Manda (pouce
Tandis que dans la suite de la numération les Bugilaï se servent du bras et de la poitrine :
6 = Gaben (poignet)
7 = Trankgimbe (coude)
8 = Podei (épaule)
9 = Ngama (sein gauche) 10 = Dala (sein droit) \
10. — Pour conquérir le nombre cinq, il reste à détacher de cette série hétérogène les termes capables d'être compris dans une intuition d'ensemble et qui forme collection ; le contraste entre les cinq premiers éléments et les cinq derniers du vocabulaire des Bugilaï montre à quel point la disposition anatomique des doigts de la main était propice à la transformation de la série ordinale en collection cardinale. Les doigts delà main ont
en se servant des doigts de leurs mains et de leurs pieds. Après cela ils ; disent beaucoup, et pour un nombre très élevé ils mettent à contribution les \ cheveux de la tête. »
1. Vocabularies of ihe Bugilaï and Tagoia dialecls, 3. A. I., XXVII, 1898, p. 139 (Lévy-Bruhl, p, 216).
LE CALCUL DIGITAL 17
le pri\ilèi;-e d'èlrc ù la fois mobiles cl rcprcsentables, de telle façon qu'ils peuvent tour à tour jouer le double rôle d'instruments pour compter et d'objets à compter, A cet égard une sorte de division du travail s'établirait entre les deux mains. En s'aidant d'une remarque de Cushing', on expliquerait ainsi cette particularité que les peuples non civilisés qui se servent du calcul digital l'exercent, à peu d'exceptions près, sur la main gauche : comme la main droite est celle avec laquelle on a pris l'habitude d'agir, c'est à la main droite que le sauvage recourt pour toucher successivement les doigts dont il fait le compte ; et ce sont naturellement les doigts de la main gauche qui sont les objets à compter et auxquels s'applique le nom qui désigne une notation numérique ou plus exactement qui sera employé plus tard en guise de notation numérique.
Comment se constitue cette synthèse entre les mouvements et les représentations? La traduction donnée par Cushing des mots désignant chez les Zunis du Nouveau-Mexique les cinq premiers nombres le montre à merveille :
1 = Topinle = pris pour commencer
2 = Kwilli = levé avec le précédent
3 = Ha'i =^ le doigt qui divise également A=:Aivite = tous les doigts levés, excepté un o = Ôpte = l'entaillé-.
Un est l'intuition simple du terme qui est l'objet du mouvement; deux la juxtaposition des termes qui sont les objets des mouvements successifs. D'autre part cinq est la fin du mouvement qui a levé successivement tous les doigts de la main jusqu'à Yentaillé, c'est-à-dire jusqu'au pouce. La représentation de ce mouvement total, effectué avec tous les doigts de la main, est supposé dans la dénomination de trois et de quatre, quatre résultant d'un retour en arrière où est déjà le germe de l'opération soustractive, et trois traduisant le sentiment qu'on est au milieu du chemin, qu'il reste à lever autant de doigts qu'on en a levé antérieurement^.
1. Voir l'article Manual concepts : a study of the influence of hand mage on culture growth : « Si l'on admet l'universalité de l'usage de la main droite et de la tendance à compter avec les doigts, alors la main droite a toujours été le compteur, les doigts de la main gauche les unités comptées. » American antliropologist, 1892, p. 292.