A L'ILE DU DIABLE
Dreyfus fut dirigé bientôt sur Saint-Martin de Ré d'où il fut ensuite embarqué pour l'île du Diable.
Condamné à la déportation dans une enceinte fortifiée, il devait, aux termes de la loi, vivre libre dans le lieu de déportation. Sa femme devait être autorisée à lç, rejoindre. Il pouvait correspondre avec elle, librement, sous \e contrôle de l'administration. Mais, depuis 1894, sa femme a vainement demandé à le rejoindre ; on a construit autour de la cabane où il demeure un mur qui lui cache la vue de la mer et qui transforme la déportation à laquelle il est condamné en prison perpétuelle. Enfin, M.André Lebon, Ministre des colonies sous le ministère Méline, ne lui a plus laissé parvenir les lettres des siens. On ne lui en remet qu'une copie. Et ce n'est pas tout : on a inventé pour Mme Dreyfus, coupable d'être la femme de ce condamné, ce supplice dont le raffinement fait honneur à l'imagination de M. Lebon : on ne lui donne pas les lettres de son mari. On les lui copie. Elle ne voit pas son écriture,
mais seulement le papier de l'administration sur lequel on veut bien lui transcrire les passages qu'on ne croit pas dangereux de lui laisser lire. On a vainement cherché la cause de celle cruaulé. Les plus acharnés adversaires de Dreyfus n'ont pas encore tenté une explication. Le gouvernement n'a pas essayé non plus de dire en vertu de quel texte, de quel droit, il torturait ainsi Mme Dreyfus.