DE KANT A COMTE
170. — Nous avons étudié la Critique de la liaison pure comme Prolégomènes à la Métaphysique de la Nature. Mais, en vertu du relativisme essentiel dont VEsthétique transcendentale est la base, la Critique prépare aussi à une spéculation d'un ordre tout différent, qui substitue « la croyance au savoir^». Par delà le domaine de l'expérience positive, Kant prétend maintenir tout leur crédit aux idées supra-naturelles de la religion. Au terme de la Dialectique transcendentale, il subsiste un ordre supérieur de vérités; mais le propre de ces vérités est qu'elles échappent à toute tentative de vérification, tandis qu'au contraire ce qui se vérifie n'est vrai que d'une vérité empirique et phénoménale, subordonnée à la notion, ou au mirag-e, de la réalité en soi.
Cet équilibre paradoxal était-il stable? entre la philosophie de la nature et la philosophie de l'esprit la distance est-elle infranchissable? L'élan imprimé par Kant à la méditation métaphysique, — et dont la Critique de la Faculté de Juger était un premier témoignage, — était trop vigoureux pour que la question demeurât sans réponse. Dès 1794, dans la Wissenschaftslehre., Fichte rétablissait l'unité en faisant de la théorie de la nature un degré et comme une condition élémentaire de la théorie de l'esprit.
Seulement, — et c'est ici que peut se mesurer toute la portée de l'échec subi par la philosophie mathématique de Leibniz, — il manque à Fichte, peut-être d'une façon générale a-t-il manqué aux post-kantiens, d'avoir tenu leur doctrine de la mathématique en contact étroit avec le cours de la science vivante et