LA LIMITATION TECHNIQUE DU SPINOZISME
94. — RI. Grosjean cite un jugement remarquable d'Arthur Hannequin sur Spinoza : « C'est peut-être le seul exemple d'une doctrine religieuse que n'ébranle en rien la ruine de toute la construction métaphysique qui l'enveloppe'. » Ce qui est vrai de la doctrine religieuse est vrai aussi de la doctrine scientifique, pour cette raison môme que science et religion s'identifient suivant Spinoza dans l'unité de l'esprit. Jamais philosophie ne se refusa plus que ne le fit VÉlhique à l'imagination des hypothèses qui combleraient les lacunes du savoir; jamais philosophie ne fit un tel effort pour ne rien retenir que Torganisalion effective de la pensée. Le système des relations intelhgibles est unique par cela seul qu'il est total, et il constitue ainsi l'unique et totale réalité.
Or, ce qui a permis au spinozisme d'atteindre à une telle conception de la vérité, c'est qu'il est appuyé sur une technique qui semblait parfaitement transparente à l'intelligence et capable en même temps d'épuiser la réalité. Seulement, les remarques critiques de Leibniz l'ont déjà fait pressentir, ces caractères sont, aussi pour une part, liés à l'étroitesse de la base que fournissait la géométrie analytique. Dans l'évolution de la philosophie mathématique le moment du spinozisme mérite plus que tout autre de retenir notre attention, parce que l'intellectualisme de la pensée moderne s'y dégage avec ses traits essentiels de liberté et de fécondité illimitées. Il s'explique pourtant que ce ne soit qu'un moment, qu'après Spinoza des problèmes nou-
leurs exemples seraient fournis par la géométrie analytique de Descartes, Die Erkenntnisstheorie Plato's, Leipzig, 1874, p. 594, n. 1. Cf. Gomperz, Les Penseurs de la Grèce, tr. Reymond, t. 11, p. 503, et Natorp, Platos Ideeenlehre,[. 1903, p. 420.