X.ftS ÉTAPES DU SÙCIXÎ.ISUE
battant » illunima dW éclat inattendu l«s easeignements saînt-simonîens et fourîéristes. Il n'en fallut pas plus pour que les sociétés républicaîaes^ si actives, si remuantes alors, inscrivissent dans leurs programme* d^ articles d'allure socialiste. Le milieu était admirablement préparé pour la diffusion des i4é(es que Louis Blanc et Aes contemporains allaient répandre.
Si la Révolution de Février a tant différé de 1789 et de 1830, si elle a été marquée parnn gigantesque sursaut ouvrier, si «elle a pris Taspect, dans ses premiers jours, d'un triomphe de la démocratie plébéienne, «es tcaraetères lui ont été imposés par les publicistes mêmes que nous avons énumérés.^ Le prolétariat dje 1848 n'était pas encore pénétré \ de ridée de Topposition obligatoire des classes ; il ^ croyait que ses maîtres pourraient s'unir à lui pour secouer sa servitude, et que l'universalisation du suffi^age serait la préface de l'iuniversalisation de la propriété. Aoet égard, il n<»iirrissaît des conceptkms erronées que lui avaient inculquées la plupart des livres et d^ brochures du temps ^ mais s'il était incertain sur la tactique à suivre, s'il se trompait sur la méthode naénite de Ron émancipation, il savait •déjà iqiie sa snJxoï^dinatioBi résultait de tout le statut éeononoâque. SI avait appris que les conquêtes politiques ne sontnien ou presque rien, qn'eUes doivent être tenues pon;r des moyens, non pour des objectifs «définhife, 'H s^ r;iit con^aiihou fque l'origine de tous «es msmx était r:aeca|>aremen:t des outils et ées machines par \me minorité, et que Jres souffrances ne cesseraient que du jour où ce monopole serait brisé, et c'est pourquoi, marchant vers l'Hôtel de
aiate ; saisies aviaement par le prolétariat que les émeutes lyonnaises et parisiennes avaient tout à coup éveillé, leurs œuvres ont forgé une force plébéienne, et par la nécessité même des circonstances, ils ont été tous, ou pVesque tous, à la fois des* penseurs, des écrivains et des chefs de révolution, et c'est cette particularité, avec la diversité des opinions exprimées, qui donne tant d'attrait à^ Tétude de l'école française de 1840.
Louis Blanc mérite la première place en cette enquête, d'abord parce que sa solution est plus modérée, partant plus politique que celle de Cabet ou de Pecqueur ; ensuite, parce que les événements mêmes, en le portant au pouvoir, lui ont permis d'expérimenter sa doctrine ; enfin, parce que le rayonnement de ses idées dans la classe ouvrière a atteint une intensité inouïe. L'opuscule qu'il a publié : V Organisation du Travail^ a doté Février de sa devise et de son mot d'ordre. Proudhon, sans doute, marquera une autre profondeur d'analyse, une autre puissance dialectique et bouleversera plus systématiquement toutes les notions acquises ; mais le Mémoire sur la Propriété ou les Contradictions ne pouvaient encore agréer à la foule, avec leur argumentation trop serrée. Le petit livre de Louis Blanc, au contraire, d'une forme simple et véhémente, d'allure oratoire et parfois grandiloquente, était armé pour frapper davantage les masses françaises qui, vers 1840, plus qu'à toute autre époque, s'ouvraient à la sentimentalité. Proudhon se complaît dans les déductions logiques ; Louis Blanc déploie de larges aperçus sociaux où éclate toute la misère du temps avec la compression des salariés, la multiplication du chômage, l'asservissement du travailleur parcellaire. Il trouva un succès littéraire que justifiaient la teaue de son style, l'allure parfois romantique de ses exposés, la note de pitié partout distribuée avec soin, et, en 1847, l'Organisation du Travail atteignait sa septième édition.
Dans la critique, ou plutôt dans Texamen que tious en donnons, nous voudrions faire deux parts. 11 serait injuste de confondre l'homme politique avec le penseur, et d'appliquer à çelui-ci la défaveur, la sévérité que suscitent les actes ou les erreurs de celui-là,
Louis Blanc, en 1848, se proclamait résolument socialiste, et l'on serait d'autant moins fondé à kii dénier cette qualification, qu'il a abouti, en réalité, et par certains côtés, à la formule communiste. En l'appelant au gouvernement provisoire, ses collègues radicaux, modérés ou demi-monarchistes, tendaient, d'une part, à discréditer le socialisme, de l'autre, à le diviser contre lui-même ; ils avaient cédé aussi à la poussée populaire, aux aeckanatii^ns de la foule qui revendiquait l'accession d'un de ses hommes aiï pouvoir central de l'Etat,
Les révolutions sont le champ d'expérience des doctrines économiques, politiques et sociales. De même que la Commune a conjfondu le proudhonisme, en contraignant les proudhoniens ht des actes que leur philosophie réprouvait, et à la conquête de l'Etat en première ligne. Février a été mortel pour le système de Louis Blanc, ou mieux pour la thèse de la collaboration des classes. Il n'est douteux pour personne que le collègue le plus avancé des Lamartine, des Crémieux et des Ledru-Rollin, ait voulu sincèrement entamer les grandes transformations qu'il avait rêvées et préconisées. Nous supposerons qu'en acceptant une participation qu'il avait prévue et qui ne heurtait pas les conceptions du prolétariat, à cette époque, il avait moins écouté son ambition que sa volôînté
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de servir la plèbe. Il «et mixtile de rapetisser encore riiumanité en dénaturaiU; ^eos les afites, et en faisant toujours saillir le mobîie d'intérêt personnel. Nous n*insisteronfi même pas sur la rapide désagrégation de la pensée communiste chez l'écrivain a&sooié axLX pompes du pouvoir, forcé de lutter à chaque instant et contre les prolétaires, ses commettants, et contre les autres membres du gouvernement, de plus en plus affolés par le péril de gauche. Si nous nous arrêtions k ces considérations, nous apparaîtrions infidèles à l'idée directrice de ce livre qui s'interdit la polémique .
Au lendemain même de Février, dans ces joiirs où les ouvriers de Paris prononçaient le mot héroïque, mais inopportun et malavisé : « Nous mettons trois mois de misère au service de la République )), la trahison de la droite du gouvernement s'est affirmée en traits saisissants. Elle a rejeté le ministère du Travail et sauvé la haute banque. En quelques heures elle orienta toute sa politique : les faubourgs de Paris pouvaient ne pas comprendre la volte-face ; Louis Blanc, siégeant au Conseil, n'avait point le droit à l'ignorance. 11 s^est condamné lui-même en méconnaissant le sens vrai de la situation ; et peu à peu, l'aberration, qu'il avait pu subir en toute sincérité, est devenue complicité passive, puis active. Mais là doit se borner notre jugement sur l'homme, sur le ministre.
L'introduction même que Louis Blanc a donnée k V Organisation du Travail^ en sa 7® édition datée
de 1847, résume les principes que le livre développe, tout en demeurant d'une exactitude très contestable sur un point.
L'auteur se propose de « demander que le droit ^ de vivre par le travail soit réglé, soit garanti » ; il «salue le Créateur en son œuvre». Le système qu'il défend, en vue de la suppression de la misère « repose sur le spiritualisme le mieux senti » et c'est la classe sensualiste qui le somme de ne point faire appel au matérialisme des intérêts !
Louis Blanc n'entend pas qu'un soulèvement prolétarien ou populaire — qu'il croit possible — s'exerce au hasard et se livre aux caprices déréglés de la masse. <( On se trompe étrangement si l'on suppose que les révolutions s'improvisent. Les révolutions qui n'avortent pas sont celles dont le but est précis et a été défini d'avance ». Quant à ceux qui l'accusent de chimère, il leur répond fort congrûment : « Savez-vous si la rêverie d'aujourd'hui ne sera pas la vérité dans dix ans ? »
La réforme sociale est l'objectif suprême qu'il poursuit, mais s'il est nécessaire de s'occuper de sa préparation «il ne l'est pas moins de pousser à une réforme politique ». Car si « la première est le but, la seconde est le moyen ». Le pouvoir, force organique par excellence, doit être saisi par les novateurs, qui sans lui accompliraient une tâche perpétuellement stérile. « Ne pas le prendre pour instrument, c'est le rencontrer comme obstacle ». Son concours est d'autant plus utile, que la libération de la classe inférieure ne se peut opérer par une série d'efforts partiels et de tentatives isolées. 11 y faut appliquer toute la force de l'Etat.
Çelui-cl manifestera son action comme banquier des pauvres, mais non point comme accapareur de l'industrie et de la propriété. Lui seul émancipera les petits, leur conférera la vraie liberté, qui existe aujourd'hui jusqu'à l'abus pour la minorité, qui est refusée à tous les autres ; lui seul donnerai Thomme le pouvoir de s'instruire et de se développer. S'il n'y avait plus de classes, le gouvernement serait inutile. Mais jusque-là le socialisme, qui tend à universaliser les fortunes, ne saurait être fécondé que par le souffle de la politique.
Ce premier exposé exprime nettement les tendances de Louis Blanc. Nous ignorons encore sa formule de répartition, ou l'aménagement qu'il conçoit pour sa société future ; ou plutôt nou« constaterons que la dénégation un peu simpliste qu'il émet sur le rôle de TEtat en matière économique correspond assez mal à la plupart de ses déductions. Pour le reste, il s'affirme étatiste fervent et^ professe, avec une extrême vigueur, la théorie de la conquête des pouvoirs publics. U apporte, il est vrai, une atténuation p cet étatisme, en supposant que le gouvernement s'évanouira avec la disparition des classes : atténuation qui surprend quelque peu de sa part et qui suscite la discussion.
La critique du régime social contemporain est empruntée à Fourier, mais présentée sous une forme plus ramassée et partant plus frappante. L'essence même de l'économie, le principe qui la
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domÎDe^ est Tantigoubme des intérêts, la lutte des forces, autrement dit la concurrence.
Or la coûcnrrencft est pour le people un système d'extermination, et Loois Blanc étudie et classe méthodiquement ses méfeits.
Tout d'al)ord « elle pousse la production à une activité toujours plus intense » . La confusion, issue de l'opposition de tous à tous, dérobe à chacun la connaissance du marché. « Il n'est pas jusqu'à ceux qui produisent à perte qui ne continuent à produire, parce qu'ils ne veulent pas perdre la valeur de leuxs machines, de leurs outils, de leurs matières premières ». De tout ce dérèglement, de cette perpétuelle émulation qui déverse les marchandises sans compter, de o^te surexcitation des initiatives individuelles, qui s'exercent en ignorant la somme des efforts humains, la surproduction sort efifroyable et continue, bouleversant le monde par ses excès.
Ainsi le premier effet de Ja concurrence est de refuser le travail à l'ouvrier. Comment le rémunérerait-on alors qu'à chaque instant le total des denrées fabriquées excède les demandes de la consommation, et que des crises, se déchaînant sur les nations civilisées, contraignent les industriels à accumuler leurs tissus, leurs fers ou leurs aciers? Le travailleur se heurte aux travailleurs, mais avide de vivre, à n'importe quel prix, il abaisse ses exigences au niveau de ses besoins les plus rudimentaires, et ce salaire de famine devient le salaire normal. Au reste, le prolétaire est en lutte, non seulement avec un contingent énorme d'autres prolétaires, maïs avec ceux qui naissent chaque
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jovtr et avec les machines <jin remplaoent des milliers d'êtres humains. Dans notre état social, en effet, rexcédeint de population, restant inemployé, ne contribue qu'à grossir les soufirances de la masse ; le machinisme, qui devrait être exploité au profit de tous, pour atténuer la peine et l'effort, devient l'instrument de domination de l'aristocratie dirigeante et condamne la foule à périr de disette.
Ces traits douloureux ne suffisent pas encore •. Au début de notre période d'activité manufacturière, Thomme n'était en rivalité qu'avec l'homme ; aujourd'hui la femme et Tenfant, forcés eux aussi de s'enrôler pour subsister, lut disputent le marché du travail, et trop souvent le conquièrent, par l'exiguïté même de leurs revendications, — si bien que l^âge foit la guerre à l'âge, le sexe au sexe, le malingre au robuste, et que le nombre des vaincus et des mourants augmente sans cesse sur ce vaste champ de bataille. Au lieu de croître par suite, comme raffirment les orthodoxes, les pseudo-libéraux, toujours occupés a glorifier le fait et à eflSicer le droit, les salaires fléchissent avec rapidité. Louis Blanc nous apprend que la baisse a été permanente et générale de 1840 à 1847, et qu'à la veille de Février, certaines femmes ne gagnaient que ir. 57 par jour.
Malgré toute cette détresse, en dépit des priva-* tions et des périls de toute sorte qu'engendre le développement d«sfabriques, la population des campagnes reflue en permanence vers les villes. Non qu'elle méconnaisse absolument la condition qui l'attend après son émigratioii, mais parce que, sou«
vent, les capitaux désertant la terre pour la métallurgie, les industries textiles, la papeterie, etc., elle est contrainte à ce changement d'existence. Elle y est aussi incitée par l'expansion du réseau ferré qui va lier aux chefs-lieux, à la capitale, les villages les plus reculés et qui fait luire à l'extrémité des rails la splendeur des grands centres. La surpopulation des puissantes agglomérations aggrave encore la rivalité néfaste des prolétaires, et ainsi les chemins de fer, comme les machines, comme les métiers mécaniques et les énormes marteaux-pilons, loin d'améliorer le sort des hommes, leur offrent uniquement une recrudescence de misère.
Pour toutes ces raisons 'les ouvriers se déchirent les uns les autres : « une société semblable est en —gestation de guerre civile ».
Aux travailleurs, il ne reste même plus l'asile du foyer, la consolation de la famille, car celle-ci est dissoute par le progrès, ou si Ton préfère, par la ^transformation économique. Le père, la mère, l'enfant, employés chacun de son côté, se' rencontrent à peine ; ils rentrent au logis, tous épuisés, accablés. Comment Taffection la plus naturelle survivrait-^lle à un pareil régime ?
Les prolétaires de l'avenir seront encore exposés à des tares, à des infirmités que nous ne connaissons pas. Par l'excès de labeur, nous éliminons toute énergie future de nous et de nos descendants ; par l'emploi prématuré des jeunes garçons et des jeunes filles, cloîtrés dans l'atmosphère viciée des usines, écartés de tout exercice physique salutaire et réglé, nous tarissons en eux la santé et la vie. Non seulement, nous leur inter-
disons l'instruction en leur fermant la porte de l'école et en leur ouvrant trop tôt celle de râtelier, mais nous commettons siir eux à chaque instant une violation du droit à l'existence. « Il se prépare une génération décrépite, estropiée^ gangrenée, pourrie ».
La bourgeoisie fonde sa domination sur cet antagonisme interne et sur cette déchéance matérielle et morale de la classe ouvrière. Plus la rivalité s'exerce entre les malheureux pour conquérir le salaire, quotidien, plus la femme et l'enfant montrent d'âpreté à arracher les fonctions de la manu- Jacture à l'homme fait, plus la machine consomme sa tâche d'exclusion et d'écrasement, plus le chemin de fer agglomère la population dans les centres et développe le contingent des chômeurs obligatoires, et plus les dirigeants de l'industrie se sentent forts et triomphants. Mais qu'ils entendent cet avertissement : « Le sort de l'homme du peuple qui ne peut plus ni semer, ni cueillir, ni chasser, ni pêcher, ni mendier, ni dormir sur le pavé... est devenu tel qu'il faut qu'il se tue ou qu'il vous tue )).'
Le régime actuel — par ailleurs — est tout aussi funeste à la bourgeoisie qu'au prolétariat. La concurrence, qui décime celui-ci, pratique sans cesse des coupes sombres dans les rangs de celle-là, et réduit en permanence son contingent.
Ce. n'est pas en vain que les détenteurs de la terre luttent continuellement avec les détenteurs
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de la terre, que les propriétaires ^les machines se combattent 1^ uns lefi «titres, qtie les commerçants sont en proie a mn perpétuel et uniTersel conflit. L'antagonisme qpiî a assuré !e règne des lîapitalistes, principe s^upré^e de tyrannie, est aussi ponr eux un instrument de mort. Ils se mutilent de leurs propres maîas et déjà le sol est jonché de leurs ruines.
La concurrence qni accable les faibles et qui n'effraie point les forte, conduit au monopole. Tel, après avoir étouffé ses adversaires par des procédés loyaux ou déloyaux — au regard de la loi — est aujourd'hui martre d'une industrie ou du moins s'en croit maître : demain il sera peut-être débusqué et exécuté a son tour. Aucune situation n'est assise ; aucune prééminence n'est durable, fa révolution économique opère à chaque heure, à chaque instant. « Dans cet abominable système de luttes quotidiennes, l'industrie moyenne a dévoré la petite industrie. Yictoire à la Pyrrhus ! Car voilà qu'elle est à son tour dévorée par l'industrie en graftd », La classe gouvernante chancelle sur ses bases^ qu'elle jugeait inébranlables : « elle ne s'aperçoit pas que tout son sang coiile et qu'elle est occupée à se déchirer les entrailles. »
Elle est frappée d'une déchéance certaine, si on l'examine dans son ensemble, parce que la petite et la moyenne propriété, ses points d'appui, sont menacées de toutes parts, et que sur leurs débris se relève la grande propriété d'autrefois. Il en est des exploitations agricoles comme des fabriques et des magasins. Les uns et les autres cèdent la place aux établissements plus vastes qui s'arrondis-
sent à leurs dépens et qui accaparent peu à . peu la production, la transformation et l'échange. Le pétrit propriétaire foncier, pour lequel la Constituante marquait tant de tendresse, ne peut plus vaquer exclusivement au soin de son domaine ; il est con* traint, pour vivre, de se faire journalier chez son opulent voisin. Et ainsi, tandis que le prolétariat est tenaillé par le dénûment, la bourgeoisie disloquée a fond, divisée contre elle-même, travaillée par un mal non moins cruel, est versée sans trêve dans la plèbe déshéritée. La concurrence, fléau à deux tranchants, fait des victimes de tous côtés, et atteint simultanément ceux qui l'exercent et ceux contre qui elle s'exerce.
Louis Blam; n'arrête pas là son réquisitoire. Il reprend les diatribes de Fouifier contre le commerce « ver rongeur de la production », contre l'organisation du crédit qui, loin de fournir des instruments aux travailleurs^ consacre l'oppression générale, — contre le système de l'éducation enfin, toujours refusée à la classe la plus pauvre et la ■plus nombreuse.
La détresse de l'agriculture frappe longuement son regard. Il s'aperçoit que les populations la délaissent pour aller remplir les grands centres. Elle est attaquée à la fois par le latifundium, par l'immense domaine qui convoite les moyens et les petits fonds» et par les lois s*tr l'héritage qui ont édicté le morcellement à l'in^ni. Or, si le propriétaire rural est menacé d'asservissement, il est par
ailleurs voué à Timpuissance, par Texiguïté môme de son domaine, où les capitaux d'exploitation font le plus souvent déiaut, où les procédés scientifiquesy par manque d'étendue et par pénurie d argent, ne peuvent être appliqués. Déjà Young, dans son voyage en France avant 1789, avait constaté ùhez nous le dépérissement des cultures, qui va s'accëntuant, et qui nous acheminera, si nous n'y prenons garde, à une condition analogue à celle de l'Angleterre.
Cette préoccupation de Tavenir de la terre, que le socialisme éliminera à certaines époques pour ne se soucier que du mouvement industriel, cette sol* licitude pour la production des céréales et pour l'élevage qui perce avec tant d'éclat dans certaines œuvres contemporaines, nous les avons déjà cfonstatées dans Fourîer. Elles s'expliquent à coup sûr par une saine notion du rôle de l'agriculture dans la vie des peuples; mais elles se rapportent aussi aux craintes qu'inspirait alors l'émigration continue des ruraux vers les cités. Cet afflux ne s'est pas atténué ; nous aurons plus loin le loisir de le montrer universalisé dans les deux hémisphères, bouleversant totalement les rapports anciens de la population. Mais pour nous, il constitue un phénomène d'origine lointaine' déjà, et partant moins effrayant. Nous avons appris aussi que la terre, pour rendre assez de blé, d'avoine et de vin, ne requiert plus des millions de bras. L'exemple de la France actuelle qui touche, n^algré la désertion partielle de ses hameaux, à une production sans précédent, est assez concluant en cet ordre d'idées. Mais Louis Blanc n'avait pu apprécier encore toute
l'énergie de la transformation mécanique ou des adaptations chimiques ; il n'avait piis non plus discerné assez nettement la neutralisatioa l'une par l'autre de ces deux tendances, la reconstitution de la grande propriété, le fractionnement à l'infini. Mais quelque atténuation qu'on doive y apporter, sa critique n'en subsiste pas moins et ses conclusions n'en demeurent pas moins suggestives.