‹ Les étapes de la philosophie mathématiqueChapitre 223 sur 505 · Cf. Vaihiager, Comm. II · texte numérisé non relu

Cf. Vaihiager, Comm. II

3. Amphibologie des concepts de la Réflexion, A, 267, AKB, t. IV, 173, Ba, I, 332 et TP., 273.

son empreinte « intemporelle » les destinées spéculatives de l'humanité.

Le domaine de cette activité inconsciente s'étend de la matière du divers, que fournit l'intuition, à l'unité de la raison. Tout acte de pensée suppose « l'unité synthétique et originaire de l'aperception », grâce à laquelle les termes d'un jugement sont rassemblés dans une même conscience et font partie d'un acte unique d'affirmation. Dans l'application, cette unité synthétique revêtira différents aspects selon la nature du concept qui préside à la liaison des termes dans le jugement : 7 -+- 5^ 12 implique le concept de la quantité, comme l'affirmation que le soleil échauffe la pierre implique le concept de la causalité. Malheureusement, quand il s'agit de tirer parti de cette notion et de dresser le tableau systématique des catégories, Kant recourt à la tradition de la logique formelle, dont ses écrits de 1763 et de 1764 avaient pourtant dénoncé l'incompatibilité radicale avec les procédés féconds de la science rationnelle; il fait reposer la distinction et la nature des catégories sur « les fonctions logiques de la pensée dans le jugement ». De là, une véritable interruption dans le courant de la réflexion critique. Pour ce qui concerne les mathématiques par exemple, les catégories de la quantité : unité, pluralité, totalité, correspondront aux espèces différentes de la quantité logique : jugements généraux, particuliers, singuliers. Mais il est difficile d'apercevoir entre ces deux idées de la quantité un autre lien qu'une simple coïncidence verbale.

Aux yeux de Kant, la question essentielle sera, d'ailleurs, non de déterminer les modes d'unification réelle, mais d'en établir l'objectivité. Comment les catégories sont-elles susceptibles d'avoir un objet? Comment s'opère le rapprochement de l'unité conceptuelle et de la diversité sensible? Pour répondre à ces questions, Kant introduit une fonction intermédiaire qui s'empare de la matière à unifier, et lui communique la possibilité d'unification intellectuelle ; cette fonction, participant à la fois de l'activité a priori qui appartient à l'intelligence et de V intuitivité qui appartient à la sensibilité, n'est autre que l'imagination. Entre « la synthèse de l'appréhension dans l'intuition », qui permet d'obtenir la matière du divers, et « la synthèse de la récognition dans le concept » où se manifeste l'unité de l'aperception transcendentale, Kant insère « la synthèse de la reproduction dans rimagination^ ». Et ainsi faisant passer du plan de la psycho-

1. « Il est manifeste que si je tire une ligne par la pensée ou que je veuille concevoir le temps d'un midi à un autre, ou seulement me représen-

LA DKDUCTION TRANSCENDENTALE ET LE SCHEMATISME 267

logic eni|)iri(iuo dans le plan de la « ]o^n(|uo Iranscondentalc » les remarques des psychologues allemands tels que Georg Friedrich Meier el surtout Tctens ', sur le rôle de l'imagination dans la production des concepts scientifiques, rejoignant plus visiblement encore la conception cartésienne de l'imagination intellectuelle, Kanl lait naître la réalité mathématique d' « une fonction pure de rimaginalion productrice » qui subordonne sous les concepts de quantité les formes de l'espace et du temps.

159. — Kant précise le mécanisme de celte fonction en marquant la part qui revient à l'espace et la part qui revient au temps. Le « jeu des formes^ » se déploie dans l'espace. Afin de se présenter comme image proprement dite, d'être prêt à devenir le réceptacle de la réalité qui pénètre d'abord dans la conscience sous l'espèce de l'étendue, le temps revêtira la forme de l'espace : M Pour que nous puissions concevoir des changements intérieurs, il faut que nous nous représentions d'une manière figurée le temps, considéré comme forme du sens intime, par une ligne ^ » Mais, si au lieu d'envisager le résultat de l'imagination pure, nous nous attachons à la fonction productive ellemême, le temps acquiert une situation privilégiée. En fait, Kant a été peut-être conduit à cette conception, qui est fondamentale

ter un certain nombre, il faut nécessairement que je commence par saisir une à une dans ma pensée ces diverses représentations. Si je laissais toujours échapper de ma pensée les représentations antérieures (les premières parties de la ligne, les parties précédentes du temps, ou les unités représentées successivement), et si je ne les reproduisais pas à mesure que j'arrive aux suivantes, jamais une représentation totale ne pourrait avoir lieu, ni aucune des pensées dont je viens de parler, pas même les plus pures et toutes premières représentations fondamentales d'espace et de temps. La synthèse d'appréhension est donc inséparablement liée à la synthèse de reproduction. Et puisque cette synthèse d'appréhension constitue le fondement transcendental de la possibilité de toutes les connaissances en général (non seulement des connaissances empiriques, mais aussi des connaissances pures a priori), la synthèse reproductive de l'imagination appartient aux actes transcendentaux de l'esprit, et par rapport à ces actes nous donnerons à cette fonction de synthèse le nom de fonction transcendentale de l'imagination », A. 102. AKB, IV, 78. Ba, II, 416, TP., 134.

1. Les textes essentiels empruntés à la Melaphysik de l'un (3* partie, Psychologie, Halle, 1737), et aux Pkilosophische Versuche iiber die menschliche Natur und ihre Entwicklung, de l'autre (Riga, 1777), se trouvent en particulier chez Gassirer, éd. cit., t. 11, 567 et suiv.

2. « Die Zeit [ist] die Bedingung des Spiels der Empfindung, der Raum aber des Spiels der Gestalten. » Benno Erdmann, Miltheilungen iiber Kant's metaphysischen Standpunkt in der Zeit um 177U, Philosophische Monatshefte, t. XX, 1884, p. 76.

3. B. 292, AKB, III, p. 200. Ba, I, 302; TP., p. 248. Cf. Diss. (1770) AKB, II, 403. « Spatium temporis ipsius conceptui ceu typus adhibetur, repraesentando hoc per lineam eiusque terminos (momenta) per puncta. »

dsinsV Analytique iranscendentale, par les conditions particulières au problème de la causalité ; l'application de la catégorie de causalité aux phénomènes de la nature implique la propriété spécifique du temps, Firréversibilité. En droit, il invoque pour la justifier l'universalité du sens intérieur dont la l'orme est le temps, par rapport au sens extérieur dont la forme est l'espace ^ « Le mouvement, en tant qu'acte du sujet (et non en tant que détermination d'un objet), par suite la synthèse du divers dans l'espace, en faisant abstraction de cet espace et en considérant seulement l'acte par lequel nous déterminons le sens interne selon sa forme, produit avant tout le concept de succession- ». En d'autres termes, les représentations statiques qui s'étalent dans l'espace sont issues d'une fonction dynamique, qui s'exerce dans le temps : « Quand je place, répond Kant, à la suite les uns

des autres cinq points , cest là, une image du nombre cinq.

Au contraire, quand je ne fais que penser un nombre en général, qui peut être ou cinq ou cent, celte pensée représente une méthode pour présenter dans une image conformément à un certain concept un ensemble par exemple mille, plutôt que cette image elle-même, difficile à parcourir des yeux et à comparer avec un concept. C'est cette représentation dun procédé général de l'imagination pour fournir à un concept son image que j'appelle schème pour ce concept^. » La notion de nombre n'est donc pas à proprement parler un concept; elle est un « monogramme de l'imagination pure a priori », un schème.

Mais la pensée de Kant va encore plus loin, le nombre n'est pas seulement un exemple de schème; il est, dans l'ordre de la quantité, le schème unique. Du moment, en effet, que le schématisme est un processus dynamique, capable de s'appliquer à la représentation spatiale, mais en soi indépendant de l'espace, il trouve son expression quantitative dans le nombre, qui tient bien son origine empirique de la figuration spatiale % mais qui

1. « L'image pure de toutes les grandeurs (quantoram) devant le sens externe, c'est l'espace: de tous les objets des sens en général, c'est le temps. » A. 142, AKB, IV, 102, Ba, I, 203 et T. P., 178. Cf. Diss, 1770,11, 40.5 : « Tempus autem universali atque rationali conceptui magis appropinqaat, complectendo omnia omnino suis respoclibus, nempe spatium ipsum et praeterea accidentia, quœ in relationibus spatii coinprehensa non sunt, uti cogitationes aninii. »

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