‹ Les étapes de la philosophie mathématiqueChapitre 347 sur 505 · Op. cit., p · texte numérisé non relu

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2. Essai sur les éléments principaux de la représentation, 1907, p. 59.

LKS « ABSOLUS » NEWTONIENS 415

de points de repère grAce auxquels il parvient à rintelligence de SOS propres changements. Comment ces points de repère pourraient-ils être des termes donnes en soi, susceptibles de devenir objets de contemplation extérieure? Il faudrait alors supposer (et eflectivement nous avons vu que Newton le faisait) un être qui soit à la fois affranchi du devenir temporel et contemporain de tous les moments du temps : conditions qui^ si elles ne sont pas directement contradictoires, demeurent du moins irréalisables pour notre pensée. En fait, si le problème du temps se pose pour l'homme, c'est qu'il devient lui-môme à chaque instant du temps un terme nouveau de la série temporelle, et qu'il doit cependant, pour prendre conscience de l'existence, être capable d'envelopper dans l'unité d'un système la multiplicité de ces termes successifs. Aussi n'y aura-t-il de solution que si l'on réussit à fonder l'unité de l'être temporel sur un principe intérieur qui dépasse le temps : principe d'éternité créatrice comme le voulait Spinoza; ou, si l'on parle avec Leibniz le langage de l'immanence, loi qui concentre en elle la suite originale de ses états intimes : lex continiiationis seriei suariun operaiiomim ', loi qui constitue VUrsprung, suivant l'heureuse expression dHermann Cohen et de Natorp.

La formule leibnizienne, si on consent à la détacher de la vue métaphysique qui enveloppe les lois propres à chaque monade dans le plan de la géométrie divine, ne représente rien de plus que les conditions de la compréhension du temps pour un être qui vit dans le temps. Il est d'autant plus curieux que M. Russell, historien de Leibniz, conteste à M. Cassirer, Tintelligibilité d'une loi de changement : « Changement de quoi? à partir de quoi? vers quoi? demandera-t-on; et on ne pourra répondre à ces questions qu'au moyen de concepts logiques dont l'être (Being) est libre de toute dépendance à l'égard du temps, et par suite nécessairement immuable 2. » Visiblement, par le tour même qu'il donne à ses objections, M. Russell a commencé par supposer que l'esprit doit partir de l'intuition de termes immuables pour passer à la relation qui les unit. Or, l'exemple de la loi de série est justement destiné à prouver le contraire : d'un rapport, toujours le même, dérive une infinité de termes successifs. Une telle succession est comme un symbole abstrait pour la succession concrète, dont nous acquérons le sentiment en appuyant notre devenir temporel sur le dynamisme radical de l'intelligence.

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