IV. — Premiers faits observés
Voici quelques faits types, parmi ceux qui ont attiré primitivement notre attention et servi de point de départ à nos recherches.
Les trois schizophrènes dont 1l s’agit se fixent, au cours de leur évolution, dans un désintérêt, une inaction et un mutisme à peu près absolus. La durée de cette « retraite », au moment où nous les rencontrons, varie d’une à plusieurs années, et nous les observons personnellement pendant trois mois, ainsi abandonnés à eux-mêmes, sans relever la moindre modification dans leur état, Sous l'influence du traitement se produisent bientôt des événements nouveaux : dans l’ordre intellectuel, affectif et psycho-moteur l'esprit témoigne un beau jour d’une reprise de son activité.
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1) Le malade André M. né en 1916 et interné depuis 1928, c’est-à-dire de l’âge de douze ans à celui de vingt, sort de son mutisme pour déclarer qu’on lui fait « manger le monde ».
2) Le malade M. âgé de 35 ans, alité et totalement inactif depuis une année se lève et fait son lit.
3) Le malade F. se jette au réveil dans l'expression d’une reconnaissance débordante pour le médecin, qui contraste avec son inaffectivité habituelle.
Devant de telles nouveautés, et particulièrement la dernière, on ne se défend pas, à première vue, contre l’impression d’un bénéfice obtenu. Mais on observe par la suite un st grand nombre de faits comparables qui restent sans lendemain qu’on finit par les juger de la dernière banalité. Regardons-les d’un peu plus près.
A. M. parle, mais pour exprimer une idée absurde.
M. agit, mais fait son lit d’une façon stéréotypée et le recommence indéfiniment.
F. témoigne d’une affectivité vive, mais de mauvais goût : il embrasse le médecin par surprise, lui couvre la main de baisers et l’encombre de ses effusions excessives.
Nous en avons tiré un enseignement : chacun de ses faits nous met en présence d’une manifestation d’activité nouvelle, isolée, et profondément morbide.
1) Bien que fermée depuis plusieurs années, l’âme du schizophrène n’est plus totalement imperméable : sous l’action d’un excitant approprié, elle a retrouvé un point de contact avec le monde extérieur.
2) Ce contact est des plus limité ; il ne se fait que par certains points très localisés. Impossible d'obtenir de F. autre chose que sa reconnaissance obstinée.
3) Les éléments émersés sont nettement anormaux. Les paroles de A. M., l’acte de M.,les sentiments de F. sont des paroles, actions et sentiments de malades.
Bref, nous avons affaire avant tout à une récupération parcelluire dans son ensemble et aussi dans ses détails. Nous
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arrachons à l’âme schizophrénique un nombre limité d’idées et d’affects, à qui font défaut certains éléments indispensables à leur perfection et qui paraissent eux-mêmes victimes d'une fragmentation partielle. Parti de cette observation initiale, nous avons finalement abouti (nous dirons par quels chemins) à la notion vérifiée et étendue de troubles d’ordre structural, secondaires à l’imperfection des apports associatifs, à l’incomplète élaboration des édifices psychiques de toute nature, liées à un vice primaire du mécanisme des assocrations, dont nous allons nous attacher sans retard à mettre en lumière le rôle essentiel dans la genèse des productions intellectuelles, psychomotrices, et surtout affectives de l’esprit. |