‹ Les etapes de la veriteChapitre 7 sur 14 · L'ILLÉGALITÉ · texte numérisé non relu

L'ILLÉGALITÉ

Une illégalité des plus graves avait été commise.

Tandis que l'accusé et son défenseur croyaient

avoir répondu à toutes les charges de l'accusation,

une pièce avait été communiquée aux juges dans la

salle des délibérations.

« Le bordereau est bieji de Dreyfus avait dit le colonel Maurel, président du Conseil de guerre, à ses assesseurs. (Deux avaient déjà voté pour l'acquittement). Nous avons d'autres preuves de sa trahison. » Et il avait tiré de sa serviette une lettre échangée entre l'attaché , militaire allemand Schwartzkoppen et l'attaché italien Panizardi, lettre saisie par un de nos agents et contenant cette phrase : « Ce canaille de D... devient trop exigeant. ))

Ce D..., c'était Dreyfus, évidemment. La vue de cette pièce détermina la conviction des juges, et par une illégalité, on leur fit commettre une erreur.

La pièce qu'on leur avait fait voir ne s'appliquait pas à Dreyfus. Jamais les attachés militaires ne désignent pac l'initiale de leurs noms les espions à leur solde. De plus, la lettre contenant cette phrase était arrivée dans les bureaux du ministère de la guerre huitmois avant les poursuites l M n'y avait donc aucune raison pour que ce D désignât plutôt Dreyfus que Durand, Dupont ou Dupuy (1).

(1) Cette lettre était si peu probante que, lorsque des doutes sérieux commencèrent à s élever sur la culpabilité de Dreyfus, le

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