LE PARTI OUVRIER
Le Parti Ouvrier, envisagé dans son ensemble, représente chez nous Télément marxiste^ le réalisme socialiste, l'idée intégrale du manifeste de 1848. Jusqu'à la Commune, nous avons dû étudier des écrivains isolés, comme Pecqueur ou Cabet, ou des écoles comme celles de Fourier ou de Saint-Simon. Cette fois, c'est une organisation politique qui sollicite Tenquéte. Et si l'exposé de la doctrine, qui n'est plus individuel, mais coU^tif, ou qui du moins a été formulé surtout au nom du groupement tout entier, ne laisse qu'une faible place aux recherches individuelles, le caractère des concepts en est sur* le-champ transformé. Le programme des Congrès se substitue aux œuvres qui portent un nom d'auteur. Les écrivains sont leB membres des conseils directeurs qui associent à leur tache littéraire une besogne d'organisation pratique. Ceux d'entre eux qui lanccMit un livre ou une brochure r— une bro* chure plutôt -^ pour vulgariser les notions acquises ou pour réfuter les attaques de« adversaires, s'en tiennent fidèlement aux votes de la fraction dont ils relèvent* Les publications de Lafargue, de Guesde, de Deville^ apparaissent surtout comme des illua*
tratîons des théories de Marx ou du programme du parti, d'ailleurs élaboré par Marx lui-même.
L'on n'attend pas de nous l'historique du Parti Ouvrier, pas plus, au reste, que l'historique du blanquisme, de l'allemanisme ou des autres groupements socialistes qui ont surgi dans les trente dernières années. Si l'on s'attache aux événements euxmêmes, il est indispensable de connaître les diverses formations qui ont travaillé le prolétariat et qui tantôt se sont associées, et tantôt se sont combattues. Si l'on considère exclusivement les idées, il faut se dégager de certaines préoccupations et omettre des dates qui, à divers égards, pour la polémique par exemple, ^wiuvent sembler dé(^îsives.
Le Parti Ouvrier esjt né il y a plus d'un quart de siècle. Les proudhoni^s, au lendemain de la tragique épreuve de la Commune, avaient essayé une fois de plus de conquérir le peupje ; ils furent victorieux jusqu'au Congrès de Marseille, en 1879, qui consacra le collectivisme, en proclamant la constitution d'un parti de classe et en revendiquant la socialisation des instruments de travail et des forces de production.
En 1880, le Congrès régional de la Fédération du Centre, qui se tint à Paris, élabora un document capital, qui ne commande pas seulement l'action du Parti Ouvrier, maïs celle de toutes les organisations socialistes politiques, et qui jusqu'à nos jours est demeuré l'expression la plus parfaite de la doctrine. Il a pu être, remanié ou complété sur quelques points ; mais dans l'ordre théorique comme dans l'ordre pratique, il demeure la charte même de la revendication prolétarienne. Et s'il a
(c Le Congrès régional du Centre,
« Considérant que la privation des libertés politiques est un obstacle à Tinstruction sociale du peuple et à Témancipation économique du prolétariat ;
« Considérant que le prolétariat est résolu à se servir de tous les moyens pour obtenir son aflranchissement et qu'il doit profiter des libertés déjà acquises au prix du sang des trois dernières révolutions ;
« Considérant, en outre, que l'action politique est utile comme moyen d'agitation et que Tarène électorale est un terrain de lutte qui ne saurait être discuté,
« Ratifie les décisions prises antérieurement sur cette question par les Congrès socialistes internationaux ou nationaux,
« Et déclare :