LES MATHÉMATIQUES ET LA MÉTAPHYSIQUE DE LA NATURE
166. — Par cette condamnation de la métaphysique antérieure, la philosophie kantienne de la mathématique a déjà un csiTacière positif; mais elle est encore positive en un autre sens, qu'Auguste Comte nous a rendu familier, en ce sens qu'elle a pour résultat de délimiter le domaine proprement scientifique, et d'établir a priori les cadres généraux dans lesquels la science, même la science de l'avenir, est appelée à rentrer.
La conception cartésienne de la mathématique avait permis de suivre à travers la hiérarchie des formes de la connaissance le développement parallèle d'une « adéquation » interne et d'une réalité externe. La conception kantienne, en intercalant entre la pensée pure et les données extérieures une double forme médiatrice qui est subsiimée sous la catégorie de l'entendement et sous laquelle à leur tour seront subsiimés les phénomènes sensibles, exclut toute égalité de niveau, toute correspondance exacte, entre l'idée et Vidéat. Mais, en même temps, elle permet de déterminer une forme nouvelle de liaison entre l'intelligence et l'imagination, entre la forme de la déduction et l'application immédiate au réel, de créer, comme nous l'avons dit, un nouveau type de vérité. La vérité doit se définir, en régime cVinadéquation essentielle, par une sorte de « compromis » entre deux
1. " Unsere Vernunft isl ja keiu Urbild sondoni eiii Ektypon, » apud Benno Erdmaan, in Philosophische Monatshofte (1884). art. cité, p. 91.
2. Voir MalebraQche, texte cité, § 8", et ce passag-e sigaiflcatif d'une lettre de Leibniz à BurnelL, vers 1701, G, III, 279 : <■ Il me semble qu'on écrit trop de livres chez vous pour prouver la vérité de la religion. C'est une mauvaise marque... Je voudrais qu'on s'attachât a faire connaître la sagesse de Dieu par la physique et mathématique, en découvrant de plus en plus les merveilles de la nature. C'est là le vrai moj'eu de convaincre les profanes, et doit être le but de la philosophie. »