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LE MONISME DE SPINOZA

93. — Nous pouvons conclure : chez Spinoza comme chez Malebranche, le cartésianisme aboutit à une liaison étroite de la mathématique et de la théologie; mais cette liaison a chez l'un et chez l'autre une signification toute diflerente. Déjà, Descartes avait compris qu'une science où l'expérience ne servait qu'à poser les problèmes et à suggérer les solutions, où l'établissement définitif de la vérité était réservé au seul développement de l'activité intellectuelle, réclamait la garantie d'un Être qui fût à la fois la raison parfaite et la puisssance infinie, qui pût ainsi avoir adapté à l'univers créé les facultés naturelles de la créature. Seulement, il s'était trop souvent contenté d'invoquer

1. Réf. Int. § 49, I, 30; tr. Appuha., p. 268 : ■< Scopus... est claras et distinctas habere ideas, taies videlicet, qu.-e ex pura meate, et non ex fortuitis motibus corporis faclœ sint. Deinde onines ideœ ad unam ut redigantur, conabimur eas tali modo concatenare et ordinare, ut mens nostra, quoad ejus fieri potest, referai objective formalilatom naturœ, quoad totain et quoad ejus partes ».

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les qualili's que l'on ne peut manquer do conférer au Dieu des religions tradilionnelles *. Au juj^enienl de Spino/a " le Dieu d'Abraham, d'Isaac el de Jaeob », (Mîlui (jui communi([uait avec Moïse face à face, est le Dieu de l'imai^ination. I.e Dieu, qui parle esprit à esprit comme il parlait au Cdirist*, est (pour reprendre encore les expressions du Mémorial de Pascal) le Dieu (< des philosophes et des savants ». Il se définit par l'exip^i'wcc dont la science et la philosophie ont fait la condition même de la vérité; il est la source commune d'où dérivent à la lois le système total des idées, et l'objet de ce système total; il est l'unité radicale de rintelligence infinie qui est lintégralité du savoir, et du mouvement infini qui maintient à travers les incessantes transformations des phénomènes, l'identité d'aspect de l'univers; il est la productivité éternelle de cette infinité d'essences qui expriment la réalité, qui débordent de toutes parts les limites de notre horizon humain — productivité à laquelle pourtant il nous a été donné de participer en quelque mesure puisque nous sommes capables de poser le parallélisme de Val tribut-pensée et de Vattribul-étendue. Et c'est pourquoi, au lieu d'intervenir comme le Dieu de Malebranche afm de justifier du dehors la dualité irréductible entre la science des essences intelligibles et la science de l'univers réel, le Dieu de Spinoza permet d'approfondir et de confirmer du dedans la perfection et l'unité de la science humaine.

En définitive, par delà l'inspiration de Descartes, par delà les dogmes de la théologie, lintellectualisme de Spinoza tend à réaliser le rêve que faisait Platon lorsqu'il demandait à l'âme de se faire tout entière intelligence pour recevoir la vérité, comme le corps doit se redresser tout entier pour que l'œil reçoive la lumière. Au-dessus du discours auquel étaient asservis le calcul, ou la géométrie prise dans son sens « ordinaire », au-dessus de la Siavo-.a, Platon plaçait le domaine de l'intelligence pure, la vôr^m:. Mais, en voulant s'aiïranchir des hypothèses sur lesquelles s'appuient les disciplines particulières, la vôt,<7'.ç platonicienne dépassait les limites de la science positive, et retournait aux spéculations méta-mathématiques des Pythagoriciens.

La Géométrie de 1637 offre au rationalisme la base technique que le platonisme ne possédait pas ^. Dans VÉthique la science

1. Hamelin, op. cit. chap. xv : Les attributs de Dieu, p. 217 et suiv.

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