AKB. II
4. Ibid. II, 382. Cf. la Dissertation de 1770, § 15, D., AKB, II, 403.
Entre les théories de Leibniz et de Newton, qui se sont heurtées avec tant de netteté dans la polémique de 1716 avecClarke, et dont les mathématiciens du xviii' siècle n'avaient cessé de poursuivre l'examen ', le « paradoxe des objets symétriques »> constitue une sorte cVexperimentum criicis. La nature intrinsèque de l'espace, telle qu'elle se manifeste dans la géométrie à trois dimensions, ne permet pas de le transposer en un système de relations purement intellectuelles, et de le ramener à l'ordre abstrait des places; il y a en lui quelque chose d'inhérent au donné de l'univers, qui apparaît lié aux parties de notre corps, qui atteste au fond une relation à l'espace absolu et originel "-.
LES FORMES DE l'eSPACE ET DU TEMPS
155. — Avec l'article de 1768 s'achève pour Kant l'investigation directe de la science mathématique. Désormais les propositions de l'arithmétique élémentaire ou de la géométrie euclidienne ne serviront plus que de références pour l'établissement d'une théorie de la connaissance scientifique. Encore la pensée de Kant a-t-elle passé par deux phases bien distinctes. En 1770, la découverte des « intuitions pures » du temps et de l'espace a pour conséquence de restreindre au monde sensible l'application de la mécanique et de la géométrie; elle laisse le champ du monde intelligible ouvert aux concepts de l'entendement pur. En 1781 au contraire, c'est la restriction posée par la forme a priori de l'intuition sensible, qui fonde l'application effective des concepts de l'entendement, qui assure la « positivité » de toute science rationnelle. En ajoutant à VEsthétique transcendeniale, qui reproduit les formules essentielles de la Dissertation de 1770, V Analytique Iranscendentale, Kant présente les jugements synthétiques a priori de la mathématique comme exactement parallèles dans l'ordre de la quantité à ce que peuvent être les jugements synthétiques a priori dans l'ordre de la relation. La théorie de la connaissance mathématique est, dans la Critique de la Raison pure, remaniée et réajustée suivant les exigences d'un système nouveau ; de là le caractère de complication qu'elle offre, en contraste singulier avec la simplicité presque rudimentaire des exemples invoqués par Kant.