LA I»HYSIQ[K ET LA BIOLOGIE
voir (|Uo la mal.liéniali([iic déborde edeclivenient le domaine de la quaiilik'', pour comprendre diverses formes d'ordre, el, en particulier, celte ordination spatiale qui permet de constituer l'univers comme un vaste n'-iseaii de relations et de fonctions. En fait, la mathémalique représente l'elTort le plus puissant peut-être et le plus solide du ^énie humain. On n'a pas le droit d'affirmer a priori que l'eflicacité en sera limitée au domaine physicochimique. Même, à proprement parler, on n'a pas le moyen de dire avec certitude à quel degré de la réalité s'arrête le domaine physicochimique; l'unité des sciences physiques consiste avant tout dans la détermination des procédés expérimentaux dont elles font usage. Que la vie, considérée dans sa donnée immédiate, répugne à se laisser saisir tout entière par ces procédés, nul ne le conteste; mais le rôle de l'investigation scientifique est de passer par-dessus l'apparence immédiate, et ce que nous enseigne le passé de la biologie, c'est qu'aucune solution n'a jamais été regardée comme définitive qu'à la condition d'avoir été obtenue par les méthodes physicochimiques. D'autre part, si nous supposons que l'explication physicochimique ne suffise pas à rendre compte de la vie, il faut alors, puisque tout ce qui peut être atteint du dehors est matière, que la biologie fasse appel à une autre méthode que l'analyse, et cherche à se donner l'intuition interne du tout organique. Or, d'où pourra lui venir une telle intuition? Encore une fois, ce ne sera pas de la psychologie; l'apport de la psychologie se borne à la conscience que l'individu prend de lui-même, en approfondissant ce qui le caractérise comme tel, en sisolant dans son irréductible originalité. L'animisme, le vitalisme, qui cherchent dans l'être pris à part de l'univers le principe des fonctions organiques, se sont montrés scientifiquement et philosophiquement stériles. En fait, la biologie s'est engagée dans une tout autre voie; elle a cherché à concevoir dans son unité le jeu d'actions et de réactions qui relie le développement des fonctions organiques au champ immense des forces naturelles, la solidarité intime de l'individu et de l'univers. Celte liaison peut s'éclairer à la lumière de la pensée, non de la pensée entendue comme un perpétuel repliement sur soi et destinée à perdre jusqu'au sentiment de sa propre existence, mais de la pensée capable d'expansion au dehors, déployant les ressources de l'imagination et de la réflexion pour s'assimiler l'univers et le rendre immanent au moi. Or une telle pensée, c'est, avant tout, la mathématique, en tant qu'elle lance à travers le monde un vaste courant d'inlellectualité, qu'elle prépare le réseau des
relations spatiales où entrera le système des lois astronomiques et physiques.
363. — Ainsi, sur une base assurément plus large que celle de la doctrine cartésienne, mais conformément à son inspiration profonde, se rétablit l'unité de l'intelligence humaine. L'opposition entre l'orientation de la biologie et l'orientation de la mathématique, que plus d'un philosophe considère comme un fait établi, nous paraît une illusion; et on pourrait historiquement rendre compte de cette illusion en se rappelant par suite de quelles circonstances les mathématiciens se sont fait une idée inexacte de la biologie, ou les biologistes se font une idée inexacte de la mathématique. Nous nous contenterons de citer une page curieuse où se traduit le sentiment amer que la supériorité affectée par les géomètres de V Académie des Sciences avait laissé chez les naturalistes du commencement du XIX*' siècle : « Les sciences mathématiques régnaient en souveraines dans cette société; évidemment perfectionnées par les travaux des Euler, des Bernouilli, des Clairault,des d'Alembert, des Laplace, elles étaient arrivées à une telle prépondérance, à une telle importance, quelles embrassaient, comme de leur domaine, l'astronomie et la physique; qu'elles tendaient à en faire autant de la chimie et môme de la minéralogie, par la cristallographie. Les sciences naturelles, proprement dites, aussi bien dans les êtres que dans les phénomènes dont elles s'occupent, se prêtant peu ou point à une application des mathématiques, devaient donc être mal appréciées dans l'Académie et, par conséquent, elles étaient négligées '. » Peut-être, et même à l'époque de Linné et de Cuvier, la biologie paraissait-elle encore trop attachée aux classifications statiques dont la logique aristotélicienne lui offrait le modèle. Aujourd'hui, les rôles seraient renversés. La biologie s'est émancipée de ce formalisme abstrait; elle est devenue une science positive, grâce à la notion fondamentale de la relation entre l'individu et le milieu universel, que l'analyse mathématique de Newton avait fait pénétrer dans le monde de la nature inorganique. Elle semble s'éloigner de la mathématique, qu'elle reléguerait volontiers au plus bas degré de la réahté; mais c'est en attribuant à la mathématique, précisément cette interprétation antiscientifique dont elle-même se plaint d'avoir été jadis victime.
1. De Blainville et Maupied, Histoire des sciences de l'organisation et de leurs progrès comme base de la philosophie, t. III, 1845, p. 369, cités par Revault d'Alloancs, in Lamarck, Introduction, p. ">o.
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c'est ou supposant, (juc la malhémalique so laisse ramener aux cadres de la log-iquc scolaslique. Ainsi les critiques dii-igécs tour à tour contre ta hiologic; du point de vue mathématique et contre la mathématique du point de vue biologique, ne sont inverses qu'en apparence; il est remarquable qu'elles consistent les unes et les autres à mettre en lumière rinsufdsancc scientifique du concept aristotélicien. Or Descarles a libéré la pensée du joug- du concept, tel que la syllogistique l'utilisait; à la considération toute verbale et tout extérieure des classes, il a substitué définitivement l'étude des connexions réelles et intimes, ((ui avait déjà inspiré le mouvement de la dialectique platonicienne. C'est la mathématique, libérée la première, qui devait plus lard avec Lamarck servir à rafïranchissement de la biologie.