Étude d'histoire des sciences, etc. t. I, p. -nô
2. Cf. La ihéorie nouvelle de la rotation des corps (1834) : « On peut bien, par ces calculs, plus ou moins longs et compliqués, parvenir à déterminer le lieu où se trouvera le corps au bout d'un temps donné; mais on ne voit point du tout comment le corps y arrive : on le perd entièrement de vue, tandis qu'on voudrait l'observer et le suivre, pour ainsi dire, des yeux, dans tout le cours de sa rotation... » in Éléments de statique, 8° édit., 1842, p. 486. Voir Joseph Bertrand, Éloge de Louis Poinsot (29 décembre 1890), Nouvelle série d'Éloges académiques, 1902, p. 21.
LA CONCEPTrON DE LA MÉCANIQUE RATIONNELLE 307
et par un nouvel oxamon, nous venons ù reconnaîlrc que des rapports qui nous avaient paru constants sont eux-inèmes variables, il nous faut faire un nouveau pas : mais notre marche est toujours la même; car alors ce n'est plus dans ces rapports, mais dans quelque autre forme de leur combinaison, que notre esprit va rechercher cette loi de constance qui avait, pour ainsi dire, échappé à ses premières conclusions. Tel est, je crois, le mouvement naturel de Tesprit humain, mouvement qu'on pourrait même remarquer dans la géométrie et dans l'analyse 1. « Ainsi, par l'intermédiaire du mécanisme géométrique, la mécanique rationnelle se prolongerait et s'étendrait, pour devenir la science de l'univers entier. Entre les années 1842 et 1847 la découverte de la conservation de Fénergie, qui en dépit des prévisions et des interdictions d'Auguste Comte dotait enfin la physique de son unité, apportait à ces vues une confirmation singulièrement précieuse.
Mais ce triomphe du mécanisme pur qui devait, dans la période qui s'étend entre 1860 et J890, donner lieu à une renaissance du monisme matérialiste, n'était, et ne pouvait guère être, qu'un accident. Il s'est trouvé en effet que des deux principes fondamentaux de la thermodynamique, principe de la conservation de l'énergie, et principe de Garnot ou principe de la dégradation de l'énergie, un seul avait passé dans la circulation générale, sans doute par ce qu'il se prêtait mieux aux aspirations d'une certaine philosophie populaire qui se fondait sur l'unité et sur l'éternité de la matière 2.
Or, à prendre la thermodynamique dans l'intégralité de son développement technique, on voit se dessiner une opposition entre le mécanisme géométrique, et l'usage des méthodes analytiques, au sens économique et pragmatique où nous avons dit que Lagrange les entendait. Par exemple, un physicien comme Gibbs « est essentiellement algébriste. Il l'est, ajoute M. Duhem, alors même qu'on pourrait s'attendre à le trouver géomètre. Dans les deux Mémoires où il étudie les divers diagrammes propres à représenter les propriétés thermodynamiques des fluides et leurs transformations, les démonstrations géométriques ne jouent à peu près aucun rôle; c'est par des considérations d'analyse algébrique que sont établies la plupart des