Ibid., § 65, I, 33; p
sommes naturellement portés à diviser la substance étendue, je réponds à cette question que nous avons deux façons de concevoir la quantité : l'une abstraite et superficielle consiste à imaginer la quantité avec le secours des sens; l'autre consiste à concevoir la quantité comme substance, ce qui ressortit à l'intelligence. C'est pourquoi, si nous tournons notre attention vers la quantité, telle qu'elle est dans l'imagination, ce qui arrive le plus souvent et ce qui est plus facile, nous la trouverons divisible, finie, composée de parties, et multiple. Mais, si nous nous référons à la même quantité, telle qu'elle est dans l'intelligence, si nous percevons la réalité telle qu'elle est en soi, ce qui est très malaisé, alors, comme je l'ai démontré, nous la trouvons infinie, indivisible et unique ' .»
Grâce à cette transfiguration intellectuelle de la quantité, Spinoza, comme Malebranche, « admet... une étendue objet de l'entendement qui, à la différence de la fausse étendue de l'imagination, ne se laisse point couper en parties; ce qui revient à reconnaître quelque chose comme l'unité spirituelle au fond de l'étendue^ ». En d'autres termes le parallélisme de l'idée et de Vidéat, de l'équation et de la courbe, conduit à dépasser le champ de la représentation spatiale. On conçoit bien qu'à un cercle particulier, tracé avec une grandeur déterminée, correspond une idée; mais il faut aussi qu'à la formule algébrique, qui est l'idée du cercle en tant que cercle, quelle que soit la longueur assignée au rayon, corresponde une réalité, une essence dans l'ordre de l'étendue, « essence particulière affirmative^ », mais indépendante de telle détermination spatiale comme de telle détermination temporelle que l'on voudra. Dans le Scholie à la proposition VIII de la partie II de VÉthiqiie^ Spinoza parle de l'équation cld'=:ee' entre les segments c/et d', e et e' des sécantes D et E tracées dans un cercle, comme d'une relation qui convient également à toutes les sécantes, qu'elles soient effectivement menées ou idéalement conçues. Et il ajoute qu'il recourt à cet exemple pour « illustrer » le rapport des essences éternelles à leur réalisation temporelle, pour permettre d'entrevoir le grand secret de ÏEthique : comment, en dépit des transformations apparentes de la personnalité et en dépit de la mort même^, un principe d'éternité se constitue,
1. Lettre XII (29) à Louis Meyer, du 20 avril 1663, II, 42; cf. Éth. I, 13, Sch. I, 52; Ir. Appuhn, p. 57.