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PROTESTATIONS D'INNOCENCE

Depuis lors, comme avant la dégradation, comme au jour de son arrestation, comme pendant l'enquête, comme à l'audience, Dreyfus a toujours protesté de son innocence.

La veille de la dégradation, il écrivait au ministre de la guerre .

Monsieur le ministre,

J'ai reçu par votre ordre la visite du commandant du Paty de Clam, auquel j'ai déclaré encore que j'étais innocent et que je n avais même jamais commis la moindre imprudence.

Je suis condamné, je n'ai aucune grâce à demander, mais, au nom de l'honneur qui, je l'espère, me sera rendu un jour, j'ai le devoir de vous prier de vouloir bien continuer vos recherches.

Moi parti, qu'on cherche toujours, c'est la seule grâce que je sollicite.

Le soir de la dégradation, il écrivait à M e Démange.

Cber maître,

J'ai teDU la promesse que je vous avais faite. Innocent, j'ai affronté le martyre le plus épouvantable que Ton puisse infliger à un soldat ; j'ai senti autour de moi le mépris de la foule ; j'ai souffert la torture la plus terrible qu'où puisse imaginer. Et que j'eusse été plus heureux dans la tombe ! Tout serait fini, je n'entendrais plus parler de rien, ce serait le calme, l'oubli de toutes mes souffrauces.

Mais, hélas ! le devoir ne me le permet pas, comme vous me l'avez si bien montré.

Je suis obligé de vivre, je suis obligé de me laisser encore martyriser pendant de longues semaines pour arriver à la découverte de la vérité, à la réhabilitation de mon nom. »

Hélas ! quand tout cela sera-t-il fini ? quand serais-je de nouveau heureux ?

Enfin, je compte sur vous, cher maître. Je tremble encore au souvenir de tout ce que j'ai enduré aujourd'hui, à toutes les souffrances qui m'attendent encore.

Soutenez-moi, cher maître, de votre parole chaude et éloquente, faites que ce martyre ait une fin, qu'on m'envoie le plus vite possible là-bas, où j'attendrai patiemment en compagnie de ma femme...

Voici, prise au hasard, dans la collection une lettre écrite à Mme Dreyfus le 25 décembre 1897 :

Ma chère Lucie,

Plus que jamais j'ai des minutes tragiques où le cerveau s'affole, c'est pourquoi je veux t'écrire, non pour te parler de moi, mais pour te donner toujours et encore les conseils que je crois te devoir.

J'ai fait encore tout ce mois-ci de nombreux et chaleureux appels pour toi, pour nos enfants. Je veux souhaiter que cet épouvantable martyre ait enfin un terme, je veux souhaiter que nous sortions enfin de cet effroyable cauchemar dans lequel nous vivons depuis si longtemps. Mais ce dont je ne saurais douter, ce dont je n'ai pas le droit de douter, c'est que tous les concours

ne te soient donnés, que celle œuvre de justice et de réparation ne se poursuive et ne s'accomplisse.

En résumé, ma chérie, ce que je voudrais te dire dans un effort suprême, où j'écarte totalement ma personne, c'est qu'il faut soutenir ton droit énergiquemenl, car il est épouvantable de voir tant d'êtres humains souffrir iûnsi. car il faut penser à nos malheureux enfants qui grandissent... »

Toutes ses lettres se ressemblent. C'est la même affirmation, la même plainte, le même cri répété sans cesse... « Je suis innocent! Je suis innocent ! »

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