‹ Les États Affectifs Supérieurs Chez Les SchizophrènesChapitre 11 sur 38 · SE CONTE · texte numérisé non relu

SE CONTE

un homme chez qui se dissipent les dernières fumées de l'ivresse, devient moins expansif, mais continue à exprimer, non sans bizarrerie, son attachement et sa reconnaissance. Nous verrons les ressources qu'offre pour l’observation cet état séquelle.

Ii. — Valeur de la méthode

Une objection vient à l'esprit : c’est que l’intoxication par l’Insuline suffit à créer des psychoses qui lui sont propres (1), et qu’en conséquence, détacher de tout état mental qui l’accompagne un trouble quelconque, au profit de la Démence Précoce, requiert la plus grande circonspection. Avant de faire un pas de plus, 1l doit être répondu à cette question préalable qui met en jeu la valeur de la méthode.

Il convient de distinguer les manifestations paroxytiques des Phases IT et [V (phases de déséquilibre) — le réveil — et l’état plus ou moins stable qui le suit. Le problème se présente, en effet, d’une façon très différente suivant qu'il s’agit de l’un ou de l’autre.

I. — Parmu les premières, certaines sont difficilement utilisables, tels les états d’ébriété qui évoquent l’ivresse alcoolique d’une façon frappante, et les crises d’onirisme dont nous avons donné un exemple plus haut.

Cependant, quoiqu’elles débordent tumultueusement le psychisme et défient souvent l’analyse, et malgré leur origine nettement toxique, ces manifestations ne sont pas à rejeter sans examen. MUe Descamps (2) a relevé d’importantes différences entre l’onirisme banal et celui qu’elle provoquait chez des D. P. au moyen de toxiques divers. À l’ac-

(1) Les troubles nerveux et mentaux liés à l'Hypoglycémie. MriGnanr. Encéphale, avr. 32.

(2) Thèse de Paris, 1933.

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tvité riche du premier s'oppose le « manque de vigueur mentale » du second. « La désagrégation mentale, l'autonomie des éléments psychiques » sont perceptibles. C’est que l’énergie psychique, dont un artifice élève le potentiel, ne trouve pas de voies correctes pour s’écouler. Si l’activité de l'esprit est viciée dans un de ses mécanismes de base, toutes ses manifestations, quelles qu’en soient la nature et la cause, en porteront la marque, et nous reconnaîtrons l’arbre à ses fruits. Du point de vue d’où nous les observons, plus que leur contenu c’est leur forme qui nous 1mporte. D’un étang qui gardait le secret de son lit, nous avons fait un torrent impétueux qui rebondit sur le moindre caillou. Peu importe son eau à qui s'attache à découvrir les accidents de son cours.

IT. — La phase de réveil est d’une lecture plus facile, et en même temps plus révélatrice, si l’on considère que l’Insuline agit non seulement comme un élévateur de potentiel, comme un agent créateur d’onirisme, mais en rétablissant les contacts associatifs. [ei son effet n’est plus dans la création de l’énergie, mais seulement dans sa libération. Quand l'ivresse se dissipe et que le malade revient à la vie, en faisant souvent de puissants efforts, on peut assister à une véritable restauration progressive et plus ou moins fragmentaire de l’édifice psychique, qui permet de saisir par contraste le processus inverse de désagrégation. Bien mieux, si, comme après un choc banal, survient une rechute rapide, c’est cette désagrégation même qui s’opère sous les yeux de l’observateur. Moment particulièrement heureux car il ne peut s’agir en aucune façon de « psychose insulinique ».

[IT — Le plus souvent, pour reprendre à l'inverse les termes de Mlle Drsscnameps, la décharge affective est suivie d’une amélioration, ce qui confère précisément à l’Insuline sa valeur thérapeutique. Cette période plus ou moins stable

DT LPS

qui suit le réveil et se présente comme une séquelle de la phase aiguë, échappe clairement à l'influence immédiate de l’Insuline et donne à l’observateur le loisir d’une recherche méthodique. Modifiée d’un jour à l’autre sous l’influence des comas, elle offre maint élément de comparaison avec celles qui l’ont précédée et celles qui la suivent. Ce n’est plus de minute en minute, mais de jour en jour que l’esprit se réédifie, Sur ce film qui se déroule avec lenteur, les lacunes et leur rectification n’en sont que plus saisissables, et les conclusions mieux assises. Bref, le malade se stabilise chaque jour dans un état d'équilibre nouveau ; et nous créons dans les cas favorables une succession d’états schizophréniques intermédiaires, avec une rapidité qui en rend la comparaison vivante.

Les différentes heures psychiques du traitement par l’Insuline se prêtent donc à l’étude des troubles schizophréniques, le réveil et ses suites se présentant comme les véritables moments de choix. Ce sont eux qui fourmiront les principaux matériaux de notre travail.

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