Ibid
tradiction avec la nécessité de cette intuition, il est impossible a priori qu'elles deviennent possibles a posteriori.
Le réalisme empirique est une pièce essentielle de la doclrine kantienne; mais il ne s'applique qu'à Tordre de l'acquisition de la connaissance, à l'ordre de Yldealgnind. Suivant Tordre véritable, Tordre du Bealgrund, le réalisme empirique implique V idéalisme transcendental. La pensée n"a d'autre objet efl'ectif que le phénomène des choses; mais ie phénomène des choses est en même temps son propre phénomène. Si les données empiriques sont aptes à constituer une expérience dans le sens scientifique du mol, c'est qu'au moment môme où elles se présentent à la conscience du sujet pensant, elles ont déjà subi une élaboration inconsciente qui les a rendues justiciables des « principes de Tentendement pur ». Les formes de l'espace et du temps, qui offrent un théâtre au jeu de l'imagination productrice, ne sont pas constitutives de la réalité prise en soi; mais, en tant qu'elles déterminent les conditions auxquelles la représentation de l'univers doit obéir, elles sont régulatrices de la réalité empirique.
Du point de vue transcendental, « l'intuition et le concept », en tant qu'ils expriment les conditions formelles de l'expérience, définissent \e possible^. La métaphysique kantienne ira de nouveau, comme le faisait le dogmatisme wolffien, du possible au réel; mais c'est que le possible logique, le possible en extension qui embrasse une sphère plus vaste que le domaine du réel, a cédé la place au possible mathématique, possible en compréhension qui détermine le cadre exact de la réalité.
169. — Kant pourra donc effectuer ce qui avait été son premier rêve philosophique ; il achèvera Tœuvre que les Principes mathématiques de la Philosophie naturelle n'avaient pu réussir à terminer complètement. En 1755 il s'était placé sur le terrain de la science même, et il s'était efforcé de reconstituer la formation du système cosmique. A l'antériorité chronologique, la Critique substitue l'origine transcendentale, c'est-à-dire en dernière analyse les conditions qui permettent d'appliquer les formes de la mathématique à la science des mouvements célestes ou terrestres : « Une philosophie pure de la nature absolument parlant, c'est-à-dire celle qui recherche seulement ce qui constitue le concept d'une nature en général, serait, à la
1. « Ce qui s'accorde avec les conditions formelles de l'expérience (suivant l'intuition et les concepts) est possible. » A. 218, AKB, IV, 145, Ba, I, 278 et TP, 2.32.
LES MATHÉMATIQUES KT LA .MKTAI'IIYSIQIK DK LA NATUIIK 281
vérité, possible sans malliéinali((uos; mais une Ihéoric pure de la nature, portant sur des objets naturels délenninds (théorie des cor[)s et théorie de Tûnie) n'est possible qu'au moyen de mathématiques; et comme dans toute théorie de la nature il n'y a de science véritable qu'autant qu'il s'y trouve de connaissance a priori, la théorie de la nature ne contiendra donc de science proprement dite que dans la mesure où les mathématiques pourront y être appliquées'. » Or la continuité du sens intime ne suffit pas pour fonder une connaissance mathématique, c'est-à-dire scientifique au sens propre du mot, de l'âme. Seules les notions de matière et de mouvement peuvent recevoir la détermination mathématique. Sous quelle forme, nous pouvons le savoir a priori en appliquant le tableau des catégories, qui a été posé dans la Criliqiie de la Raison pure. Dans les divisions logiques : cjuanlité, qualité, relation, modalité, rentreront tour à tour les principes de la phoronomie, de la dynamique, de la mécanique, de la phénoménologie-.
En fondant la connaissance scientifique de l'univers sur les lois de la pensée, la Critique astreint cette connaissance à des bornes immuables. Aux yeux de Kant, la logique d'Arislote épuisait la science des combinaisons formelles ; et de même, il semble que l'arithmétique de Pythagore, la géométrie d'Euclide, la physique de Newton épuisent la science rationnelle de la nature, comme si, pour légitimer le savoir, il était nécessaire, non seulement de le rattacher à l'esprit du droit, mais encore de l'enfermer dans la lettre d'un Code.