Mind, 1903, p
249. — La discussion du mouvement absolu et du temps absolu nous donne le moyen d'aborder la notion de la relativité de l'espace, avec lespoir de faire évanouir les contradictions factices que M. Russell y a signalées.
Cette relativité, qui a paru évidente à des métaphysiciens tels que Descartes, Leibniz ou Kant, est pour M. Russell un parti pris de « nier l'évidence ^ ».
Nous avouons d'ailleurs qu'il est aisé de réduire à l'absurde la thèse relativiste : il suffit de la considérer dans le cadre de la logique traditionnelle qui supposé que toute proposition a un sujet et un prédicat. L'espace est alors le prédicat d'une pluralité de choses, ou d'une chose unique. Dans le premier cas, dans le monadisme, M. Russell prouve, en se référant aux textes de Leibniz, qu'on n'extrait des choses les relations spatiales que si on a déjà situé les choses dans l'espace "-. Dans le second cas, qui est celui du monisme, on en arrive nécessairement à nier la distinction des termes entre lesquels les relations s'établissent, distinction qui serait la condition nécessaire pour la réalité des relations. « Ainsi la théorie des relations de Lotze se réduit à cette affirmation qu'il n'y a point de relations. Les adhérents les plus logiques de ladite théorie (tels que Spinoza et M. Bradley) l'ont reconnu ; ils n'ont admis en conséquence qu'une seule chose. Dieu ou l'Absolu, et un seul type de propositions, à savoir celle qui attribue un prédicat à l'Absolu -^ »
La conclusion est péremptoire sans doute dans l'hypothèse où toute relation devrait épouser la forme de la logique aristotélicienne. Mais n'est-ce pas de cette hypothèse que la révolution cartésienne est venue purger la philosophie moderne? L'intuition des Regiilse n'a rien de commun avec l'appréhension de termes simples tels que la substance ou la qualité; elle a pour objet la relation simple qui s'établit entre deux nombres, et qui permet d'en déduire un troisième : huit est à quatre, comme quatre esi kdeux. Les grandeurs spatiales sont définies de même par des rapports purement intelligibles; c'est pourquoi la substance de Spinoza sera, non pas le sujet logique auquel appartient la qualité de l'étendue, mais l'unité radicale, exprimée par la totalité des rapports spatiaux, plus exactement encore exprimée par la totalité des rapports qui apparaissent à la fois comme spatiaux dans l'étendue et comme idéaux dans la pensée.