Revue de métaphysique, 1906, p
deux postulats du réalisme : principe de véracité, ei principe de crédulité : « Le premier de ces principes est un penchant naturel à dire la vérité, et à nous servir dans le langage des signes qui interprètent le plus fidèlement nos sentiments... Le second principe primitif que TÊtre suprême a déposé dans notre nature, est une disposition à nous confier à la véracité des autres, et à croire ce qu'ils nous disent'. »
Supposons que la pensée d'une personne se traduise immédiatement et adéquatement dans le langage, supposons que de là elle repasse chez une autre personne toujours avec la même sûreté et la même fidélité, alors, et à ces conditions seulement, M. Russell aura raison : on pourra éliminer, suivant le mot que nous avons cité, the totally irrelevant notion of mind'^, pour ne considérer que le discours en lui-même. Mais aussi bien n'y aurait-il plus de place pour le terme de mensonge dans l'univers du discours.
Or, la psychologie du réalisme pèche par excès de candeur, ou plus exactement sans doute par excès de courtoisie. C'est un fait que l'homme ment : dans ce cas, si l'instinct de crédulité s'exerce encore lorsque l'instinct de véracité a cessé de jouer, si on persiste à faire de cette déclaration de mensonge une réalité transcendante, il est inévitable que la contradiction apparaisse. Du point de vue de la psychologie critique qui subordonne les relations des propositions à une analyse des rapports entre la réalité interne de la pensée et son expression extérieure, il serait contradictoire que la contradiction n'apparîit pas, que l'on restât dans le plan de la vérité ontologique en prenant pour argent comptant ce qui vous est expiessément donné comme fausse monnaie. Autrement dit, le réalisme a voulu faire l'économie d'une psychologie ; au fond il n'a fait qu'accepter la confiance du sens commun dans la transcendance de l'objet de la pensée; il devait retrouver, au terme de son œuvre, sous une forme qui les rendait inextricables, les difficultés dont une psychologie tant soit peu subtile et avisée l'eût débarrassé dès le début.
Aussi l'évolution de la philosophie logistique évoque-t-elle ridée de ces usines métallurgiques qui réussissent, en perfectionnant leur outillage, à fabriquer des canons capables de percer leurs propres cuirasses ; par le progrès de la logique symbolique, la logistique n'est parvenue qu'à ruiner elle-même ses ambitions premières. Des contradictions inhérentes au réalisme