‹ Les étapes du socialismeChapitre 4 sur 19 · Seront également mis à mort : ceux qui · texte numérisé non relu

Seront également mis à mort : ceux qui

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bàltront ou feront battre la générale et les étran* gers qui seront trouvés dans les rues.

- 14. — Des vivres de toute espèce seront portés au peuple sur les places publiques.

15. — Tous les boulangers seront mis en réquisition pour faire constamment du pain qui sera distribué gratis au peuple.

16. ■— ' Le peuple ne prendra de repos qu'après la destruction du gouvernement tyrannique.

17. — Les biens des émigrés^ des conspirateurs ^t dé tous les ennemis du peuple seront distribués sans délai aux défenseurs de la patrie.

• Les malheureux de toute la République seront immédiatement logés dans les maisons des conspirateurs .

18. — ^ Les propriétés publiques et particulières rsont mises sous la sauvegarde du peuple.

19. — - Le soin de termiiuer la révolution sera confié à une Assemblée nationale composée d'un -démocrate par département.

V analyse de la à&ctrine a reçu l'approbation de Gracchus lui-même. Ell« comprend un certain nombre d'affirmations ou d'articles :

1. La nature a donné à chaque homme un droit égal à. la jouissance de toïïs les biens. — 2. Le but ^e la société est de <iéfendre cette égalité et d'augmenter, par le concours die tous^ les jouissaoces "Communes. — 3w La natiure a imposé à chacun l'obligation de travailler : nul n'a pu se soustraire au travail sasns crime. •— 4. Les travaux et les jouissances doivent être communs. -—5. Il y a oppression, quand l'un s'épuise par le travail et manque de

tout, tandis que l'autre nage dans l'abondance sans rien faire. — 6. Nul n'a pu sans crime s'approprier exclusivement les biens de la terre ou de Tindus* trie. — 7. Dans une véritable société, il ne doit y avoir ni riches ni pauvres. •<— 8. Les riches qui ne veulent pas renoncer au. Superflu en faveur des indigents sont les ennemis du peuple. — 9. Nul ne peut, par l'accumulation de tous les moyens, priver l'autre de l'instruction nécessaire pour son bonheur : l'instruction doit être commune. — 10. Le but de la révolution est de détruire l'inégalité et de rétablir le bonheur commun. — 11. La révolution n'est pas finie, parce que les riches absorbent tous les biens et cotnmandent exclusivement, tandis que les pauvres travaillent en véritables esclaves, languissent dans la misère et ne sont rien dans l'Etat. — 12. La Constitution de 1793 est la véritable loi des Français, parce que le peuple l'a solennellement acceptée.

Les Décî^ets déterminaient l'organisation de la société après le triomphe du soulèvement.

Décret de police. -^ Article 1. Les individus qui ne font rien pour la patrie ne peuvent exiercer aucun droit politique. — 2. Ne font rien pour la patrie, ceux qui ne la servent pas par un travail utile. — 3. La loi considère comme travaux utiles ceux de l'agriculture, des arts mécaniques et manuels, de la vente en détail, du transport, de la guerre, de l'enseignement et des sciences.

Décret économique. — Article 1. Il sera établi une grande communauté nationale. — 2. Elle a la propriété des biens nationaux non vendus, de ceux

des ennemis de la Révolution, des édifices publics, des biens des communes, des hospices, — des biens négligés par Les propriétaires ou usurpés par ceux qui se sont enrichis dans les fonctions.. — 3. Le droit de succession est aboli. Tous les biens reviendront à la communauté, — 8, Les biens de la communauté sont exploités en commun. — 9. Elle entretient tous ses membres dans une égale et honnête médiocrité. Elle leur fournit ce dont ils ont besoin.

Travaux communs, — Article 1. Tout membre doit le travail, — 8. L'administration appliquera Tusage des machines et des procédés propres à diminuer lapeine. — - 10. Le déplacement des travailleurs est ordonné par l'administration d'après la connaissance des besoins.

Nous passons sur leô chapitres qui concernent la distribution des biens et l'administration. Tout commerce particulier avec l'étranger est interdit; la république est chargée de pourvoir au nécessaire. De même, nous omettons les titres relatifs aux transports et aux contributions. La dette nationale sera éteinte purement et simplement, par proclamation officielle, du moins pour sa partie intérieure. La fabrication de la monnaie est prohibée; les pièces d'or et d'argent qui subsistent serviront aux relations d'échanges avec le dehors.

Babeuf est le disciple direct de Rousseau et de Morelly. Il n'imite pas seulement leur dialectique, il reproduit leur phraséologie, mais à la différence

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4e ces deux écrivains, il est un passionné de Faction, et il pr(^ette ses sentences dans les masses, non pour les édui^uer, maïs pour. les pousser a l'insurrection armée immédiate. De plus, alors que Rousseau, comme Brissot de Warville, comme Linguet, comme tant d'auti^es publieistes d'avaait 1789, distinguait entre les aftirmations théo^ques et les conclusions pratiques, et s' abstenait, d'ailleurs^ d'aller au bout de ses déductions. Gracchus offre une parfaite unité de pensées et de d-esseins. Advielle, en son Histoù^e, s'est bien efforcé de montrer que son héros se fût contenté, après avoir réclamé la communauté des biens, d'une modification du statut constitutionnel et de quelques mesures contre le paupérisme, mais rien ne justifie ce système un peu bizarre de défense et l'on se demande pourquoi les Egaux auraient lancé tant de documents incendiaires et dangereux pour leur propre sécurité, s'ils les avaient tenus pour de simples déclarations de principes.

Babeuf est donc en Fran<;e le premier des apôtres du communisme révolutionnaire. C'est k ce titre, sans doute, qu'il a eu la fortune d'être kiué et vénéré par la plupart des socialistes du milieu du siècle. On a remarqué que dans sa partie critique, le Manifeste des Communistes de i848, souvent si dur pour les efforts du socialisme français, n'offre pas une parole agressive à l'adresse des <;onspirateurs de 1796.

A bien lire les textes que nous avons présentés plus haut, on s'aperçoit qu'ils sont prodigieusement en avance sur leur temps. La tournure de phrase est terroriste et jacobine, les affirmations

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tranchantes et a peu près déponryues d'arguments évoquent les discours des amis de Robespierre; mais les idées apparaissent, en leur enchaînement dialectique, d'une réelle originalité. Nul avant Babeuf et ses compagnons de lutte n'avait encore, depuis 1789, soupçonné l'insuffisance de l'égalité théorique, conçu la nécessité inéluctable, pour asseoir l'égalité réelle^ d'une grande transformation économique, ou bien, si quelques-uns avaient préconisé des changemeaxts dans le régime de la propriété, ils en prêchaient l'universalisation par le fractionnement, par Témiettement à l'in^ni. L'école qui aTait triomphé à la Constituante, qui avait inspiré encore les décrets de la Convention était celle des parcellaires; elle avait constitué une démocratie paysanne libre ^n apparence, mais vouée à la vie étroite et k la servitude. Et cette démocratie paysanne elle-même, une. fois formée, s'efforçait d'enrayer le mouvement d'où elle était sortie en combattant, — selon la formule de l'époque, — les tentatives de la loi agraire.

Le Manifeste des Egaux a répudié le système de la parcelle en montrant son impuissance ; il lui a opposé la communauté des biens ; les babouvistes ont prévu l'extension du machinisme, le rôle qu'il jouerait, et ils ont demandé €[u'il fût mis au service de la collectivité pour diminuer le labeur humain. C'est là une pensée qu'on rechercherait vainement avant eux et qui suffirait à caractériser l'effort intellectuel qu'ils ont donné.

L'idée de l'antagonisme des classes ne domine pas seulemesit toute la littérature de l'école; elle pevêt une forme significative et lapidaire dans le

taie de toute l'œuvre écrite du babouvisme : « La Révolution française n'est que l'avant-courrière d'une autre révolution, bien plus grande, bien plus solennelle et qui sera la dernière ». Laissons la chute de la phrase qui doit heurter notre sentiment tout moderne de la continuité des transformations. Les hommes de la Constituante et de la Convention pouvaient croire que le cours de l'histoire était désormais arrêté, du moins pour longtemps. Ils avaient efiFectué la plus violente et la plus profonde des subversions. Le Tiers-Etat, brisant ses lisières, s'était substitué à la noblesse «t au clergé dans l'exercice de la puissance publique. Derrière ce Tiers-Etat, devenu maître, s'agitait, il est vrai, une plèbe assez nombreuse, mais dépourvue de cohésion, inconsciente de ses intérêts distincts, et qui, dans la plupart des grands événements, s'était associée à la bourgeoisie. Or, soudain, les Egaux s'aperçoivent que la société est fractionnée en deux classes, que l'une de ces classes est asservie et opprimée et que moins de sept ans après 89, la Révolution réclame une addition. Et en même temps, ils annoncent que cette refonte supplémentaire du corps social ne s'accomplira que par une vaste mutation du régime de propriété. Ils conçoi-

vent une collectivité démocratique d*abord, puisque le statut de 1793 revivra avec la législation populaire, communiste ensuite, maîtresse des moyens de production et d'échange, dirigeant le travail agricole et industriel, rémunérant ses membres au prorata de leurs besoins légitimes. Comment n'être pas surpris, non seulement de Faudace, mais de la puissance logique de leur système ?

Il est très vrai que le babouvisme n'avait rien de/^ scientifique. Il n'a pas formulé le matérialisme historique, quoique d'instinct il l'ait prévu; il n'a pas pénétré le sens de l'évolution industrielle, — qui commençait à peine en Angleterre; il a invoqué le droit de la nature, réclamé l'adaptation du fait à l'idée, et éliminé par contre les déductions écor nomiques qui ne pourront s'imposer que vingt ou vingt-cinq ans plus tard. Mais qu'importe ! Il ouvre brillamment la phase romantique du socialisme, et l'on ne saurait oublier qu'elle a été la condition nécessaire de l'autre.

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