme géométrique.
Or, ce point de vue est celui de la pluralité, que Spinoza ne manque jamais de dénoncer comme abstrait et superficiel. L'existence indépendante des parties, la multiplicité en soi ne tiennent pas à l'essence de la quantité; elles expriment une propriété de l'imagination qui traduit et réfracte, qui crée la divisibilité par cette réfraction même '. Prise dans la pureté originelle de sa notion, la quantité est une idée absolue qui exprime l'infinité-. « Si cependant vous demandez pourquoi nous
i. Réf. Int. § 67, I, 36; tr. Appuhn., p. 277.