‹ Les étapes de la philosophie mathématiqueChapitre 239 sur 505 · DE KANT A COMTE · texte numérisé non relu

DE KANT A COMTE

(le récrire VExposilion du si/slème du Monde qui n'est pas l'œuvre d'un pliilosophe, qui est « ïi proprement parler une lable lies nialières d'un traité mathématique ' ». En caractérisant « chaque transformation essentielle des questions célestes en recherches géométriques ou mécaniques », en communiquant à ses lecteurs le « sentiment profond de la vraie fdiation nécessaire des diverses conceptions et études astronomiques », Comte a l'intention de constituer « un préambule indispensable ou plutôt un premier degré normal de l'établissement prochain d'un nouveau système philosophique pleinement homogène, seul suscejitible désormais d'organiser des convictions durables et unanimes - ».

Déjà donc, si le problème de la philosophie consistait pour Kant à établir en droit les conditions d'existence de la science newtoniennc, l'œuvre technique de Laplace aurait eu pour etTet de changer les termes du problème. Mais l'œuvre de Lagrange est, à cet égard, beaucoup plus significative que celle même de Laplace. Kant allait au devant des Principes de Newton avec les seules armes de l'arithmétique et de la géométrie; tout l'intervalle devait être comblé à l'aide des ressources que la théorie de la connaissance pouvait fournir. Or, si une semblable construction, qui servira de modèle à la dialectique imaginative des post-kantiens, paraît à Comte superflue ou dangereuse, il ne suffit pas d'invoquer pour le comprendre un partipris anti-métaphysique; il faut prendre acte d'un fait : la tâche que Kant avait assumée, Auguste Comte la trouvait déjà tout accomplie à l'intérieur de la science, dans un ouvrage qui parut quelques années après la Critique de la Raison pure, dans la Mécanique analytique de Lagrange (1788). Le philosophe n'avait plus à chercher dans ses propres méditations le secret de la Théorie et Histoire du Ciel, du moment qu'il avait lu la Mécanique céleste de Laplace. Il n'avait plus à fonder spéculativement les Premiers Principes métaphysiques de la science de la nature, une fois qu'il connaissait la Mécanique Analytique de Lagrange. Ici encore on trouvera chez Fourier le mot décisif. Dans VÉloge de Laplace où Lagrange est exalté avec une préférence si manifeste sur le héros officiel du discours, il dit de la Mécanique analytique qu'elle pourrait être nommée la Mécanique philosophique ^ Expliquer cette parole, ce ne sera pas

1. Fourier, ibid., p. xcvui. Dans ha Préface de son Traité philosophique d'astronomie populaire (1844), Gomle renvoie à l'appréciation de Fourier, p. ix.

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