LE RÉSULTAT DE LA CRITIQUE LOGISTIQUE
255. — Sans doute, et il est équitable de le reconnaître, en ne retenant de l'œuvre de M. Russell que la partie relative aux questions proprement philosophiques, on la soumettant à une méthode qui s'applique à ne rien laisser échapper de la filiation et de la transformation des idées, nous n'avons pas envisagé cette œuvre sous l'aspect qui devait lui être le plus favorable; nous avons mal justifié l'admiration qui lui est due pour le progrès de la logique symbolique et particulièrement pour l'extension de la logique des relations. Il reste pourtant que la philosophie logistique a manqué la destinée historique qu'elle s'était promise : elle n'a pas apporté de solution positive et dogmatique au problème de la vérité; elle a réveillé seulement, et pour en consacrer peut-être lissue définitive, le débat ouvert dès la Renaissance entre l'idéal de la logique scolastique et le progrès delà mathématique moderne.
Chose curieuse, au milieu du xvii'' siècle, Pascal qui pouvait, plus que tout autre, être mis en garde par son expérience personnelle de mathématicien, adhère explicitement au vieil idéal : « Cette véritable méthode, qui formerait les démonstrations dans la plus haute excellence, s'il était possible d'y arriver, consisterait en deux choses principales : l'une, de n'employer aucun terme dont on n'eût auparavant expliqué nettement le sens ; l'autre, de n'avancer jamais aucune proposition qu'on ne démontrât par des vérités déjà connues; c'est-à-dire, en un mot, à définir tous les termes et à prouver toutes les propositions-. »
Il est vrai que c'est pour ajouter, immédiatement après, que cette méthode est « absolument impossible : car il est évident que les premiers termes qu'on voudrait définir en supposeraient de précédents pour servir à leur explication et que de même les premières propositions qu'on voudrait prouver en suppose-
1. Cf. Principia, p. 503. « In the absence of évidence as to the truth or falsehood of thèse varions propositions, we shall not assume Iheir truth, but shall explicitly introduce them as hypothèses wherever they are relevant. »
2. De l'esprit géométrique (vers 1638), Pensées et opuscules, p. 163.