‹ Les étapes de la philosophie mathématiqueChapitre 361 sur 505 · L INTUITION DANS LES SCIENCES · texte numérisé non relu

L INTUITION DANS LES SCIENCES

262. — Toutes rapides qu'elles sont, les indications précédentes suffisent à définir une première conception de l'intuition, qui s'est formée sur le domaine de la religion, ou de l'art, ou de la métaphysique transcendante, et qui se définit par « un renversement du travail habituel de l'intelligence... Philosopher consiste à invertir la direction habituelle du travail de la pensée^ ».

Cette formule est à son tour un point de départ. En vertu même de la fécondité dont elle témoigne dans les domaines supra-scientifiques, la doctrine de l'intuition pénètre dans la sphère proprement scientifique, réagissant sur les conceptions trop étroites qu'on s'y était faites des procédés explicatifs, transformant successivement la physionomie des différentes disciplines.

Ici encore Auguste Comte est un précurseur; il avait décelé l'esprit du matérialisme dans la doctrine qui réduit la connaissance scientifique des objets les plus complexes à la science des phénomènes élémentaires : la sociologie à la biologie, la biologie à la physique, et la physique à la mathématique. Par une analyse qui est demeurée célèbre, M. É. Boutroux a montré comment à chacun des degrés que le mécanisme prétendait avoir franchis, la chaîne de la nécessité se desserrait effectivement, et laissait place à l'action d'une force toujours plus vivante et plus libre-. A cette constatation de la contingence, ou tout au moins de la spécificité des divers déterminismes, la doctrine de l'intuition apporte une forme positive en devenant pour chaque science en particulier un principe d'orientation.

263. — Ainsi, conformément à l'inspiration de la sociologie religieuse ou de la psychologie religieuse, sociologie et psychologie vont se constituer dans leur généralité en définissant un objet qui leur est propre, irréductible aux éléments de l'analyse empiriste.

Tout d'abord, les données immédiates qui se présentent d'elles-mêmes à l'observation ne sont jamais que les représentations ou les actes de tel ou tel individu ; il est pourtant vrai qu'en additionnant les étals des consciences individuelles, on ne

Page 1