LOUIS BLANC
Les idées de Considérant et de Pierre Leroux sont tirées directement des enseignements de Fourier et de Saint-Simon. Louis Blanc et Vidal présentent une formule plus politique, plus immédiatement accessible de la réforme sociale ; avec l'auteur des Principes du Socialisme et Fauteur de r Egalité, avec Pecqueur, Cabet et Proudhon, ils ont constitué ce que nous avons déjà appelé Técole de 1840.
Cette école qui, à vrai dire, n'est qu'un groupement d'hommes, de tempéraments, d'aspirations, de philosophies différentes, a poussé, à son point extrême de précision, la pensée socialiste française avant la Révolution de 1848, — contemporaine ellemême du manifeste des Communistes. Aucun des publicistes, qui la composent, n'a pu se flatter de xésumer en lui l'intégralité de cette pensée, mais chacun d'eux a contribué à former les éléments d'une doctrine, qui ressemble par beaucoup de traits à celle du document fameux signé die Macx et ^l'Engjelâ.
Louis Blanc et Vidal ont marqué la nécessité da recours à l'Etat, justifié la conquête des pouvoirs
publics, préface de toute révolution. Pecqueur et Cabet ont exposé avec une ampleur sans précédent, l'un le collectivisme, l'autre le communisme absolu. Proudhon, enfin, a mis en plein relief l'antagonisme des classes, le vice initial de la propriété, le prélèvement permanent du capitaliste sur le salarié, les contradictions internes d'un régime économique qui fait d'autant plus de malheureux qu'il accumule plus de richesses. Réunissons toutes ces données : nous avons l'expression presque totale du marxisme. Cette doctrine combinée dififère pourtant de celle qui est aujourd'hui le fonds commun du socialisme international. D'une part, elle se proclame idéaliste, elle invoque à chaque pas les abstractions de droit et de justice ; de l'autre, elle a ignoré le matérialisme historique, c'est-à-dire lexplication de l'histoire par le déroulement des nvénélnents économiques ; par suite elle n'a pu prouver avec une clarté complète que l'évolution naturelle même du régime capitaliste entraînait toutes les nations du Vieux Monde vers une phase nouvelle, où elles pourraient pénétrer avec des secousses relativement atténuées et un minimum d'eflPorts. Il faut ajouter, après bon nombre d'écrivains socialistes de notre temps, que le matérialisme historique ne fait point corps avec le système des lois marxistes,, et qu'on pourrait l'en détacher sans toucher ni à la thèse de la plus-value, ni à celle de la concentration industrielle ou agricole.
Les publicistes français de 1840, que nous avons rassemblés, un instant, pour coordonner leurs apports, ont été très loin de former un groupement comparable à celui des saint-simoniens ou des fou-
rîérîstes. Ils n'avaient en réalité rien de commun, sinon l'époque où ils ont vécu. Leurs aspirations étaient essentiellement contradictoires. A côté de Louis Blanc et de Vidal, qui attendent de la puissance publique toute la transformation sociale et qui ne craindront jamais de trop renforcer l'action gouvernementale, Proudhon considère l'écrasement, la dissolution de l'Etat comme la condition suprême de toute rénovation. Au lieu de concéder à l'Etat la direction des actes décisifs à accomplir, il lui voue toutes ses haines ; il ne voit en lui que l'arme de la compression plébéienne. — Chez Marx, à l'inverse, la puissance publique qui peut passer demain au prolétariat est sans cesse distinguée de TEtât — expression normale et exclusive d'une domination de classe — ou plutôt telle est la pen* sée intime de l'auteur du Capital^ car la formule en est toujours si ambiguë qu'on a pu souvent redouter une antinomie fâcheuse.
Sur un second points fondamental aussi, les publioistes de 1840 sont entrés en lutte les uns avec les autres. Louis Blanc et Vidal, et de même Pecqueuf^^ et Cabet, ont cru que bourgeoisie et prolétariat pour- | raient se rapprocher, s'allier, se confondre pour 1 forger un nouveau statut social. Ils conservent la foi -^ robuste des précurseursdans la générosité humaine. Hantés, obsédés par la croyance en un 4 août capitaliste, ils ont écarté, en dernière analyse, l'hypothèse d'un mouvement d'en bas. Proudhon , au .contraire, n'a pas cessé de poser l'antagonisme des classes comme irréductible et il est fort curieux de voir cet écrivain petit bourgeois, dont les projets pratiques ne visaient qu'à un élargissement indé-
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fini de la petite bourgeoisie, recommander aux pro«létaires, du commencement à la fim de sa carrière, d'éviter tout compromis entre chefs d'industrie et salariés*
11 serait loisible de souligner encore d'autres dit» férences, mais elles ressortiront d'elle&-mèmes au cours de cet exposé . MieiKC vaut insister ici sur le rôle que les prédications socialistes delà monarchie de Juillet ont joué dans la préparation de Février
Jusque vers 1832 ou 1833, le prolétariat était demeuré k l'écart de toute propagande sociale. Les conféren«ces des saint-simoniens et de» fouriéristes s'adressaient moins aux ouvriers qu'aux intellectuels du temps, et tous ceux qui se sont illustrés?, eh participant aux recherches de ces deux sectes, étaient sortie de la graride ou de la moyenne bour-^ geoisie. Sous la Restauration, l'opposition avait uniquenxent défendu des dogmes politiques; réclamé l'extension, du droit de suffrage, la limitation de l'autorité monarchique, la répression des entreprises clérrcaleSi Au début du règne de Louis-Philippe, c'étaient encore les problèmes politiques qui avaient accaparé l'attention, — le parti républicain surgissant soudain des barricades de Juillet. ^ L'insurrection lyonnaise de 1831 éclata comme im coup de foudre. Brusquement, elle fit passer, au premierplan, des revendications sociales, longtemps demeurées latentes. Il apparut à tous que des hommes nouveaux, tirés de la pénombre où ils s'étaient enfouis, réclamaient leur part de fortune et de bonheur. Le soulèvement des tisseurs, qui voulaient « vivre en travaillant on mourir en com^