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VIT

Récapitulons : le prolétariat et la bourgeoisie souffrent également, l'un de la misère, l'autre de la suppression permanente de ses garanties d'existence ; le commerce et la banque restaurent la suprématie d'une oligarchie ; l'ignorance devient la condition obligatoire et comme naturelle de millions de citoyens ; et par l'abandon de la terre, les moyens de subsistance sont destinés à se raréfier. Comment délendrait-on un pareil régime, et quels sont les éléments sociaux, à part l'infime minorité des possédants et des gouvernants, qui voudraient le sauvegarder de tout assaut?

« Personne n'a intérêt à soutenir l'ordre ancien, puisqu'il lèse tout le monde ». Ailleurs, Louis Blanc écrit : ce Une révolution sociale doit être tentée ; 1® parce que l'ordre social actuel est trop rempli d'iniquités, de misères et de turpitudes pour pouvoir durer longtemps ; 2® parce qu'il n'est personne qui n'ait intérêt à l'inauguration d'un nouvel ordre social ; 3® parce que cette révolution si nécessaire^ il est possible, facile même, de l'accomplir pacifia quement. » Et précisant d'un mot ses vues, il ajoute :

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« Ce n'est pa»à rinégalité des droits que l'inégalité des aptitudes doit aboutir, c'est à l'inégalité des devoirs. »

Laissons cette derrière formule pour en veair au concept révolutionnaire de l'auteur de VOrga^ ni&ation du trasfuiL

'Pour établir la légitimité d'une subversian du système capitaliste, il ne se réfère point explicitement au mouvement économique lui-même. Il expose bien la concentration progressive de l'industrie et il proclame le règne du monopole, mais il ne semble pas qu'entre l'avènement d'une société nouvelle et celte expropriation continue des petits et des moyens détenteurs d'instruments, il ait saisi le lien d'une filiation nécessaire. Tout au moins s'est-il gardé de toute expression catégorique. Il est révolutionnaire par pitié,- par sentimentalité, mais sa compassion ne va pas seulement au prolétariat, elle embrassé en même temps la bour- ^geoisie, dont l'avenir s'assombrit. Et ce n'est point du prolétariat considéré comme une classe distincte, d'intérêt* et d'aspirations délimitées, qu'il attend l'attaque finale j c'est de ce prolétariat associé à ses maîtres, non nM>ins menacés ou plus éclairés. Louis Blanc pe«t bien, de-ci de-là, attaquer le capital, ses accaparements, ses exigences, et les institutions fondées sur sa prééminence, l'intérêt et le salariat Par des déductions étranges, et qu'il n'a pas été seul à développer, il a envisjagé ' r alliance chevaleresque et idéale des capitalistes et des ouvriers dans une croisa^de contre le passé.

Le socialisme postéiîieur à Marx, et Marx luimême, ont bien établi le caractère précaire de la

LES évAjnsB mj BOciÈaumE 12^

propriété bourgeoiftc et la «îtufrtion déplorable d'iirve fraetkm de» posfiédan** guettés par la prolétarisation, mais ils n'ont jamais supposé que la grande bourgeoisie pourrait, par abnégat;k>n , par générosité, renouveler k 4 Août et consommer sa propre dépossession. Les prémisses de Louis Blanc restent inattaquables, «n «Cf? sens que la classe capitaliste et la plèbe ouvrière sont à la lois asservies et écrasées par le jeu normal des forces économiques, maïs les conséquences qu'il en tire y contredisent formellement, car il a lié dans une même catégorie d'intérêts et par suite de revendications, les petits industriels, les petits boutiquiers, les petits cultivateurs cha^^és peu à peu et fatalement de leurs établissements, et les millionnaires et milliardaires qui grandissent sur leurs ruines et qui, aristocratie nouvelle, non moins étroite que l'ancienne, groupent toutes les énergies de production entre leurs mains.

En d'autres termes, alors que la thèse fondamentale du socialisme, depuis le manifeste des Com- "munîstes, a été la lutte des classes, stricte interprétation des phénomènes universellement constatés, Louis Blanc a mis tout son espoir dans une collaboration intime et sincère des oppresseurs et des opprimés. Après avoir énuméré tous les vices de la société présente, toutes les souffrances qui pèsent sur elle et qui l' épuisent, il a invité ceux qui bénéficient de ses maux et qui les ont provoqués, à les effacer d'un trait de plume en renonçant à leur privilège politique et économique. On conçoit dès lors qu'il ait proclamé le caractère purement légal et pacifique de la transformation^

qu'il se soit menue refusé à discuter la possibilité

^.d'une lutte violente ou prolongée. Bourgeois et

prolétaires associés célébreront la déchéance de la

vieille société, et une ère nouvelle commencera,

Vgu'aucun nuage ne troublera plus.

La conquête des pouvoirs publics, la mainmise / sur l'Etat qu'il préconisait en son introduction, n'ont plus aucune analogie avec celles que pré- * voient, depuis 1875, les divers programmes du parti ouvrier. Il ne s'agit plus d'une invasion des Parlements par les représentants des travailleurs, ni de leur intrusion en masse, à une échéance déterminée, dans le conseil suprême de la nation, ni de cette dictature anonyme du prolétariat qui a été tant discutée. Pour préparer la refonte totale du système, il suffit que quelques députés plébéiens s'immiscent dans les Chambrés à côté des députés de la grande industrie ou de la grande agriculture. La conquête de la puissance publique sera partielle, non plus intégrale. Quelle économie d'efforts et de temps ! et lorsque l'eff'ectif de la nouvelle Montagne sera assez- serré, le débart s'ouvrira pour la revision du procès social. Il aboutira à la constitution d'un gouvernement provisoire, chargé de liquider le passé, et d'édicter le premier fonds des réformes, surtout de procéder à de vastes enquêtes. La théorie du pouvoir exécutif de 1848, de la combinaison issue immédiatement de Février, se trouve en germe dans le livre de Louis Blanc, et Ton comprend qu'il n'ait pas hésité un instant à associer son action à celle de ses collègues de tous les partis démoèratiques.

Cette conception ne s'harmonise qu'imparlaite-

ment avec une assertion que nous avons relevée plus haut. Une fois la révolution commencée, ï'Ktat disparaîtra, parce qu'il est l'expression de la domination d'une classe. Le socialisme scientifique n'a point rencontré une formule plus lapidaire, mais elle se Justifierait chez les marxistes, et elle détonne quelque peu dans YOrganisation du Iraçail. Si le régime capitaliste est ébrafllé et renversé par l'assaut, du prolétariat, celui-ci, triomphant, abolit dans sa racine l'appropriation individuelle, et du même coup la division des classes disparaît. Mais Louis Blanc, qui préconise une collaboration de bonne foi, qui attend de l'Etat capitaliste les résolutions les plus hautes, et les plus généreuses^ ne saurait vouloir sa mort. A la rigueui;, il est fort admissible que les prolétaires le maintiennent à titre temporaire pour se servir de lui, encore que cette adaptation doive comporter d'é* tranges remaniements, puis dénué de raison d'être, une fois le mode de propriété présent aboli, ce gouvernement s'écroulera comme une charpente sans étai. Comment souscrire à une conclusion analogue, lorsque malgré certaines données communistes, on conserve pour une longue durée la coexistence de deux formes sociales antagonistes, tît que toute l'action de l'Etat — Etat mêlé, issu de la collaboration de deux éléments eux-mêmes naturellement opposés — sera indispensable pour assurer le triomphe de l'une sur l'autre ? Le problème devient d'autant plus inextricable qu'on Tétudie davantage.

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Louis Blane a coasacré tout un chapitre de son livre, le cinquième, à l'expo&é de l'organisation du travail industriel. Nous savons qu'il compte sur la puissance publique pour révolutionner la société; il compte sur eUe encore pQur installer l'ordre nouveau. Elle s'est appelée Jusqu'ici la résistance; elle sera, elle doit être le mouvement ; et son premier soin s'appliquera à la constitution d'un ministère du travail doté d'un budget considérable.

Il n'est point question de xîoncentrer à la disposition de la collectivité nationale toute l'industrie et toute Tagricull^re. La conception de Louis Blanc est intermédiaire entre le collectivisme et le fouriérisme, c'est-à-dire qu'il n'a pas eu foi dans l'association libre, et qu'il n'a pas osé déposséder d'un coup les particuliers au profit de la société.

L'Etat révolutionnaire qu'il rêve disposera seulement de la banque, des mines, des chemins de fer, des assurances, de certains entrepots de marchandises. Le crédit, une partie de l'industrie, une partie du commerce et des transports lui sont assignés, mais l'initiative des particuliers peut encore se donner libre carrière, et la propriété indi^ viduelle se juxtapose à la propriété sociale. ~ Poursuivant sa tà<die, l'Etat, avec les ressources qui lui ont été attribuées, forme des ateliers qu'il subventionnera et où des ouvriers mettront en commun leurs efforts et les sommes qu'ils peuvent posséder. Les capitalistes eux-mêmes y seront

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admis, tout comme dans le phalanstère de Fourier et de Considérant, et l'intérêt de leurs apports pécuniaires lear sera âdèlement servi. Les chefs d'ateliers seront d'abord nommés par le pouvoir, puis élus par les associés. Du bénéfice net, plusieurs fractions seront déduites : pour les invalides, les veuves et les orphelins, pour les dépenses communes^ pour Tamortissement du capital, pour les secours aux autres ateliers qui pourraient péricliter. Quant aux travailleurs, ils seront rémunérés selon une formule de répartition que Louis Blanc n'a jamais déterminée définitivement : égalité des salaires, droit au produit intégral du labeur accompli, ou encore satisfaction des besoins. Il a toutefois marqué une . préférence pour cette mé-^ thode : « Chacun produira selon ses facultés et consommera suivant ses besoins », quoiqu'il Tait déclarée inapplicable en période de transition! '^

L'atelier social fondé, de-ci de-là, à titre d'expérience au début, s'étendra de proche en proche et battra en brèche l'atelier individuel et l'indiistrie privée. Il s'agit, du reste, bien moins d'écraser cette dernière que de* l'amener à composition et de lui inculquer la notion de ses véritables intérêts* Au bout d'une phase d'antagonisme, dont l'issue n'est pas douteuse, elle capitulera forcément et alors la production industrielle^ dans son ensemble, recevra une impulsion unique qui conjurera les crises. Louis Blanc, instituant d'une part la banque d'Etat, c'est-à-dire la faculté pour tous les citoyens d'être commandités, reconnaissant de l'autre au gouvernement le devoir d'ouvrir des usines modèles, ne veut pas supposer un instant

Au reste, il ne se borne pas à l'appliquer à la transformation métallurgique ou textile, il Tétend à l'agriculture, ki, il se rapproche de plus en plus de Fourier, en réclamant la fondation de eolonies collectives, qui recevraient, il est vrai, de TEtat, les terres et le mobilier ; les ateliers industriels annexes permettraient aux deux cent cinquante individus qui seraient ainsi rassemblés, de vaincre le chômage hivernal. La propriété du domaine appartiendrait aux associés, qui se partageraient les produits, en effectuant les prélèvements nécessaires au service de la fiscalité, à la prévoyance, à l'assistance et à l'assurance. L'auteur insiste sur le caractère attrayant de la tâche de la sorte aménagée, — sur la somme de jouissances qu'obtiendraieût les nouveaux phalanstériens, sur la diminution de frais de toute nature qu'ils constateraient tout de suite. Et de même que dans les villes, les collectivités ne tarderaient pas à évincer, ou mieux à conquérir h leurs principes, les propriétaires parcellaires. La production augmenterait, en même temps que la misère serait éliminée et que la dépopulation des campagnes s'arrêterait.

Lx:

On est très frappé, en lisant le livre de Louis Blanc, de noter la concordance absolue de ses solutions avec les projets qu'élabora en 1848 la fameuse commission du Luxembourg. Inspirée par son directeur, par celui-là même qui avait lancé la

formule célèbre, V Organisation du travail^ cette assemblée conclut selon les vues du penseur-ministre, mais ses conclusions n'entrèrent pour ainsi dire point dans le domaine pratique, et nous n'avons pas besoin de rappeler, après tant d'autres,-^ que les ateliers nationaux de la seconde République n'offraient qu'un contraste total avec ceux que le Parlement ouvrier méditait d'installer. ^

Nous ne discuterons ici ni les décrets que Louis Blanc rédigea, ni le revirement de doctrine qu'il consacra dès le premier jour en refusant la création du ministère du Travail. Il vaut mieux s'attaquer à sa conception même et en montrer l'inanité, ou plutôt l'impuissance originelle.

Du moment où il répudiait et la lutte des classes, et tout mouvement violent, et toute action exclusive du prolétariat, l'écrivain socialiste devait aboutir infailliblement à la solution qui s'attache à sa mémoire. Cette solution, il n'est pas seul à l'avoir défendue, et, outre-Rhin, elle a trouvé aussi des appuis, mais elle n'en mérite pas moins la critique et la réfutation.

Quelque correcte que paraisse aux communistes contemporains, sinon aux collectivistes, la formule de répartition qui a conquis les préférences de Louis Blanc, l'on doit se demander tout d'abord si le système était né viable. Or, sa vitalité, théoriquement, eût été plus que douteuse, parce que son champion laissait bénévolement subsister, a côté de lui, des forces antagonistes.

L'auteur de Y Organisation est parti de ce principe, incontestable à ses yeux, qu'une industrie d'Etat doit fatalement, obligatoirement, ruiner les

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t^ iîidustries privées coinnirrentes. Or, rien n'est plus sujet à controverse. Dans ime société telle que la France de 1848, telie que la France du début du XX® siècle, les capitaux j^rtîculîers -—les grandes tnaisons métallurgiques ^u textiles, et nous prenons à dessein les activités usinières les plus concentrées -*— sont armés pour lutter victorieusement avec la puissance publique. Celle-Kîi peut disposer de ressources pécuniaires considérables, mais leur destination fondamentale n'est pas d'alimenter de^s fabriques, et d'autres besmns les sollicitent à chaque instant; elle peut conclure des marchés très avantageux, mais qui n'offrent ps^s forcément des avantages plus accentués que ceux dévolus aux sociétés par actions. Car ces sociétés se syndiqueront à coup sûr pour briser Tînitiative de l'Etat, menaçante pour leur prospérité, et en se réunissant, elles représenteront une clientèle peut-être égale, peut-être supérieure à la clientèle des établissements nationaux. Ceux-ci bénéficieront de tarifs de transports réduits, si le gouvernement, comme dans la thèse de Louis Blanc, est maître de ses voies ferrées, mais le roulage, la navigation fluviale et maritime restent en dehors de la combinaison, et d'ailleurs une formidable opposition se dressera contre un ministère qui refusera l'égalité de traitement aux ateliers privés et aux ateliers sociaux. Enfin, les ouvriers devront être de toute évidence mieux rémunérés dans ces derniers que dans les autres (bien que par ailleurs leur rétribution, salaire ou part proportionnelle, ne puisse être de beaucoup supérieure au taux moyen, sous peine d'écraser et les finances publiques et l'initiative nationale), et ainsi les élé-

hMS à-EMPES BU SOCIALISME 131

naents de succès que l'Etat peut grouper se trouvent tout de suite a(ttéiuiés, étraâgement réduits.

De toute faeon^ powr triompher et se soustraire à la concurrence des industries privées, les gott*vernants devront donc abuser de leurs prérogatives. Ou bien ils véhiculeiront leurs produits qua&i gratuitement, ou biea ils astreindront leurs adjudicataires à les favoriser au détriment de leurs rivaux, ou bien ils gêneront et décourageront la concurrence par mille expédients^ Mais alors mieux vaut accomplir dès le début la transformation totale et substituer à un arbitraire de tous les instants la décision solennelle et réfléchie, qui concentrera, à la disposition de la nation^ tom les instruments de travail.

On peut supposer aujsi que les ouvriers des industries capitalistes se mettront en grève pour obtenir tous les profits assurés aux ouvriers de l'Etat. Celui-ci devra opter entre la neutralité, c'est-à-dire l'abstention, et l'action. L'abstention, en pareil eas, déchaînera le soulèvement révolutionnaire, qu'on a entendu conjurer à tout prix: L'intervention ne poarra s'exercer qu'en faveur des salariés, et aboutira à la dépossession du patronat, qu'on eût pu aussi bien opérer plus tôt.

Donc, quelque hypothèse qu'on suscite, on ne\ conclura en aucun eas à l'absorption tranquille, \ progressive, automa'feique de l'industrie capitaliste par l'indiistrie sociale. Nous serions bien plus tentés de conclure à la défaite de la seconde par la première. J

11 est certain ou qu>asi certain, on efiet, que l'Etat, toujours forcé de gouverner, car il y aura

encore une bourgeoisie et un prolétarîat, appelé d'autre part à administrer un vaste patrimoine économique, rencontrera, au commencement, des déceptions. Il les subira, non parce qu'il est Texpression d'une collectivité, mais parce qu'il représentera la juxtaposition de deux classes dont Tune souhaitera le triomphe, l'autre l'écrasement des ateliers nationaux. Ces mécomptes seront autant d'armes entre les mains de la réaction ; on juge des campagnes qui s'ouvriront, des calomnies qui se répandront, du soulèvement d'opinion qui pourra surgir à tort ou à raison. En sorte que, découragés, les défenseurs du système, si tenaces et si sincères soient-ils, finiront par céder à la poussée des foules toujours sensibles aux arguments immédiats,, et l'œuvre périclitera, entraînant, avec elle, les conceptions* beaucoup plus hautes qui la commandaient.

Louis Blanc a élaboré un système qui n'était point viable : il laissait subsister la concurrence qui est le grand mal des temps modernes, qui est le principe même du statut social. Après l'avoir dénoncée en tous ses méfaits, il a cfu pouvoir régénérer le monde en prolongeant son règne. La partie positive de V Organisation ne saurait être conservée : la partie négative reste debout, à côté dés critiques déjà formulées par Fourier et Saint- Simon. Et si le programme de transformation qui ferme le livre apparaît inférieur et inapplicable, son impuissance doit être rapportée à la thèse erronée, contradictoire, dangereuse, d'une association romantique des classes antagonistes.

« Entre le régime actuel et l'application de nos

FRMÇQIS VIDAL

François Vidal, un peu oublié aujourd'hui, mérile d*^tre étudié à oôté de hoxnh Blanc, dont il a partagé, sur beaucoup de points, les idées générales. Le temps a été inclément pour lui, l)ien qu'il lui ait été donné de jouer un rôle marquant sous la seconde République, et de fournir une thèse extrêmement claire et développée de l'étatisme,.

Il ne s'est pas borné, en effet, à la dissertation ou à la construction abstraite. Mêlé directement à la politique d^action •-*- il fut secrétaire-général de la Commission pour les travailleurs, qui siégeait au Luxembourg— il a pu défendre ses conceptions devant une façon de Parlement ouvrier. Il s'est affirmé l'un des inspirateurs principaux d'une assemblée qui, en pleine crise révolutionnaire, à une heure où tout était permis, à condition qu'on fût prompt, a discuté académi/qnement le problème ^ sooial. Enfin, il a été ciwrrgé, «wrec Pecqueur, de coordonner les délibératioiis des représentants patronaux et ouvriers.

Si l'on examine en lui, non plus le politique, mais l*écrivain, il solKcite encore l'attention. Fouriéimte d'abord, puis partisan de l'organisation du

travail, il montre, non sans une certaine difficulté, comment la pensée socialiste a pu passer, en vingt ou trente ans, de la négation de l'Etat, à l'exaltation de l'Etat. Interventionniste résolu, convaincu que les transformations sociales peuvent s'opérer d'en haut, par une initiative des pouvoirs publics bourgeois, il apparaît comme le précurseur de jnombre de publicistes contemporains. Avec Louis Blanc, il esquisse un système dont les adeptes, un peu partout, sont aujourd'hui aussi confiants que remuants.

La biographie de Vidal n'oflfre aucun trait particulièrement saillant. Né à Coutras, en 1814, il mourut en 1872, — mais «on existence militante s'est restreinte tout entière à la période 1848-1851. Dans sa jeunesse, il compta parmi les phalanstériens ; il collabora à diverses publications de tendances nouvelles — la Revue Indépendante et la Démocratie Pacifique entre autres. En 1845, il termina une étude sur les Caisses d'épargne ; en 1846, il fit éditer son œuvre maîtresse dont le texte est fort long : Z)ç la Répartition des richesses ou de la Justice distributive en économie sociale (critique des théories exposées soit par les économistes, soit par les socialistes). Ce volume attira si bien les regards, à une époque où les questions sociales passionnaient les foules, qu'au lendemain de Février, Vidal se trouvait tout désigné pour un poste important. Aussi fut-il appelé aii Luxembourg où, paraîtil, il accomplit ce une besogne énorme ».

Après Juin, il rentra dans l'ombre, mais pour peu de temps. En 1850, il publia son Travail affranchi. Au 10 Mars 1850, il fut élu représentant

à la fois pour Paris et pour le Bas-Rhin. Il opta pour la Seine et siégea sur les baqcs de la Montagne. Louis Bonaparte n'eut pa^ d*adversaire plus ï*ésolu que ce républicain de haute conscience. Au 2 Décembre enfin, Vidal quitta Paris

C'est dans le traité de la Répartition des richesses que nous allons essayer de saisir le système ou tout au moins le corps d'idées de notre auteur. Aussi bien, sa date même — il a été imprimé deux ans avant Février — ^ devait lui assigner une influence sur les événements qui suivirent presque immédiatement.

Par ses concepts fondamentaux, Vidal apparaît bien de son temps. Nous retrouvons chez lui les éléments qui prévalurent dans toute la littérature socialiste de Juillet, Proudhon excepté, et qui, en dépit de certaines tendances divergentes, ont formé l'armature des œuvres de Considérant, de Leroux, de Louis Blanc, de Pecqueur, de Cabet. Ajoutons tout de suite que ces éléments étaient un legs de la génération immédiatement antérieure.

Vidal est tout le contraire d'un matérialiste. Il ne songe guère à évoquer les faits économiques comme substruction de l'évolution. Tout au rebours, il attribue aux idées, à l'idéal, une autorité et une puissance de fermentation sans égales. Comme ses contemporains, il est déiste, quoiqu'il n'apporte pas, sur la divinité, les affirmations mystiques qui étaient alors de règle, mais il assigne à la Providence une action et une volonté, et, àTimi-

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talion de Fourier, il dt^rcbe, à tout le moin«, à déterminer les vuas providentielles. L'optimimne se déduit tout nutttrelleiacnt d'un pareil tempérament intellectuel.

La marche dialectique de Vidal n'a rien d'original non plus, pour qui a lu ou parcouru les écrits de cette période. Elle est dominée par trois notions : d'abord l'homme est né pour une fin, qui est le bonheur ; ensuite la science sociale, qui est la science du bonheur, se divise en trois sections : la philos€»phie sociale, vouée aux besoins moraux; l'économie sociale, attachée aux besoins matériels, et la politique. Mais ces sections sont loin d'être indépendantes les unes des autres. Vidal s'élève contre la doctrine qui, distinguant entre l'économie et la morale, sépare l'utilisé du bien et du droit. «. L'éconorajie est la soienca qui ©»seigne comment il faut organiser l'industrie et répartir les richesses contormément aux principes de l'utilité générale ett de la justice distributive. ».

Quant aux relations, à l'importance comparée des débats purement politiques, et des discussions proprement sociales, Vidal s'exprime comme tous ses contemporains. C'est même avec une force et une clarté singulières, qu'au début de son livre, il dit leur fait aux sophistes du droit public : « Le beau temps de la scolastique constitutionnelle est passé sai^s retour. On a assez discuté sur l'équilibre des trois pouvoirs, sur l'essence du gouvernement représentatif, etc.. Il esttemps de laisser un peu de côté les questions de personnes, pour aborder franchen^ent les véritables questions, les qi^e^ions économiques et sociales ».v

LES 1tav£s du S0CIALISM£ 139

Or, cfis problèmas qui priment tous les autres, se ramèneast en réalité à deux pointa : T organisation du travail, et la répartition des ridhesses. Notons tout de suite que Vidal, eooaeime Louis Blanc, ne seia ^olKeité que très iQdirectement par le problème de la propriété-*— problèsme que Proudhon pkcera en son rang légitime.

Deux écoles se trouvent en présence : d'une part les éooaioniistes, qui se bornent à décrire les faits, sans se demander s'ils sont justes ; de Tautre les socialistes, qui ont voulu réaliser un idéal, mais auxquels Vidal reproche de n'avoir point suffisamment étudié la répartitian. 11 ne dissinuile pas d'ailleurs son intention d'élaberrer un système : il la proclame même expresséaaacnt ; mais il ne cache pas non plus, dès les premières pages, sa sympathie, ses préférences pour le socialisme. Elles ressortent, avec une incontestable netteté, des quelques affirmations qu'il pose avant d'examiner dans leurs détails^ et de critiquer, les. conclusions des deux partis.

Vidal remarqiw que la misère de la classe labo- ^ rieuse croit en proportion de la richesse. Cette -^ constatajtion, que Henry Gecrrge résum^a plus tard ssous lerriDe lapidaire, se retrouve dans toute la littérature de Juillet, et il continue : « Il n'y a ni dignité, nr moralité, ni iodépendanoe possibles pour rhommie qui n'a poisrt'l' existence garantie, qui n'est pas aasnré de pouvoir taisjouis gagner par son tra* irail de quoi suffire aux besoias de la vie » . Voilà une sévère appréciartiob. du dogme «libéral^ qui s'attaobe à la liberté théotnque; «t non a k lîlberté lie feit. ^Vidal insiâte en flétviasafiit la concujTi«ence

blés contre les forts. Il nous permet enfin, dès ce préambule, de deviner les grandes lignes de son système, en réclamant l'abolition du salariat, l'institution d'une solidarité effective, l'association intégrale, et en invitant l'économie à changer de route et à entrer plus ou moins dans la voie battue par le socialisme.

Nous sommes donc fixés, mais cet aperçu général du début ne peut que nous inciter davantage à accompagner Vidal dans l'analyse de doctrines adverses, à laquelje il nous convie.

Notre auteur a fait la mesure large aux économistes. Il examine longuement leurs idéies et le régime qu'ils défendent avec tant d'imperturbable acharnement. 11 s'agit, bien entendu, de ces économistes qui, se qualifiant d'orthodoxes et de libéraux, prétendent accaparer pour eux l'économie tout entière.

Vidal discerne parmi eux l'école agricole, dont Quesnay est le chef ; puis l'école libérale proprement dite, qui lui a succédé en ses deux branches : la descriptive (les choses se passent ainsi) et la fataliste (les choses doivent se passer ainsi), puis l'école critique, qui réfute sans conclure, puis l'éclectique, qui puise dans tous les systèmes pour se

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dispenser, d'innover, et enfin la chrétienne, qui asseoit tout sur la charité. Il est en général sévère pour ces sectes, quoiqu'il ait déjà discerné les tendances différentes etplus généreuses de Sismondi et des critiques.

Mais c'est surtout aux disciples d'Adam Smith «t spécialement à J.-B. Say qu'il s'en prend. Ceux-là, en effet, suivant leurs propres déclarations, ont éludé la justice, s'attachant au fait, et non au droit. Adam Smith, au contraire, a évité de légitimer ce qui n'était point légitime, et s'est contenté de décrire le phénomène qu'il apercevait.

Vidal, avec une remarquable sagacité, bat tous ces « soutiens de la société » à l'aide de leurs propres armes, retournant contre eux-mêmes les analyses où ils se complaisent. J.-B. Say, par exemple, n'a-t-il pas montré toutes les défectuosités du salariat, tous les vices de la concurrence, en attestant que le minimum du salaire en était à la fois le taux normal? Et ne saurait-on dégager de Smith, cette vérité, qu'en stricte justice, l'ouvrier, avec la rémunération de son labeur, devrait pouvoir en racheter le produit ? Or, il n'en est rien, puisque ce produit se vend 4, 10, 100 fois plus cher. Et c'est la condamnation du régime tout entier.

De même, Vidal détruit les sophismes de la rente avec une lucidité singulière, toujours en s'appuyant sur les écrivains soi-disant libéraux. Il étudie cette rente à travers son évolution historique, depuis les temps barbares jusqu'au servage et au salariat. Tribut prélevé sur le travail, elle empêche le salaire d'égaler le produit. Elle grandit, comme Smith l'a reconnu, avec tous les progrès matériels. Et c'est

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ptotir cette rai&on que »1 'agriculture devient impossible, le seiil vintérèt du C0pita9 absTorbant les produits.

Smith eDGôre, rpai* sa théorie du profit indus* triel, permet de conclure que l'entrepreneur, le capitaliste, doivent fatalement eiartrer en lutte avec TouMri^r, et qu'ils vivent à ses dépend. Malthus, enfin, a eu raison de .pousset un ^cri d'alarme, en voyant le mcmde gWsser sw la pewte du paupérisme : seulement cet écrivain cotise rrateur, s'il a rendu le service de dénoncer un péril profond, n'a trouvé que des remèdes appropriés à la pertitesse d'un esprit, rétrograde : la contrainte morale pour les uns, et le luxe pour les autres.

Au total , de Ja lecture des économistes, il est facile de déduire un réquisitoire en règle contre la société capitaliste, et l'on retrouve chez Vidal les mêmes diatribes que chez tous les publicistes de sa génération. Par biten des points, il se rapproche de Louis Blanc.

Le tableau qu^il présente du paupérisme, distingué fort clairement de la misère antique, est judicieux et complet. Le paupérisme résulte du salariat, et apparaît comme l'état normal, du salarié. Il était infiniment moins douloureux et moins répandu, au temps où les e;orporation8 existaient encore. Non que le régime d'avant 1789 f&t parfait ou même tolérable, mais il eût été bon de séparer le principe du mode d'application et, à tout le moitis, la corporation avait évité l'accaparement, la dépréciation des produits, la concurrence exagérée*, l'invasion des villes par les Turaux, et tous les maux qui s'ensuivent.

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A beeuicoup d'égards > le salarié pourrait envier le aerf d'autrefois^ car oeluL-ei, assimilé au bétail qui péiîit pour le propriétaire^ suivait la vieille fornuiile, jouissait d'une sécurité refusée à celui-là. Il est vraiy affirment les philosophes^ que le salarié d'ftujourd'hui est libre ; seulement il y a liberté et liberté, et la, liberté abs|;raite^ la seule qui soit, n'est que vaine fîimée. « Le salariat, c'est encore la dépendance et l'humiliation de la servitude, moins le pacte assuré de la servitude ».

Vidal n'a pas montré, par des expressions moins virulentes^ les conséquences soeiates^et économiques de l'expansion du machinisme. Ici, il se rencontre avec Proudhon, qui, dans see ceiiitradictions, a si admirablement développé ce sujet. « La mécanique, s'écrient les manufacturiers avec exaltation, a délivré le capital des exigences dkt travail. — La mécanique, disent les philanthropes, avec tristesse, a mis le travailleur à la merci des entrepreneurs d'industrie ». Les deux assertions se complètent et se vérifient l'une l'autre. Le travail devient ainsi un I privilège pour les uns, soustraits au chômage, un j châtiment pour les autres. MsAs ceux mêmes qui arrivent à louer leurs bras, se vouent et vouent leurs descendants à toutes les déchéances physiques, a La race humaine s^appauvrit et dégénère, pendant que l'on encourage à grands frais l'amélioration des races chevaline, ovine et bovine ». L^alcoolisme et l'abrutissement sont des tares consécutives au triomphe de Tindustrialisme.

La machine n'a pas seulement, dans l'ordre social et aussi physiologique, refoulé plus bas la classe ouvrière; elle a désorganisé toute l'éco*-

nomie, en rompant l'harmonie entre la production et la consommation. Fatalement, elle entraîne la production illimitée à l'aventure, puisqu'elle doit être sans relâche utilisée. De là les crises qui, tous les dix ans, dépriment l'activité manufacturière ; de là tous les palliatifs, pires encore que le mal, inventés pour réagir : protectionnisme, colonialisme! Et ainsi, de l'ensemble des faits, de la concurrence meurtrière, de l'exploitation humaine, se dégage cette vérité sinistre que la misère est le résultat nécessaire de notre état de civilisation. Cette vérité, les économistes se gardent bien de la proclamer. Mais malgré eux, elle éclate à chaque ligne de leurs ouvrages. Vidal leur demande ce qu'ils proposent pour remédier à un état de choses aussi cruel. Il ne rencontre chez eux qu'indiffé*rence, dureté, ou imjpuissance dépensée.

Vidal s'adresse maintenant aux socialistes, comptant trouver chez eux plus d'ouverture d'esprit et de cœur. Mais il faut s'entendre sur la valeur du mot « socialiste » et notre auteur afifecte de le rétrécir singulièrement -^ tout comme Louis Blanc, après son entrée au gouvernement provisoire de 1848. Soucieux de rendre son socialisme aimable, acceptable, de le dépouiller de tout ce qui peut contrecarrer une accession rapide au pouvoir, il distingue « entre les hommes d'étude qui s'en remettent pleinement aux progrès de la raison, et les esprits ardents et généreux, mais, impatients de révolution, qui voudraient imposer leurs convie-

tions par la violence ». Il ne faut point s'étonner de cette différenciation un peu subtile^ qui était adoptée alors par les trois quarts de rextrème gauche.

Quoi qu'il en soil, Vidal, socialiste théoricien et philosophe idéaliste, ne craint point d'aller à peu près aux extrêmes de la pensée. Passant en revue les publicistes sociaux du xix® siècle, il marque toute sa faveur aux communistes et ne laisse pas que d'adresser de vives critiques à leurs prédécesseurs .

Il reconnaît la grandeur du rôle assumé par Saint-Simon. Le maître et ses disciples ont eu raison de réhabiliter l'ordre, la hiérarchie, l'autorité, au-dessus de l'anarchie régnante, car la libre concurrence et le désordre ne servent q^ie les grands et les forts. Mais immense a été leur tort, quand ils ont, en érigeant une loi vivante, tin pape omnipotent, foulé la démocratie et restauré un intolérable despotisme. Enorme a été leur erreur, lorsqu' attribuant, à cette loi vivante, le droit de mesurer les capacités et les œuvres, ils ont installé l'arbitraire à la base de la répartition.

De même, Vidal vante Fourier qui, lui, a respecté la liberté et qui a évité de constituer la tyrannie. Il fait ressortir, avec une complaisance marquée, les avantagés de la phalange et du phalanstère, — l'allocation d'un minimum décent à tous, la prescription de l'éducation intégrale, et en vérité, nous verrons que Vidal, fouriériste à l'origine, n'a jamais complètement rejeté l'influence de sa première école, mais la formule de répartition du système ne le satisfait pas totalement.

Il en vient donc aux communistes, pour lesquels

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il exprime tout de suite, ces préférences. Il estime qu'ils s'éloignent de là réalité, qu'ils vogueât dans les régions de l'idée pure, mais il ajoute que l'utopie d^aujourd'hui peut être le fait de demaio^ et, datis son for intérieur, îl a la. conviction d'un triomphe procliain. Ce qui le séduit dans le communisme, c'est qu'il repose sur l'égalité des droits. La distribution se fera par porl;ions qui ne seront pas uniformes, mais qui répondront aux besoins de chacun. Notre auteur compare une société fondée sur ce mode à une fainille ou à une table d'hôte, où chacun se $ert à sa guise, tout en se préoccupant de laisser des aliments à ses parents ou à ses commensaùîç. II est exact que, généralisé, un pareil systeipe exige la similitude de l'éducation et l'abondance des produits. Mais il est facile d'obtenir Tune et l'autre, çt avec l'expansion du machinisme « detix heures de travail suffiront pour doubler ou tripler » la production^ des utilités.

Sans dout^, tous ï§s travaux ne seront pas également attrayants, et il est probable que les vocations n'entraîneront p^ç les citoyens vers les besjognes répugnantes,, mai^, pu bien oelle^-çî seront accomplies par les machines, ou bien à défaut, on établira à leur intention un recrutement spécial, comme pour l'armée. R^marquoiks, à ce propos, que cette idée choque toiyour* /nos contemporains : ils acceptent bien qu'on foroe un indm4n à tuer ses semblables, ou même à se faire bourreau en figurant dans un peloton d'exéç^utiQ^i, mais ils Jugent monstrueux et déshonorait pogr des hommes d'être contraints ^ balayer, le^s rues pu a curer les légoijil^ pour le bien compiun.

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" Vi(jaî, âd'ïestié, 'h*ï^iioifè pas les attaques qu'oa dirige Côûtie^ le cofiimunisme, ^t qu*il regarde comme cralomnieiises. On prétend, tout d'abord, qtie ce systërne confisque la tîbèrté^ îndividnelle. Or, au contï^âhre, il admet tolite^^^tèVlîbertés, sauf celle de ne point travàîîieri'^ pouf que les diverses libertés fussent violées, 'ïïsérâW 'nécessaire que ïa majorité des sociétaires y. renonçassent volontairement. On lui reproche d'abolir lafamille, en instituant la mise en commun des femmes. Ce n'est là qu'une boutade sans portée. Les femmes ne sont pas des cboses, du moins, elles ne seront plus des choses dans la société nouvelle, et, par suite, s'appartenant, ne pourront être appropriées. Enfin, les socialistes, dit-on, veulent tout bouleverser, mais pourquoi défendraient-ils le monde moderne, où tout est mauvais? Celui-ci ne subsiste guère que par le» quelques embryons de communauté qui s'y sont établis, et lorsque les économistes attachent la liberté à la propriété, ils ne voient pas que les communistes sont leurs meilleurs disciples, puisqu'ils veulent universaliser la liberté par l'universalisation de la propriété. Seulement, il est nécessaire que celle-ci, pour répondre aux fins cherchées, devienne homogène et collective, car le morcellement illimité organiserait la misère pour tous :

« Ceux qui, dans mille ans, liront notre Code de procédure, notre Bulletin des Lois, qui compteront les millions d'arrêts, de jugements, de délits et de crimes, causés par la division de la propriété, par les débats d'intérêt, se demanderont avec étonnement comment une telle société a pu subsister.

mais ils s'étonneront bien davantage encore d'apprendre que Tassociation, cette chose si simple, si naturelle, si facile à réaliser, a été considérée par les grands esprits du xix^ siècle comme une chi* mère, comme une folie ». Ce n'est point là le ton de Marx ; c'est le langage optimiste, pétri de sentimentalité; de la génération de 1848.

/ Nous connaissons les vues théoriques de Vidal : vil incline fortement vers le communisme. Les partisans de cette doctrine ont raison à ses yeux, — non qu'elle consacre la marche même des phénomènes économiques dans la nation moderne — le matérialisme historique ne pouvait recevoir une telle adhésion d'un penseur aussi soucieux d'idéalisme

— mais parce qu'elle s'étaie sur la fraternité. En remontant en arrière, on remarque au surplus, et c'est une démonstration de sa valeur pour un homme de 1848; qu'elle évoque le christianisme primitif, et il n'est point de motif de croire qu'elle heurte les commandements de Dieu. Voilà donc le communisme de droit divin. En poussant un peu Vidal, on aboutit à cette conclusion, qui a pu faire impression sur Tépoque. D'ailleurs, la science sociale,

— mais Tauleur ne précise pas — nous conduit à la même solution du grand problème humain « La réconciliation de la science et de la religion s'opère ainsi comme chez Saint-Simon, comme chez Fourier. En ce temps-là, le dogme et la raison n'étaient ni surpris, ni scandalisés de voisiner de la sorte. Le réveil fut cruel, au moins pour celle-ci.

Que si le communisme intégral doit ajourner son triomphe à une date lointaine, le fouriérisme fournirait une excellente transaction, à condition qu'on le retouchât légèrement. Vidal est un esprit conciliant, qui croit Tentente possible entre tous les hommes^ et qui s'efforce de trouver le justci milieu entre les conservateurs et les révolutionnaires. Surtout il veut conjurer de nouvelles révolutions qui lui apparaîtraient, au milieu du XIX® siècle, comme un anachronisme. Babeuf, qui. vivait pourtant cinquante ans plus tôt, et qui n'avait' pas vu grandir, avec l'industrialisme et le machinisme, l'opposition inévitable des classes, prédisait un supplément à la grande subversion de 1789 j. Mais le socialisme de 1848 était infiniment plus adouci que celui des Egaux, au moins dans les écrits qu'il alimentait. Et par un contraste étrange, l'une des plus sanglantes révolutions sociales, Tune des plus terribles luttes de classes qui aient jusqu'ici surgi dans l'histoire — Juin — est sortie de cette propagande en apparence si atténuée.

Si Vidal n'attend rien d'un soulèvement populaire, il attend tout des pouvoirs publics, qui, eux, doivent régulariser le courant des idées et organiser méthodiquement le travail. Il est vrai qu'à certains moments, il se décourage et leur reproche d'être aux mains des marchands, mais son optimisme reprend le dessus. Au total, il se montre de moins en moins exigeant. Du communisme, il est descendu au fouriérisme ; il finit par rétrograder jusqu'à des solutions beaucoup moins radicales encore, et qu'il donne comme des palliatifs momentanément très suffisants.

Nous arrivons ainsi au programme pratique, au plam de réformes immédiates, qui a été repris par la plupart des écrivains politiques de la démocratie de 1848, et qui s^ été partiellement éprouvé au lendemain de Février. Nous allons le résumer : mais il faut tout d'abord signaler son importance et dire qu'il a formé, avec les données de V Organisation du Travaily la substance même des délibérations de la Commission du Luxembourg et la matière du rapport que Vidal inséra au Moniteur Officiel, Le publiciste^ auquel s'attache cette étude, a donc eu la fortune si rare de pouvoir faire prévaloir — appelé à une fonction éminente : celle de secrétaire-général de ce Parlement ouvrier — i» les idées qu'il avait coordonnées dans le plus con^ sidérable de ses livres.

Puisqu'il est malaisé de supprimer sur le champ les causes du paupérisme, il convient d'agir au moins sur ses efiTets. Or, îl y a plusieurs catégories de pauvres. D'abord les invalides, c'est-à-dire les enfants, les malades, les infirmes, les vieillards : à ceux-là, Vidal réserve la charité privée et les établissements d'assistance actuels. Ensuite, les fainéants valides : il les renvoie aux tribunaux. Enfin, les ouvriers valides réduits au chômage : pour eux, l'on créera 4es ateliers permanents, à condition qu'ils ne fassent pas concurrence aux autres ateliers. Les produits y seront, autant que possible, consommés, en vertu d'un équilibre préétabli entre la production et les besoins. Ce seront des colonies agricoles fondées sur l'association.

Le principe admis, Tinstitotion grandiî-a régulièrement. Elle recourra à des capitaux prêtés,

qu'elle rémunérera à raison de 4 ^/q. Pour l'ensemble des revenus, ils seront répartis, à titre transitoire, de la façon suivante : allocation d'un salaire minimum, constitution d'un fonds de réserve, distribution du reste entre les associés, au prorata de la production de chacun.

Eu dehors de cette innovation, qui n'a rien de très subversif, et qui n'est que la coopération avec une faible participation de l'Etat, Vidal invite le gouvernement a faire construire des maisons ouvrières à bon marché et à instituer des retraites. En somme, il combine avec les initiatives libres, l'interventionnisme, allant un peu moins loin que Louis Blanc qui, lui, voulait mettre plus franchement la puissance publique au service des salariés^

Aussi, partant de prémisses très hautes, d'une condamnation très rationnelle et fort nette, de la société capitaliste, Vidal sombrait dans les réformes de détail, s'accommodant finalement de mesures que la monarchie légitimiste même eût pu avouer et qui n'avaient plus le moindre rapport avec le socialisme. N'est-ce point là toute l'histoire de la Révolution de 1848, envisagée sous son aspect social ?

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