‹ Les États Affectifs Supérieurs Chez Les SchizophrènesChapitre 10 sur 38 · IL. — L'état mental aux différentes heures · texte numérisé non relu

IL. — L'état mental aux différentes heures

I. — Les phases de transition sont placées sous le signe d’une agitation désordonnée. Elle part d’un simple redoublement des tics et stéréotypies, pour atteindre une acuité qui rend souvent nécessaires les moyens de contention. Dans un grand nombre de cas, elle présente trois caractères :

— intermittence ; elle tombe brusquement par périodes, pour faire au bout de quelques minutes un nouveau départ foudroyant.

— allure ébrieuse ; la dysmétrie, l’imprécision des gestes et l'embarras de la parole lui imprime le caractère cérébelleux de l’ivresse alcoolique.

— polymorphisme ; on peut observer soit un simple état d’excitation avec chants, rires et cris ; soit de la verbigération ; soit des crises de rire inextinguible; des crises d’anxiété ; des crises de fureur, avec des hurlements et des gestes d’une violence impressionnante ; soit enfin des crises d’onirisme.

OBS. — Etat d’excitation avec chant, verbigération : le malade R. T.., sort d’un coma profond sous l’action de 250 cc. de sérum. Il se met à gémir doucement, enfle progressivement la voix, et finit par pousser des cris suraigus. Il se tait soudain, puis éclate d’un rire qui dure une minute entière et se termine par le Chant du Départ hurlé à tue-tête : « La République nous appelle ! » Un silence complet suit cette sortie, au cours duquel le malade se dresse brusquement sur son lit, dans une attitude théâtrale que son air ivre rend parfaitement grotesque. [l la conserve pour énoncer des propos comme ceux-ci : € Je ne suis pas un artiste de cinéma... Je suis un ouvrier ajusteur mécanicien. Sur la terre, 1l y a des gens qui ne sont pas à la hauteur de la situation... J’ai bien dormi... etc. » Cette absurde comédie se prolonge environ vingt minutes.

OBS. — Crise d’onirisme : le 4 mai, le malade V. sort de son Ge coma vers 15 heures. Son premier acte est l’énoncé d’une formule tout à fait hermétique : « Quizi atkins fom norax » (?), qu'il

répète à cinq reprises. Tout à coup, il se met sur son séant et fixe intensément un point devant lui. I frappe vivement des mains et s’écrie : (Attention ! » Son masque est tragique, concentré : (Tiens bon, papa ! Tiens bon ! Tourne à gauche ! Oui, c’est çà ! Oui ! Oui ! Attention !.. Veille, veille !.. Force ! Oui, force !.… » Sur son visage extrêmement mobile passent rapidement l'effort, la colère, l’épouvante. Il agite les quatre membres d’une façon désordonnée et fait dans son hit de véritables bonds. Il vit un drame. Tout à coup ses traits expriment une frayeur mortelle, comme sous le coup d’une menace imminente et particuhèrement redoutable ; 1l désigne un point pour montrer quelque danger terrible qui fondrait soudain sur Jui, en murmurant d’une voix profonde : « Oh, l'horreur! l'horreur ! » Puis il pousse un grand eri, se cache la tête dans les mains et s'effondre sur son lit. La lutte semble lavoir brisé, et 1l reste immobile un long moment. Au réveil ne demeurera aucun souvenir de ce cauchemar.

IT. — Pendant la période de réveil proprement dit, persiste une activation qui détermine l’extériorisation forcée des éléments qui peuplent le psychisme. Ici, ce ne sont plus des états artificiellement créés n1 des éléments parasites qui prennent naissance et s'offrent à l’observation, mais le patrimoine propre de l’âme du schizophrène qui se trouve débloqué et vient au jour. C’est à ce moment que se manifeste le retour au réel, le besoin d’expansion et d’effusion sentimentale, la tendance aux discours dont les éclatantes imperfections vont, pour une grande part, servir de base à nos recherches.

OBS. — Le malade S., en mutisme depuis plusieurs mois se réveille un jour avec calme. Il sourit et verse des larmes, dit qu’il recouvre la raison, supplie qu’on l’aide, et exprime avec singularité des sentiments d'amour pour le médecin. Jui baise la main et prend des attitudes extatiques, les yeux fixes, souriant avec le ravissement d’un aveugle qui entreverrait à nouveau la lumière. Puis il retombe dans des effusions débordantes et un attendrissement enfantin.

IIT. — Dans les heures qui suivent, il se ressaisit comme

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